Royaume-Uni : BT, ou la renaissance d’un géant des télécoms

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BT s'apprête à acheter l'opérateur mobile EE pour 16,5 milliards d'euros.
BT s'apprête à acheter l'opérateur mobile EE pour 16,5 milliards d'euros. (Crédits : Reuters)
L’ex-British Telecom a décroché le feu vert des Autorités britanniques de la concurrence pour racheter l’opérateur mobile EE à Orange et Deutsche Telekom. L'opération doit lui permettre de se muer en acteur « convergent », capable de proposer des offres mêlant téléphonie, Internet et télévision.

BT va-t-il retrouver son rang parmi les cadors des télécoms européennes ? Il semble en bonne voie. Au début des années 2000, plombé par sa dette, l'ex-monopole d'Etat britannique avait cédé sa division mobile -devenue O2 et en passe d'être rachetée par le chinois Hutchinson Whampoa (Three Mobile). Près de 15 ans plus tard, BT prépare son grand retour sur ce créneau stratégique. Vendredi dernier, l'opérateur a obtenu le feu vert des autorités de la concurrence pour s'offrir EE, le numéro un du secteur (avec une part de marché avoisinant les 33%), pour 16,5 milliards d'euros.

En mettant la main sur cet actif, propriété d'Orange et Deutsche Telekom, BT, actuel numéro un dans l'Internet fixe au Royaume-Uni, signera son grand retour en tant qu'opérateur « convergent ». De fait, il sera alors en mesure de proposer aux sujets de Sa Majesté des offres mêlant téléphonie, Internet et télévision (le fameux "triple play"). Avec cette emplette, BT -qui réalise plus de la moitié de son chiffre d'affaires dans le B2B et les services télécoms professionnels-, veut donc redevenir LA référence auprès des particuliers. Un retour qui apparaît comme une renaissance :

« BT a connu de graves difficultés dans les années 2000, il affichait un endettement très élevé, rappelle Yves Gassot, le patron de l'Idate, un think tank spécialisé dans les télécoms. Il fallait donc l'alléger [en vendant son activité mobile, Ndlr]. A côté des Deutsche Telekom, Orange ou Telecom Italia, beaucoup considéraient que BT était devenu un opérateur secondaire. Depuis, celui-ci s'est recentré sur le marché britannique. Il a subi un effritement de son chiffre d'affaires, certes, mais il a amélioré sa marge. Et depuis quelques années, il est redevenu un acteur dynamique. »

« Il est indispensable d'être convergent »

Fort de ce « dynamisme retrouvé », l'achat de EE apparaît fondamental pour l'opérateur britannique. Spécialiste des télécoms chez BearingPoint, Sylvain Chevallier ne mâche pas ses mots :

« Aujourd'hui, pour les opérateurs qui veulent jouer un rôle important, on se rend compte qu'il est indispensable d'être convergent. Pourquoi ? D'abord pour favoriser la croissance. Et pour cause : dans un marché mature, il est difficile de croître en étant uniquement spécialisé dans le mobile ou dans l'Internet fixe. On peut par exemple baisser ses prix pour séduire de nouveaux abonnés, mais cela a des répercussions sur les marges. D'autre part, la convergence -qui permet de proposer des offres avantageuses en termes de prix- apparaît cruciale pour préserver ses clients si la concurrence s'y est mise... »

Une analyse que ne reniera pas Stéphane Richard. Dans la foulée du feu vert des autorités de la concurrence britanniques pour le rachat de EE par BT, le PDG d'Orange a lâché :

« Nous sommes très heureux de cette décision, qui fournit un signal important aux opérateurs de télécommunications à travers l'Europe, indiquant que le secteur est prêt pour la consolidation fixe-mobile. »

L'adoubement intéressé d'Orange

Au-delà de cet adoubement de la stratégie de BT, il faut dire qu'Orange a intérêt à ce que cette opération se fasse rapidement. D'une part, avec la cession de sa participation dans EE, le géant français recevra un joli chèque de 3,4 milliards de livres (4,5 milliards d'euros), ainsi que 4% de l'opérateur historique britannique.

Surtout, ce deal a son importance dans un possible mariage entre Orange et Bouygues Telecom : en diminuant mécaniquement la part des revenus européens du géant français par rapport à ceux réalisés en France, la cession augmente la probabilité que ce rapprochement soit examiné par l'Autorité française de la concurrence plutôt que par Bruxelles. Or ces derniers mois, l'Union européenne a durci le ton concernant la consolidation à l'œuvre dans les télécoms, craignant notamment que les consommateurs en fassent les frais.

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Commentaires
a écrit le 19/01/2016 à 13:22 :
BT qui a un chiffre d 'affaire à la moitié des grands opérateurs européens a peu de chance de revenir au premier plan. Au Royaume-Uni, c'est Vodafone le champion. En fait avec cette vente des actifs continentaux à BT nous assistons à un début de consolidation. Orange a ainsi 12% de BT, il garde un pied indirect mais suffisant dans le pays. Cette position lui permettra d'être présent lors de la grande concentration, lui évitant pour le moment tous frais inutiles. BT qui a passé ses effectifs de 150 000 à 85, devra encore les réduire de 30 pour se vendre. Les anglais veulent être la porte d'entrée chinoise en Europe et ainsi toucher la magot d'une telle opération. Chacun des grands opérateurs polit l'idée d'une possible concentration, états et régulateurs en décideront. Pour l'instant seules se font de petites opérations à la marge. Par contre tous les prétendants prennent position. En réalisant l'opération Nokia puis d'autres à venir avec la Suède, la France s'accorde les faveurs des pays du Nord. Dans cette partie de soft-power la question est de savoir si l'on peut bouger une pièce sans que les autres réagissent, L'autre problème est de savoir quel serait le gagnant après un mouvement de prises ? Les français voudraient avec Bolloré embrouiller les espagnols en apportant les actifs italiens. Ces derniers ne seraient plus dans le grand partage au titre des leaders mais feraient une très belle affaire. Resteraient alors, anglais portant chinois et américains en leur sein, français et allemands. Comme il s'agit d'un partenariat "culturel" on veut déjà voir nos cousins germains comme partenaires dormants. Toutefois l'ultime question posée revient à questionner sur la finalité de toutes ces stratégies : Mènent-elles réellement à des métiers et des industries d'avenir ?

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