Très haut débit : Orange fusille l'idée d'un repartage des déploiements

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Pour rassurer les collectivités sur les déploiements d'Orange, Pierre Louette affirme que l'opérateur historique va rendre tous [ses] engagements de couverture en fibre optique transparents et juridiquement contraignants.
Pour rassurer les collectivités sur les déploiements d'Orange, Pierre Louette affirme que l'opérateur historique va "rendre tous [ses] engagements de couverture en fibre optique transparents et juridiquement contraignants". (Crédits : DR)
Directeur général délégué de l'opérateur historique, Pierre Louette affirme qu'il n'est "pas favorable" à une re-répartition entre les opérateurs de la couverture en fibre optique des zones moyennement denses. Au contraire de l'Arcep, qui milite pour un repartage pour ne pas prendre de retard dans la couverture de la France en Internet à très haut débit, il assure qu'Orange respectera son calendrier.

C'est une levée de boucliers. Dans nos colonnes, Pierre Louette, directeur général délégué d'Orange, s'oppose à tout repartage de la couverture en fibre optique des zones moyennement denses. Ces dernières, qui représentent environ 13 millions de foyers dans les villes moyennes et les périphéries des grandes agglomérations, ont fait l'objet d'une répartition entre Orange et SFR en 2011. Ce partage est intervenu suite au lancement par l'Etat d'un Appel à manifestation d'intention d'investissement (AMII), lors de la mise en place du plan national Très haut débit - qui vise à offrir à tous les Français un Internet ultra-rapide d'ici à 2022. Voilà pourquoi, dans le jargon des télécoms, on les appelle les "zones AMII". A l'époque, Orange s'est engagé à couvrir 80% de ces territoires en fibre optique, contre 20% pour SFR. Sachant que les autres opérateurs, Bouygues Telecom et Free, ont ensuite signé avec eux des accords de co-investissement. L'objectif étant, dans ces territoires, de mutualiser les infrastructures pour des raisons de rentabilité économique.

Problème: l'Arcep, le régulateur des télécoms, a estimé mercredi, dans un avis au Sénat, que les déploiements en zone AMII n'allaient pas assez vite. Selon son président, Sébastien Soriano, "ils s'achèveront au mieux en 2023" au rythme actuel. Alors que ces zones sont censées être couvertes en 2020 dans le cadre du plan Très haut débit. Pour accélérer les choses, Sébastien Soriano a proposé un repartage plus équilibré des zones moyennement denses entre les grands opérateurs, en faisant notamment entrer dans la danse Bouygues Telecom et Free.

> Lire aussi: Très haut débit: l'Arcep veut un "repartage" des zones moyennement denses

Comme l'indique Pierre Louette, Orange est farouchement contre. Sur l'essentiel de la zone AMII, soit plus de 10 millions de prises, il rappelle que l'opérateur historique a signé en 2012 un contrat de droit privé avec SFR. Pas question, à ses yeux, d'en revoir les termes. En outre, il affirme qu'Orange respectera parfaitement toutes ses échéances de couverture en fibre optique. Pour convaincre les sceptiques - et notamment les élus locaux pressés de disposer d'un Internet rapide -, Orange a proposé, selon lui, de rendre ses engagements de couverture "transparents et juridiquement contraignants". Ce qui ouvre le droit, pour les collectivités éventuellement concernées par des retards de déploiements, à des indemnités.

Cette réaction d'Orange, qui a fait de la fibre optique l'une de ses grandes priorités, n'est guère surprenante. Elle fera, à n'en point douter, grincer des dents chez SFR. Depuis que le milliardaire Patrick Drahi a racheté l'opérateur en 2014, il milite activement pour un repartage plus équilibré des zones AMII avec Orange. Contrairement à Vivendi, l'ancien propriétaire de l'opérateur au carré rouge, il affirme qu'il veut investir plus pour être propriétaire de ses infrastructures, et ne pas être locataire du réseau des autres. Reste qu'Orange, qui veut rester leader de la fibre en France, ne compte pas lui dérouler le tapis rouge.

LA TRIBUNE - Aux yeux de l'Arcep, les déploiements en zone moyennement dense, dont vous avez la responsabilité avec SFR, ne vont pas assez vite. Au rythme actuel, l'Autorité voit ces déploiements se terminer en 2023, alors qu'ils sont censés être achevés en 2020. Estimez-vous, de votre côté, avoir pris du retard?

PIERRE LOUETTE - Regardons la réalité des chiffres. En 2011, lorsqu'Orange a répondu à l'appel à manifestation d'intérêt [lancé par l'Etat pour savoir quels territoires les opérateurs souhaitaient couvrir en fibre optique, NDLR], nous nous sommes engagés à raccorder 15 millions de foyers à la fin 2020. Cet engagement historique concernait les grandes agglomérations et les zones moyennement denses. Va-t-on y arriver ? Oui. Au mois de septembre, 8,4 millions de foyers sont déjà raccordables à la fibre - dont 6,7 millions grâce à Orange -, et nous sommes dans les temps. Pourquoi ? D'une part, parce que notre capacité de production augmente considérablement. A la fin de l'année, nous aurons produit environ 1,9 million de prises, contre moins de 700.000 en 2014. Et l'an prochain, nous comptons produire entre 2 et 3 millions de prises. D'autre part, nous aurons bientôt achevé les déploiements en zone très dense, ce qui permettra de concentrer nos forces sur la zone moyennement dense. Le système industriel que nous avons mis en place avec nos sous-traitants est parfaitement lancé. Il fonctionne à plein régime.

Cela n'empêche pas Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, de se dire "inquiet" quand au respect des échéances de couverture.

Encore une fois, pour Orange, il n'y a pas de sujet. Nous sommes totalement sereins sur notre dynamique de déploiement en France, et notamment en zone moyennement dense. Dans l'avis rendu mercredi au Sénat, l'Arcep affirme, je cite, que "les rythmes actuels ne permettront pas d'atteindre les objectifs du plan". Mais dans ce même avis, en annexe, un document montre a contrario très bien que l'accélération des rythmes des déploiements permettra d'atteindre nos objectifs.

D'ailleurs, si nous n'en étions pas persuadés, nous n'aurions pas pris l'initiative de rendre, de notre propre chef, tous nos engagements de couverture en fibre optique transparents et juridiquement contraignants, au sens de l'article L33-13 du Code des postes et des communications électroniques. [Celui-ci permet depuis peu à l'Arcep, en cas de manquement d'un opérateur, de le sanctionner financièrement, jusqu'à un maximum de 3% du chiffre d'affaires. Ce qui ouvre le droit, pour les collectivités éventuellement concernées par des retards de déploiements, à des indemnités.]

Malgré ces garanties, l'Arcep appelle à une "re-répartition" de la couverture des zones moyennement denses avec SFR, Bouygues Telecom et Free...

Nous ne sommes pas favorable à un nouveau partage dans le cadre de la partie sous contrat avec SFR de la zone moyennement dense. Nous avons déjà largement engagé nos déploiements, et nous pensons qu'au contraire, une re-répartition profonde serait un important facteur de ralentissement. L'Arcep estime que le partage actuel entre Orange et SFR pourrait devenir problématique... Nous, nous sommes persuadés du contraire, parce que nous sommes en train de réaliser absolument tout ce que nous avons annoncé. Reste qu'une partie des zones moyennement denses - soit environ 3,5 millions de prises, qui sont en cours de déploiement par Orange -, n'est pas concernée par notre contrat avec SFR. Ici, il est libre d'exprimer ses intentions d'investissements.

Cela risque de ne pas plaire à Patrick Drahi, le propriétaire de SFR, qui répète qu'il souhaite couvrir 50% de la zone moyennement dense, soit bien plus que les près de 20% que l'opérateur au carré rouge s'est engagé à déployer en 2011.

Si on ajoute toutes les prises câble dont SFR dispose dans cette zone (il a d'ailleurs expliqué, ces dernières années, que cette technologie permettait très bien d'accéder au très haut débit) au million et demi de prises fibre qu'il s'est engagé à produire, il disposera d'un volume tout à fait conséquent. Quoi qu'il en soit, nous ne voyons pas pourquoi Orange renégocierait le contrat de droit privé qu'il a avec SFR sur les zones AMII. Nous avons un litige en cours avec eux à ce sujet. Mais c'est le tribunal de commerce qui est compétent pour juger ce dossier, et non l'Arcep.

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Commentaires
a écrit le 01/11/2017 à 15:29 :
Orange devrait s'occuper des zones blanches et des petits villages
pour la fibre au lieu de devenir banquier
a écrit le 30/10/2017 à 18:38 :
Orange est une entreprise magnifique aux salariés dévoués et travailleurs mais gérée de façon insensée, La culture managériale d'entreprise actuellement mise en place par la Direction via l’école de management Orange Campus privilégie mensonges entrisme trahisons détournements à tous niveaux managériaux. Quel salarié pourrait adhérer ? Aucun du coup ils subissent, dans les open Space invivables type Orange Gardens où les salariés sont jetés et brutalisés. C’est « Human outside brutal inside », honnête. les salariés honnêtes dévoués aux actions efficaces avec dévouement et probité sont systèmatiquement cassés.
a écrit le 29/10/2017 à 18:25 :
Voilà où nous mène le principe de la concurrence libre et non faussée de l'UE. Plutôt que d'avoir un réseau unique de qualité on préfère multiplier les réseaux de qualité plus ou moins bonne. Le principe l'emporte sur la logique! Par exemple dans ma commune Free passe le cable dans une ZA déjà desservie par le cable d'orange mais dans le village on n'a pas le cable logique isn'it! Mais pas question de toucher au dogme libéral au moins je me dis que cela donne du travail aux entreprises de TP mais quel gaspillage au niveau collectif voilà où nous mène l'indivdualisme forcené qui fait tant l'admiration de notre président!
a écrit le 29/10/2017 à 0:02 :
Il aurait été plus judicieux que ce soit Orange qui fasse cette proposition de fibrer par elle-même la totalité de la France. La qualité aurait été de mise en comparaison avec SFR...
a écrit le 28/10/2017 à 19:48 :
"Orange fusille " !!!
Calmez vous , 1917 et ses fusillé c'était il y a 100 ans .
a écrit le 28/10/2017 à 11:58 :
c'est le type de la pub wilkinson ?
a écrit le 28/10/2017 à 11:18 :
Si le déploiement consiste a créer à nouveau une infrastructure en situation d'exclusivité, alors cette infrastructure doit être propriété de la collectivité. Fourreaux & Fibre noire -> GIE Collectivité/Opérateurs. Toute autre option serait entachée d’anticonstitutionnalité
a écrit le 27/10/2017 à 21:03 :
Les nantis défendent leurs privilèges. Au rythme où progressent les technologies de telecom, un accord déséquilibré entre Orange et SFR excluant Free et Bouygues datant de 2011 est complètement obsolète et bloque l'avenir. Cet accord doit être réévalué en fonction des réalisations et des nouveaux objectifs imposés par la croissance exponentielle des contenus et la concurrence internationale. Le réseau fibré est devenu un enjeu national comme le fut le téléphone en 1975. Quant à Orange, il atteint son objectif à moitié en 6 ans, c'était pourtant la partie la plus facile, et il prétend faire l'autre moitié en trois ans. Rappelons que les collectivités locales ont du monter leurs propres réseaux fibrés et creuser des tranchées. La Manche, le Calvados et bien d'autres montrent la défaillance des réseaux nationaux lucratifs et de l'ARCEP.
a écrit le 27/10/2017 à 14:40 :
À 6 km de la plus grande ville d'Ardèche, on a la "2G" dixit mon interlocutrice d'Orange. La mairie du village (>2000 h) reçoit internet à 10 Mbps, mais à 500 m on tombe à moins de 3 Mbps. Pour recevoir la TV il faut une antenne satellite.
Réponse de le 27/10/2017 à 15:18 :
Il faut être réaliste : le tout fibre est un non sens économique.

La fibre aux zones fortement et moyennement peuplées, le satellite pour tout le reste.

En zone faiblement peuplée / zone de montagne, le cout du raccordement d'un foyer est de 2000 à 10000 € alors qu'il n'est que de 500 € par satellite.
Réponse de le 27/10/2017 à 15:21 :
J'oubliais : la vie à la campagne à ses avantages mais elle à aussi ses inconvéniants....
Réponse de le 28/10/2017 à 20:19 :
Heureusement que nos ancêtres manquaient de bon sens économique parce que ça a permis d'avoir l'eau courante, l’électricité, le téléphone et des routes d'accès vers des villages reculés alors que c'était pas rentable.

On ne peut pas demander à la population d'utiliser de plus en plus exclusivement les services numériques et ne pas lui fournir les moyens de le faire.
a écrit le 27/10/2017 à 14:14 :
Orange bénéficie toujours d'un monopole héritage de l'ancien temps et pour ménager les quelques fonctionnaires restant comme edf et autres... les entreprises publiques ont bon dos encore en France ne faisant que plomber notre économie déjà à la peine... Lorsque l'on voit le désastre de la sncf... Allez contribuable passé à la caisse !

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