United Hatzalah, l'Uber israélien des ambulances

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Les bénévoles, tous des professionnels du secteur médical, sont dotés d'un kit complet de premier secours et s'engagent à déroger à leurs règles religieuses dès lors qu'il s'agit de sauver des vies.
Les bénévoles, tous des professionnels du secteur médical, sont dotés d'un kit complet de premier secours et s'engagent à déroger à leurs règles religieuses dès lors qu'il s'agit de sauver des vies. (Crédits : Reuters)
Réduire le temps d'arrivée des secours quand survient un accident ? C'est le défi étonnant que s'est fixé cette association. Depuis 2006, elle utilise la géolocalisation par GPS pour permettre à ses 2.500 bénévoles d'apporter un premier secours médical beaucoup plus vite qu'auparavant. Pour cela, certains sont même dotés de moto-ambulances.

Mobilisation des particuliers, géolocalisation par GPS: les ingrédients sont ceux-là mêmes qui ont fait le succès planétaire de plate-formes destinées aux consommateurs comme Airbnb ou Uber. Mais le mariage entre nouvelles technologies et économie du partage sert en ce cas à sauver des vies.

Celle qui souffle ce vent de révolution dans le premier secours en cas d'accident de santé, c'est l'ONG israélienne United Hatzalah. Depuis sa naissance en 2006, elle s'est fixé un objectif: réduire le laps de temps nécessaire pour qu'une ambulance parvienne au chevet de la personne malade ou blessée.

Un volontaire professionnel "dans chaque rue"

Incompressibles pour ces quatre roues, la période de 10 à 15 minutes que prend en moyenne leur intervention dans les pays développés est en effet parfois trop longue dans les situations d'extrême urgence. Mais se limiter à attendre n'est souvent pas inévitable, du moins dès lors qu'un professionnel de santé se trouve par hasard dans les parages.

United Hatzalah parie justement sur la fréquence de telles heureuses coïncidences, rendue exploitable par la technologie de l'information. "Alors qu'il est impossible d'avoir une ambulance immédiatement disponible dans chaque rue, on peut bien y avoir un volontaire", explique le directeur des opérations internationales, Dov Maisel.

GPS et moto-ambulances

Les bénévoles sur lesquels peut compter United Hatzalah sont notamment 2.500, tous des professionnels du secteur médical, formés pendant au moins 200 heures sur les techniques d'intervention d'urgence. Grâce à une application sur leur smartphone, ils peuvent être localisés et contactés en temps réel par le centre d'appel de l'ONG, qui -24 heures sur 24 et 7 jours sur 7- repère les plus proches de l'accident de santé et les plus aptes à intervenir dans le cas d'espèce.

Tous dotés de kits complets de premiers secours, ils se déplacent en majorité par leurs propres moyens voire sont munis -pour 400 d'entre eux- de motos-ambulances. La technologie adoptée -développée en partenariat avec la start-up israélienne NowForce- permet de les guider jusqu'au lieu de l'accident, ainsi que d'enregistrer complètement l'intervention.

Contrairement au service ambulancier qui en Israël est payant et subventionné par l'Etat, l'assistance des bénévoles de l'association est complètement gratuite et financée -au niveau de 10 millions de dollars- par an par des donations privées, provenant en majorité des Etats-Unis.

Pari gagné: entre 3 min et 80 secondes pour intervenir

Grâce à sa formule originale, United Hatzalah -qui compte une trentaine de salariés- a réussi son pari. En 2014, son temps moyen d'intervention était de 3 minutes sur l'ensemble du territoire israélien, et, dans les grandes villes, il ne dépassait pas les 80 secondes. Une rapidité qui lui a valu la confiance de la population, exprimée par 240.000 appels reçus au cours de l'année dernière.

La logique est néanmoins celle de la complémentarité plutôt que de la concurrence. Une fois qu'une ambulance s'est rendue sur place, elle prend le relais, et les deux services sont désormais obligés -dans l'attente de l'instauration d'un numéro de téléphone unique- de s'alerter réciproquement en cas d'appel d'urgence.

"Nous ne remettons pas en cause l'importance de l'action publique en matière de premier secours, mais considérons qu'il ne faut pas compter exclusivement sur cela et donner le pouvoir d'intervenir aussi à la société civile. Nous nous limitons à remplir le vide de 10 minutes", insiste Dov Maisel.

D'autres pays intéressés

United Hatzalah, qui a même précédé Uber et Airbnb dans l'exploitation des potentialités de la technologie GPS, continue d'ailleurs de miser sur la technologie pour améliorer sa performance et de s'affirmer ainsi sur  la scène high-tech israélienne. En 2014, elle a par exemple mis en place une application permettant à tout possesseur de smartphone d'envoyer un appel au secours en un clic, et de transmettre en même temps à la police voire aux sapeurs pompiers ses données de géolocalisation. Plus de 150.000 personnes l'ont déjà téléchargée.

L'association vend d'ailleurs son expertise aussi à l'international, où elle est présente -sous des formes différentes selon les spécificités de chaque pays- des Etats-Unis à l'Australie, en passant par le Brésil, Dubaï, et l'Inde.

Un "pont" entre communautés

En Israël, cette sorte de grosse start-up du social (dont le nom pourrait se traduire "Unis dans le secours") joue par ailleurs aussi un rôle de "pont" entre communautés, souligne son directeur de la communication, Daniel Katzenstein.

"Hommes, femmes, croyants de toutes les religions, laïques... tout le monde peut s'engager en tant que bénévole", explique-t-il.

L'association propose aussi des programmes de service civique pour les ultraorthodoxes ou musulmans israéliens qui refusent de servir dans l'armée: environ 200 personnes en ont déjà bénéficié, en travaillant pendant deux ans dans l'entreprise. Des volontaires sont d'ailleurs présents aussi à Jérusalem-Est ainsi que dans certains villages arabes et druzes israéliens. "L'objectif de sauver la vie de tout individu, en tout lieu et en toute circonstance, reste toujours notre priorité face à toute sorte de règle religieuse", rappelle Daniel Katzenstein, qui insiste:

"Nous ne pouvons participer au conflit, nous en sommes une solution".

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Commentaires
a écrit le 05/09/2015 à 13:03 :
Ce gars a inventé les pompiers ! Bravo, nous n"y avions pas pensé.
Réponse de le 05/09/2015 à 23:15 :
Mon frère est sapeur-pompier et je peux te dire qu'avec toute la bonne volonté de nos valeureux pompiers, ils n'arrivent jamais en 80 secondes et rarement en moins de 5 minutes d'ailleurs...
a écrit le 05/09/2015 à 11:18 :
J avais lance une appli en france pour signaler une aggression ou un probleme de sante avec un smartphone aux gens autour de vous qui avait aussi l'appli. Seulement en France, tout le monde est concentré sur son petit nombril.
Réponse de le 05/09/2015 à 12:08 :
Ne mettez pas vos échecs sur le dos de la France, avoir une bonne idée de startup est simple tout le monde à des idées, la réaliser et savoir la vendre est bcp plus difficile.
Réponse de le 05/09/2015 à 16:38 :
Tout à fait d'accord (pour l'idée, commencement du début du commencement) Cependant, admettons quand que notre société n'est "criante" de aolidarité en ce moment. Malheureusement.

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