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Interview

José Manuel Barroso

Barroso

À la veille du sommet européen qui déterminera la nouvelle configuration de l'Europe, et son avenir, le président de la Commission européenne se livre.

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Comment vous est venu le goût de la politique ?

Au Portugal, la dictature a duré quarante-huit ans. La révolution est advenue le 25 avril 1974, un mois après mes 18 ans. Je suis de la génération de la révolution des œillets. Très jeune, je participais aux manifestations, aux mouvements des étudiants, devant les lycées.

Je suis entré, à 17 ans, à la faculté de droit de Lisbonne ; elle était très politisée. Tous les leaders politiques, sans exception, qui ont été les fondateurs de la démocratie portugaise, étaient de la faculté de droit.

Mario Soares, socialiste, Sà Carneiro, le leader de mon parti, social démocrate, Diego Freitas do Amaral, chrétien-démocrate et Alvaro Cunhal, le communiste, nous venions tous de la fac de droit. Après la révolution, j'ai été élu président de l'association des étudiants. Mais, déjà avant, je participais à des actions contre le système colonial portugais. À l'époque, ne l'oublions pas, nous étions une puissance coloniale présente en Angola, au Mozambique, en Guinée Bissao, au Timor oriental.

Ce qui me frappait, c'était l'absence de liberté. Je ne pouvais pas lire les livres que je voulais. Je ne pouvais pas écouter la musique que je voulais. Je me rappelle qu'à 13-14 ans, on écoutait en secret chez des amis du lycée Le Déserteur de Boris Vian : "Monsieur le Président, je vous écris une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps." C'était absolument interdit. On ne pouvait pas critiquer publiquement le gouvernement de Salazar.

Mon père avait un abonnement à Paris-Match. Quand Salazar est mort, après quarante ans de dictature, ils ont publié une photographie incroyable, avec une légende stipulant "Macabre". Devant sa dépouille, il y avait un géant (dans mon souvenir, un homme du Mozambique) et un nain. Ils les ont placés là.

L'homme le plus grand du monde et l'homme le plus petit du monde en termes physiques, qui rendaient un dernier hommage au dictateur. J'ai interrogé mon père : "C'est comme cela que le Portugal est considéré par les autres pays ?" Ce cliché a eu un impact énorme sur ma vie. Je devais avoir 11 ans - j'aimais mon pays et soudain, j'ai découvert qu'il n'était pas du tout respecté par les démocraties, et des pays comme la France, notamment.

Vous lisiez le français à la maison ?

Oui. J'avais un excellent professeur au lycée. Un homme de l'opposition au régime, il ne pouvait pas se prononcer publiquement. Il enseignait au lycée public de Camõens. C'était un intellectuel, un démocrate... et un excellent professeur de français. Mon père m'avait aussi abonné à Tintin, Spirou, et Pilote (pour Astérix). C'est en lisant ces revues que j'ai appris le français.

Il y avait une logique à s'engager. Mais pourquoi à l'extrême gauche ?

Il n'y avait pas d'autre solution. À la faculté de droit de Lisbonne, avant la révolution, il n'y avait que deux mouvements étudiants organisés : l'un était lié au parti communiste prosoviétique et l'autre à l'extrême gauche, disons d'inspiration maoïste [le MRPP, où il militera, ndlr]. C'était le plus intéressant. Il était plus dynamique. Et les partis démocratiques n'existaient pas encore. Le Parti socialiste avait été créé l'année précédente en Allemagne. Le parti libéral est né près la révolution.

Vos parents étaient plutôt conservateurs ?

Conservateurs au sens où ils n'étaient pas engagés en politique. C'est une histoire très compliquée. Du côté de mon père, ma famille était très conservatrice, voire monarchiste. Le Portugal est restée une monarchie jusqu'en 1910.

Du côté de ma mère, c'était exactement l'inverse. Sa famille était issue d'un milieu social beaucoup plus pauvre qui peu à peu avait progressé sur l'échelle sociale. Mon grand-père maternel a même été, dans sa jeunesse, proche des anarchistes. Enfant, j'étais soumis à ces influences contradictoires. Mon père était comptable. Ma mère, qui vit encore, était professeur de lycée, elle a suivi une formation supérieure.

Mon grand-père maternel disait toujours : "Si j'avais quatre enfants : deux garçons, deux filles, et que je ne puisse donner une éducation à tous, j'en donnerais aux filles. Je ne veux pas que des hommes leur donnent des ordres." C'était un homme très progressiste. Ses enfants, mes oncles et tantes, ont tous suivi des formations supérieures. Deux de mes oncles et une de mes tantes étaient médecins. Ma femme aussi.

Si vous aviez 20 ans aujourd'hui, seriez-vous activiste ? Comprenez-vous les jeunes altermondialistes ?

Je les comprends. Je ne dis pas que je suis d'accord. J'ai partagé ces positions radicales de 16 à 20 ans. À 20 ans, mon père est tombé très gravement malade. Il est allé se faire soigner en Angleterre. Ma mère, mon frère et moi l'avons suivi à Londres. Quitter la révolution portugaise en 1975-1976, aller à Londres et découvrir un pays démocratique, européen qui fonctionnait, cela fut un choc.

C'est là que j'ai décidé d'abandonner complètement cette expérience de jeunesse. Ceci dit, je comprends parfaitement. C'est une de mes qualités. J'essaie de comprendre les autres points de vue. Certains pensent qu'un homme politique doit être inébranlable. Moi, je refuse absolument tous les dogmatismes. Parce que précisément j'ai expérimenté la dictature et le dogmatisme de droite. Le dogmatisme de gauche n'est pas mieux, il est parfois même plus totalitaire.

Y a-t-il des lignes rouges, des choses qui soient inacceptables ? 

La grande ligne rouge, c'est la liberté justement. Et c'est aussi, même si cela peut paraître étrange pour un président de la Commission, mon pays. Il n'y a pas de contradiction à être un patriote et un Européen convaincu. S'il y avait une agression à l'encontre de mon pays, ce serait mon devoir de le défendre. Et si besoin, de risquer ma vie.

Je n'ai aucun problème à le dire, même si cela ne cadre pas avec le politiquement correct de Bruxelles. J'aime cette phrase de Romain Gary : "Le patriotisme, c'est l'amour des siens ; le nationalisme, c'est la haine des autres." Dans mon cas, c'est du patriotisme.

Quand le Premier Ministre PSD Anibal Cavaco Silva vous appelle en 1985 pour entrer au gouvernement, vous terminez un doctorat à l'université. Hésitez-vous ? 

J'ai effectivement beaucoup douté. Je me rappelle avoir consulté un de mes professeurs à Washington. Il m'a demandé : "Qu'est-ce que tu veux ? Finir ton doctorat ou entrer en politique ?" Je lui ai répondu que j'aimerais faire les deux. Ce qui m'a valu : "Yes, my son, timing is never perfect." Quand aujourd'hui encore, je reçois des doctorats honoris causa, comme celui de l'université Sophia Antipolis, je téléphone à ma mère. Et invariablement, elle me rétorque : "C'est très bien, mais quand finiras-tu ton vrai doctorat ?"

Quel souvenir gardez-vous de 1989, de la chute du Mur ? 

C'était fantastique. J'étais très heureux. Je suis allé à Prague avec le Président Mario Soares pour assister à la Révolution de velours.

Une révolution, c'est une expérience unique. On a la sensation que tout est possible. En politique, le moment le plus important de ma vie reste le 25 avril 1974 à Lisbonne. Quand on voit un régime qui paraît tout-puissant, qui est encore un empire, s'écrouler sans pratiquement un coup de feu, on approche au plus près de la politique dans son état le plus absolu. Les gens discutaient dans la rue jusqu'à 4 heures du matin : "Qu'est-ce que la démocratie ?" "Qu'est-ce que la politique ?" "Qu'est-ce qu'on va faire ?" C'était inouï. La plupart des Européens de l'Occident n'ont pas eu cette expérience. Moi si, c'est pour cela que je comprends bien ce qui se passe en Europe centrale.

On vous dit extrêmement ponctuel. Parce que "la ponctualité est la politesse des rois" ?

C'est une question de respect. Imaginez un président de la Commission qui arriverait en retard et que les 26 autres membres fassent de même... J'essaie d'être professionnel dans tout ce que je fais.

Par ailleurs, j'ai vécu six ans en Suisse. Je m'y suis marié, mon premier fils est né à Genève. La Suisse est un modèle de ponctualité et d'organisation. Je ne connais aucun autre pays démocratique qui soit si organisé. Si un Suisse arrive cinq ou dix minutes en retard, personne n'en parle. Mais si c'est un Portugais, on va dire "Ah, ces gens du Sud...". J'ai mis un point d'honneur à toujours arriver le premier au département de sciences politiques à Genève, pour démentir tout stéréotype à l'égard des gens du Sud.

À Bruxelles, on vous voit souvent porter une montre Swatch. Vous n'êtes pas très bling-bling ? 

Je ne donne pas beaucoup d'importance à ces choses-là. J'ai un costume bleu, un costume gris et systématiquement des chaussettes noires ou bleues foncées. Comme cela, il me faut un minimum de temps pour être prêt.

J'admire beaucoup les femmes. Comment peuvent-elles faire tout ce qu'elles font et prendre le temps de se préparer... Après mon bain, m'habiller me prend cinq minutes. Je peux le faire pratiquement les yeux fermés parce que normalement les choses sont à leur place. Je n'ai que des chemises blanches ou bleues. Non pas que je n'aime que ces deux couleurs, c'est une question d'économie de temps. On parle beaucoup des ressources renouvelables. Mais, le temps est la seule ressource non-renouvelable. C'est le bien le plus précieux.

L'apparence est aussi une manière de communiquer...

J'essaie d'être présentable mais je me méfie des hommes qui s'habillent trop bien. Quand je vois un intellectuel, un homme politique ou un exécutif qui s'habille trop bien, je me demande toujours comment il a le temps de le faire.

Les réunions du "collège Barroso" sont réputées plus courtes que celles présidées par vos prédécesseurs... Quelle est votre pratique de l'autorité ?

Nous avons réussi à démontrer qu'il est possible de fonctionner à vingt-sept. Pour cela, il faut effectivement ce que certains appellent une autorité présidentielle forte. Pas en termes personnels, mais en termes fonctionnels, c'est indispensable pour garantir la collégialité. Sinon, chaque commissaire aurait une tendance naturelle à suivre sa Direction générale, à aller vers ce pouvoir bureaucratique que nous voulons éviter, mais aussi, à céder à l'esprit de clocher.

Si les réunions durent moins longtemps, c'est aussi qu'elles sont mieux préparées. Cependant, jusqu'à présent, nous avons pris les décisions par consensus. Je n'ai rien contre le vote démocratique mais c'est important d'éviter une fragmentation de la commission entre droite et gauche, entre pays du Nord et du Sud, nouveaux membres et membres plus anciens.

Quel est votre rapport à la critique ?

Elle fait partie de la vie politique. D'ailleurs, je me considère comme un privilégié. Regardez n'importe quel président ou Premier ministre en Europe, il est beaucoup plus critiqué que le président de la Commission. J'ai été leader de l'opposition et Premier ministre, je sais de quoi je parle. Ceci dit, je veux être complètement honnête. Parfois les critiques, injustes ou mal intentionnées me blessent.

J'essaie de rationaliser. Certains sont d'accord avec mes prises de position, d'autres ne le sont pas et ne le seront jamais. Même on fait ce qu'ils veulent, pour des raisons politiques, comme ils ont besoin d'être dans l'opposition, ils vous critiqueront. Il faut prendre cela avec un esprit sportif.

Il vous est arrivé de blacklister un journaliste ?

Non. J'ai un excellent bilan en la matière. J'organise des briefings régulièrement avec la presse. S'il y a une critique qui ne m'ait jamais été faite, c'est de manipuler l'information. Lorsqu'on est au pouvoir, il est toujours tentant d'user de menace ou de charme. Personne ne peut m'accuser de cela. La liberté, c'est précieux, je sais ce qu'est un régime où l'on ne peut critiquer.

Qu'est-ce qui vous aide à décrocher ne serait-ce que quelques heures ? La lecture ? La musique ? La méditation ?

J'arrive toujours à réserver quelques heures pour ce que je considère comme le plus important dans la vie, c'est-à-dire l'art et la culture en général. C'est un temps précieux. La politique n'est pas la priorité première. En dépit de ma fonction, je suis très conscient des limites de la politique.

Aucun homme politique au monde n'est comparable à Shakespeare, Montaigne, Cervantès ou Dante. Nous ne sommes rien à côté de ces géants que sont Mozart ou Haendel. Quand j'ai du temps et j'essaie toujours d'en avoir, j'aime écouter de la musique - y compris en travaillant. Je suis un lecteur addictif.

Dès que je le peux, j'essaie de visiter des expositions, des musées et même d'aller au théâtre. C'est mon "biofuel", mon carburant pour la vie. Sans cela, je ne pourrais pas tenir. La fonction de président de la Commission est très intéressante, mais très exigeante, physiquement aussi.

Si vous avez le loisir d'ouvrir un livre, retournez-vous à vos auteurs fétiches ou bien explorez-vous d'autres territoires ? 

Les deux. Je reviens très souvent à deux grands classiques de la langue française : Montaigne et Marguerite Yourcenar. En littérature, il y a tellement de grands classiques que je n'ai pu tout lire en profondeur. Je lis peu les auteurs contemporains, exception faite d'écrivains comme Philip Roth et les auteurs portugais les plus connus, tel que José Saramago. Dans les arts plastiques, je suis davantage ce qui se passe dans l'actualité car cela m'intéresse beaucoup.

On vous dit amateur de jazz. Quels sont vos musiciens préférés ?

En 1971, à Lisbonne, alors que le Portugal n'était pas encore une démocratie, Miles Davis, Ornet Coleman, Art Blakey et Charlie Haden ont donné leur premier concert de jazz. C'était unique. Quand Charlie Haden a déclaré : "And now I dedicate this music to the black liberation movements of Angola, Mozambic and Guinea Bissao", le régime l'a immédiatement emprisonné.

Comme il était Américain, ils ne l'ont pas gardé mais ils l'ont expulsé. Dans l'auditorium, tout le public s'est levé pour l'applaudir, il y avait des milliers de gens. J'avais 15 ans. Pour nous, le jazz c'était aussi cela, la liberté. Miles Davis demeure la référence. Là, je suis très au courant. J'ai écouté plusieurs fois Keith Jarrett en concert. C'est un génie.

Vous parlez parfaitement le français, l'anglais, l'espagnol... Quel est votre rapport aux langues ? 

Je comprends aussi l'italien, un peu l'allemand ; je suis capable de lire des discours en allemand, ce qui pour moi est très important pour communiquer. Mais la langue que je préfère, après ma langue maternelle évidemment, c'est le français. C'était ma langue d'ouverture au monde, à la culture.

Vous ne pouvez pas imaginer l'importance de la chanson de Serge Gainsbourg et de Jane Birkin, Je t'aime, moi non plus, au Portugal. Toute ma génération a été formée à ces mots érotiques. Elle était interdite parce que considérée contre les mœurs. Mais, bien sûr, tout le monde l'avait.

Une des choses que je regrette aujourd'hui très sincèrement, pour la nouvelle génération en Europe en général, c'est la perte de la pluralité des langues. Umberto Eco dit que la langue de l'Europe, c'est la traduction. C'est une très belle phrase. Quand je pense à Bruxelles, je pense toujours en termes de traduction. Quand je vois un document, très souvent je me demande comment cela se dit en anglais, en français, en portugais. Parce que parfois la langue, c'est plus que la forme. C'est aussi la substance des choses.

Il vous arrive de penser en français ou en anglais. De travailler et de prendre des notes dans ces langues ?

Oui, oui, oui. J'écris très souvent directement en anglais et en français. J'ai un cahier où je prends des notes chaque jour. Quand le sujet a été abordé en français ou en anglais, je l'écris en français ou en anglais. C'est une forme d'entraînement.

Vous rêvez en portugais ?

Je ne me suis pas encore pris à rêver dans d'autres langues qu'en portugais.

Et quand vous vous cognez, dans quelle langue jurez-vous ?

J'essaie de ne pas me cogner...

En 2006, vous évoquiez dans un entretien à Paris-Match "le contraste entre ce que la France fait et ce qu'elle pense d'elle-même". "La France me rappelle Le Malade imaginaire", disiez-vous. Vous le pensez toujours ?

Le président Sarkozy a beaucoup changé la vision de la France dans la mesure où il assume sa position avec un grand volontarisme. Ceci dit, je crois que le problème de fond continue à se poser. Par exemple, la France est l'un des pays où l'on entend le plus de voix contre la mondialisation ; mais c'est aussi l'un de ceux qui réussissent le mieux dans ce sens.

C'est l'un des rares pays au monde à posséder des marques vraiment globales, très respectées à l'international et qui lui donnent une image de grand prestige. La France bénéfice énormément des investissements d'autres parties de monde. J'y vois une certaine contradiction.

J'ai utilisé cette image du Malade imaginaire avec tout le respect et toute l'amitié que j'éprouve pour la France. Dans une certaine mesure, c'est aussi le cas du Portugal. Les politiques portugais, en général, utilisent un discours négatif, même ceux qui sont au pouvoir. Ils exagèrent leurs propres difficultés.

C'est le fait des anciens empires ?

Je crois que oui.

C'est aussi vrai des Britanniques ?

Pour les Britanniques, c'est différent. Ils n'ont pas encore complètement abandonné l'idée de l'empire. La mondialisation a aussi en grande partie un code génétique anglo-saxon donc ils s'identifient peut-être plus facilement à elle.

Votre plus grande ambition pour les années à venir ?

J'aime beaucoup ce que je fais. Ce n'est pas une fonction de routine. Il faut comprendre cela. C'est une fonction qui exige beaucoup d'investissement politique et un appui clair du Parlement et du Conseil.

Le jour où vous quitterez Bruxelles, ce sera pour faire quoi ? Avez-vous la tentation de retourner au travail intellectuel ?

J'aimerais beaucoup. Je suis très attaché à mon pays. Il a des qualités exceptionnelles. Surtout d'un point de vue humain. C'est un peuple extraordinaire. Je peux y revenir ou aller autre part. Le monde aujourd'hui est très petit. Je peux écrire et enseigner. Je suis content de pouvoir dire que la politique n'est pas tout dans ma vie. C'est très important, mais j'ai d'autres intérêts que je pourrais développer. Si j'ai la santé... Nous sommes un peu superstitieux à Lisbonne. Nous disons toujours : si Dieu le veut.

Propos recueillis par Florence Autret

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