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Nicolas G. Hayek : "Une cinquantaine de marques de montres vont disparaître"

nicolas g hayek

Le Président de Swatch Group - Nicolas G. Hayek - s'exprime en exclusivité concernant la crise qui traverse actuellement l'industrie horlogère.

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Comment le grand sauveur de l'horlogerie dans les années 1980, voit-il la crise actuelle ?

Les deux crises n'ont rien à voir. Dans les années 1980, il s'agissait d'une crise purement horlogère. Celle d'aujourd'hui est beaucoup plus large, presque existentielle. Nous avons laissé les banquiers dominer l'économie réelle depuis des années et ils ont prouvé qu'ils n'étaient pas capables de gérer cette responsabilité. Aujourd'hui, il n'y a plus aucun gouvernement au monde, même le gouvernement français, qui accepte ce système. Nous allons voir si les êtres humains apprennent de leurs propres erreurs ou recommencent les mêmes... mais ça me semble difficile car nous avons mis tellement d'argent dans les plans de relance de ces banques qu'on va pouvoir leur dicter les choses. On le voit déjà dans le versement des bonus, en chute libre grâce la pression populaire. 

Vous aimez fustiger les banques.

Pas toutes les banques mais les malhonnêtes, oui ! L'affaire Madoff est un pur scandale. Les banques d'investissement américaines, qui ont donné des crédits à n'importe qui sans aucune garantie et qui se prennent des millions de bonus, c'est n'importe quoi ! Donc je ne les fustige pas, je dis la vérité, c'est tout. D'ailleurs, je n'ai pas peur de ces banques. Si elles ne veulent plus me donner de crédit, je m'en fiche. 

Quel regard portez vous sur la crise horlogère actuelle ?

La crise générale a commencé dès 2007 et nous n'avons rien vu venir dans l'horlogerie. Au contraire, nous avons fait des bénéfices superbes l'année dernière et ça a continué jusqu'au crash de novembre 2008, qui se prolonge aujourd'hui. On ne s'est pas rendu compte que les détaillants allaient eux aussi avoir besoin de crédit. Avant, ils achetaient des stocks, maintenant ils attendent la demande du consommateur final avant de me passer commande. Du coup, l'industrie horlogère subit un recul auquel elle n'était plus habituée. Mais le mois de mars a l'air de se redresser avec des exportations en baisse de 10 à 15% et non plus 22% comme en février. Je pense que 2009 finira sur une croissance entre 2 et 4%, en fonction de la variation des taux de change. L'année dernière, j'ai eu 152 millions d'euros d'impact de change sur mes quatre milliards de chiffre d'affaires. 

Au fond, cette crise n'est-elle pas plus structurelle, liée à un excès de marketing?

L'horlogerie est touchée aujourd'hui par le fait que le consommateur a peur, achète moins, et que les revendeurs n'ont plus assez d'argent pour acheter nos stocks. Mais, il y aurait eu une crise de toutes façons, car nous venons d'assister à une ruée vers l'or sans précédent. Toutes les marques ont voulu s'y mettre, même celles qui n'avaient aucune légitimité. Par exemple, le type qui fait mes costumes, Monsieur Zegna, m'a appelé l'année dernière pour se lancer à son tour dans la montre. Je l'en ai dissuadé en lui disant qu'il n'allait pas forcément y gagner, vu qu'il n'avait aucune connaissance en matière de production ou de distribution. Aujourd'hui, ce grand eldorado est terminé et je pense qu'au moins une cinquantaine de marques vont disparaître dans les cinq prochaines années. 

N'y a t-il pas un problème d'indépendance des marques ?

Nous sommes en effet le plus grand producteur de mouvements de cette industrie. Tout le monde nous en achète, y compris Rolex pour le cœur de ses montres et sa marque Tudor. Mais Rolex, Patek Philippe, Cartier ou même Chopard... une dizaine de maisons au total, sont quand même devenues très indépendantes.  

Quels sont les points forts de Swatch pour faire face à cette crise ?

Nous nous en sortons mieux que les autres et je pense finir l'année 2009 pas trop mal. D'abord, parce que nous avons 19 marques avec des montres de 20 euros à 10 millions d'euros la pièce. Ensuite, parce que nous produisons tout nous-mêmes grâce à 178 usines en Suisse, deux en France, deux en Allemagne, trois en Italie et que nous disposons de tous les savoir-faire. Nous avons aussi une distribution internationale qui est la plus forte de toute l'industrie horlogère, avec un millier de boutiques en propre. Swatch est distribuée en propre à 40% et les autres marques, comme Breguet ou Omega, entre 20 et 25%. Or, contrairement aux détaillants, ces boutiques continuent d'acheter aujourd'hui. Enfin, il paraît que je sais stimuler l'innovation chez mes collaborateurs. Je tente, pour les équipes marketing, de maintenir la fantaisie de leur enfance, lorsqu'ils croyaient à Papa Noël, aux contes de fée, à Blanche-Neige, etc. Pour l'innovation technologique, je ne prends pas des ingénieurs, trop carrés, mais des physiciens. C'est avec eux que je crée aujourd'hui Benelos, une entreprise en partenariat avec la Deutsche Bank et George Clooney, qui a pour mission de découvrir des énergies nouvelles et pourquoi pas imaginer une voiture encore plus écologique que l'électrique. 

Vous vous êtes fait un principe de ne pas débaucher de personnel ?

Vous savez, ce n'est pas parce que nos bénéfices diminuent un peu cette année que nous mourrons de faim. Bien sûr, je pourrais décider de licencier 1000 personnes sur mes 24 000 salariés et la Bourse me dirait bravo et achèterait mes actions. Mais moi, je veux garder mon personnel pour plus tard et garder leur confiance, même si ça me coûte de l'argent. C'est, je pense, une erreur fondamentale de mettre l'argent avant tout. 

Propose recueillis par Sophie Lécluse, à Bâle
 

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- Commentaires sur l'article -

Deckard, le 02/04/2009 à 18:45

Mouais, on est obligé de le croire sur parole dans le dernier paragraphe ?? je n'ai aucune confiance dans ces personnes qui disent : faites moi confiance... :p

christ4383, le 03/04/2009 à 21:44

Il semblerait qu'il existe un suisse honnête!Saluons son discours! christian/PBS= parti du bon sens

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