L'évolution du marché du luxe
A l'heure où les grands groupes de luxe publient leurs résultats annuels, analyse de l'évolution du marché du luxe et de sa cote boursière, par Isabelle Enos, analyste financière, spécialiste du secteur, pour B*Capital.
Les grands noms du luxe publient leurs résultats annuels ces jours-ci, quelle est la tendance ? Les premières publications de résultats pour l’exercice 2009 sont encourageantes et font ressortir une nette amélioration. Les groupes bénéficient très clairement d’une base de comparaison très favorable, les résultats publiés en début d’année dernière étant pénalisés par une conjoncture difficile et un climat de confiance fragilisé. Globalement, les résultats sont supérieurs aux attentes avec une dynamique toute particulière en Asie hors Japon. L’Europe reste bien orientée. L’amélioration vient des Etats-Unis où la déception avait été grande sur les résultats 2008. La stratégie de diversification vers les émergents porte ses fruits aujourd’hui et montre clairement qu’elle sera à l’origine de la croissance à venir. Au-delà des chiffres publiés, c’est surtout le discours rassurant des groupes sur la visibilité pour les mois à venir qui a été retenu. Les ventes de fin d'année ont-elles permis de relever les résultats annuels ? Les ventes de fin d’année sont décisives pour les groupes de luxe, cette année encore plus … En effet, les groupes ont bénéficié de deux effets conjoints, la fin d’un important phénomène deskockage (voir d’un restockage notamment dans l’horlogerie) et le retour d’un climat de confiance outre atlantique. Fin 2008, la consommation aux Etats-Unis avait pâti des interrogations très fortes sur l’environnement économique. Plus globalement, l’amélioration de la tendance est visible tout au long de l’exercice 2009, avec une accélération de la croissance des ventes sur les derniers mois. Comment se porte le marché du luxe depuis le début d'année en bourse ? L’évolution du marché du luxe est globalement conforme à l’évolution du marché boursier depuis le début de l’année. Les groupes de taille moyenne ont connu des soubresauts dans leur parcours boursier avec un très bon début de mois de janvier, perdant par la suite tout le chemin gagné. A l’inverse, des groupes de la taille de LVMH résistent très bien, portés par une bonne diversification en terme d’activité et géographique, caractéristiques que le marché réclame aujourd’hui. Enfin, l’évolution favorable du dollar est également une aubaine pour des groupes où la production est en grande partie européenne avec des ventes massivement en dollars ou dans des devises liées au dollar. Quelles sont les perspectives pour le premier semestre ? Cette tendance favorable devrait se poursuivre dans les mois à venir. La résistance des pays émergents à la crise constitue un facteur de soutien pour les ventes des groupes de luxe. Par extension, les « actions » de ces sociétés vont en bénéficier. Le choc de volumes lié au destockage des plus importants distributeurs est passé, même si les ventes restaient molles, la croissance devrait être au rendez vous. L’amélioration devrait se poursuivre sur le premier semestre 2010, notamment du côté de l’horlogerie et des spiritueux, au-delà c’est le climat économique en général qui devra être au rendez vous. Les difficultés rencontrées par certaines entreprises créent-elles des conditions favorables à un mouvement de fusions et acquisitions dans les semaines à venir ? La thématique des fusions acquisitions devrait être de retour en 2010. Traditionnellement, à la sortie d’une crise comme celle que l’on connaît, les rapprochements sont légions. Les groupes fragilisés cherchent du soutien et sont plus ouverts à la négociation. A l’inverse, les stratégies industrielles gagnantes passeront par des opérations de la croissance externe, sur des activités ou des pays où un groupe n’est pas présent. Le secteur du luxe a cela de particulier qu’il est constitué d’un maillage très dense avec de nombreuses marques, ne représentant pas toujours des acquisitions trop lourdes à digérer. Il devrait par conséquent faire l’objet de toutes les attentions dans les mois à venir. De nombreuses rumeurs ont commencé à faire jour à la fin de l’année dernière avec la volonté affichée notamment par PPR de poursuivre son recentrage sur ce segment d’activité. Les premières opérations annoncées porteront tout le secteur même les groupes familiaux qui déclarent ouvertement ne pas être intéressés par des offres potentielles à l’image de Bulgari. Dans un marché où l’accès au crédit se normalise et où les liquidités ne sont plus rémunérées, quoi de mieux que l’investissement ?





