Le monde du luxe et de la création fait valoir ses atouts face à la crise
Mettre la création au centre du luxe, tel est le credo du Centre du luxe et de la création qui organisait son 8e sommet le 1er décembre à Paris. Autour de la table, décideurs et créateurs étaient réunis pour "réinventer la culture luxe du 21e siècle". La journée s'est terminée sur la cérémonie de remise des talents du luxe et de la création.
Il était beaucoup question de la crise au 8e Sommet du luxe et de la création, qui s'est tenu à l'hôtel Inter continental à Paris le 1er décembre. Organisé par le Centre du luxe et de la création, premier « think tank » du luxe, l'événement réunissait autour de 4 tables rondes 25 participants : créateurs, artisans mais aussi décideurs du secteur.
Tour à tour, les participants aux débats ont évoqué les questions d'identité de la culture luxe, de son rapport aux marchés, ou encore de son rôle comme vecteur de culture. Le président du centre Jacques Carles, estimant que le secteur est à l'orée de la crise, a rappelé, relayé par plusieurs intervenants au cours des débats, que le cœur du métier reste le savoir faire, la création, l'exclusivité, la qualité. Il a poursuivi sa réflexion en opposant une « stratégie de niches » à une « stratégie de ruche ». En clair, malgré les difficultés conjoncturelles qui ébranlent les comptes des acteurs du secteur, les vrais enjeux ont été identifiés comme étant la perpétuation de la tradition, du savoir faire et de la qualité des réalisations des maisons de luxe.
Définir "le vrai luxe"
Ainsi, les grands groupes de luxe, repabtisés les "mégamarques" au cours de ce sommet, ont été pris pour cible en l'absence de leurs représentants, qui ont décliné l'invitation. Certains invités tels que la journaliste américaine Dana Thomas* les accusent d'avoir privilégié pendant des années la croissance de leur industrie, leur propre développement, au détriment de la qualité des produits, en tournant le dos au " vrai luxe " en somme. Cette quasi- unanimité dans le rejet des intérêts financiers a donné aux invités l'occasion de définir le "vrai luxe", à travers les exemples de maisons familiales dignement représentés. Ainsi la présidente de la Maison Cadolle, entreprise corsetière, l'inventeur du soutien gorge, ou Alessandro Favaretto Rubelli, de la maison vénitienne éponyme, qui fournit les tapisseries du théatre de la Fenice ou de la Scala de Milan, ont témoigné de la valeur et de la qualité de leurs procédés, transmis de génération en génération. Cependant, ceux-ci n'ont pas oublié de préciser la nécessité de se développer et de préparer la relève.
La formation en effet est l'un des enjeux sur lesquels s'est arrêté le débat. L'un des participants affirmait que des classes de CAP n'avaient pas été créées en France faute de candidats, de vocations, tandis que les enseignants spécialisés sont recherchés et attirés en Chine ou en Inde. Mais pour d'autres, la moyenne d'âge dans les ateliers en France baisse car ces vocations connaissent un certain renouveau.
La création prend racine en un lieu et dans un environnement culturel
Est-ce que le luxe a besoin de s'inscrire dans une culture d'origine pour être ce qu'il est ou est-ce qu'il existe indépendamment de celle-ci ? C'est la question que se sont posé les créateurs et les entrepreneurs présents. D'aucuns, telle Karine Arabian, créatrice de mode indépendante ou Peggy Huynh Kin, architecte d'intérieur, ont défendue l'idée que la création prend racine en un lieu et dans un environnement culturel. Karine Arabian n'hésite pas ainsi à se définir comme une styliste parisienne, ne pouvant créer que depuis Paris. Tandis que d'autres croient en une culture plus mondialisée. Ainsi, le représentant de son altesse le Sheik Sultan Bin Thnoon Al Nahyan a soutenu qu'Abu Dhabi peut devenir une vitrine pour les cultures du monde entier, grâce à ses musées, dont l'antenne locale du Louvre, authentique succursale de l'institution française. « Il s'agit pourtant de s'adapter aux marchés que l'on cible » a fait valoir un invité. « Oui mais le luxe n'a pas à répondre à la demande mais à la susciter » lui a rétorqué un autre.
Les participants ont aussi planché sur la question du lien entre l'art et le luxe. Et ceux ci de souligner le danger que représente pour un groupe le fait d'associer son nom à celui d'un artiste, par nature incontrôlable, et inversement au nom de la liberté artistique, au sein d'une fondation d'art contemporain par exemple. Certains ont présenté comme un devoir pour un groupe qui dégage des bénéfices conséquents de subventionner l'art, de faire exister la scène contemporaine. Jacques Carles a ainsi rappelé l'existence de collections insoupçonnées, que certains créateurs par exemple se gardent de présenter au public afin que les œuvres ne soient pas comptabilisées dans les actifs de l'entreprise. Dès lors, les invités se sont demandés à propos du mécénat s'il s'agissait d'un simple investissement ou d'une combinaison de visions entre l'artiste et l'entrepreneur ou la marque.
La journée s'est conclue sur la remise des talents du luxe et de la création au cours d'un dîner de gala. Ces récompenses (au nombre de neuf) sacrent la création, les idées originales et novatrices qui donnent au luxe ses lettres de noblesse. Les intervenants du sommet du luxe et de la création gagent que l'authenticité, l'élégance et l'exclusivité, qui fondent la culture luxe, sont également ses atouts les plus sûrs face à la crise qui s'annonce.
* auteur du livre "Deluxe : how luxury has lost its luster" (comment le luxe a perdu de son éclat), CondéNast Portfolio (2007).
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