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Entretien avec Carla Bruni-Sarkozy

Carla Bruni La Tribune et Moi

Carla Bruni-Sarkozy l'avait annoncé depuis plusieurs mois ; elle voulait, en qualité de première dame de France, lancer une fondation et mettre son nom au service d'une cause caritative. Après son soutien à la lutte contre le sida, elle a annoncé en mars, la création d'une fondation en faveur de la culture et de l'éducation. Est-ce un hasard ? Non. Explications en exclusivité.

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La Tribune & Moi : Pourquoi créer aujourd’hui une fondation pour la culture et l’éducation ?

Carla Bruni-Sarkozy : L’éducation et la culture sont au centre de l’exclusion sociale. Danton a dit : “Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple”. Cette phrase est toujours d’actualité. Il y avait mille causes possibles, mais celle-ci me tient particulièrement à cœur et me procure un certain espoir.

Pour vous, les inégalités sociales commencent très tôt, dès le cours préparatoire ?

Oui. C’est pourquoi, en s’intéressant à l’éducation 
et à la culture, on s’attaque au problème de l’exclusion sociale à la racine. Je ne me lance 
pas dans un combat impossible. On peut espérer qu’avec cette fondation, placée sous l’égide de 
la Fondation de France, ce que nous allons entreprendre aura une répercussion sur la vie des gens et portera ses fruits à long terme.
Peut-être pas de façon pérenne, mais pendant plusieurs années.

Depuis 1958, les premières dames œuvrent dans l’humanitaire, vous vous inscrivez dans cette tradition ? 

Je trouve cette tradition très saine. Les premières dames n’ont aucun rôle institutionnel, ce qui est naturel. On ne fait pas de la politique parce qu’on épouse quelqu’un. Une fondation, ça n’a rien à voir avec la politique. Cela donne un cadre, un but à ma fonction. Le lien qui se tisse avec les gens, du fait de mon mariage, est beau. Si je peux aider, le plus possible, pendant les années de mandat de mon mari, et au-delà, je serai ravie.

Concrètement, qu’allez-vous faire ? 

L’objectif de la fondation est de lever des fonds privés pour soutenir et financer les projets des associations. Nous travaillerons avec elles. Nous allons soutenir des projets pour les sans-abri, le milieu carcéral, les handicapés. La lutte contre l’illettrisme est un combat qui me tient à cœur. Selon une enquête de l’INSEE, en France, trois millions de personnes, âgées de 18 à 65 ans, sont illettrées – pas analphabètes. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, 60 % d’entre elles travaillent. Elles ont donc une existence normale, une vie familiale, elles sont intégrées socialement, mais elles ont souvent honte de leur illettrisme et sont gênées dans la vie courante, pour remplir un chèque ou un papier administratif, par exemple.

Vous allez aussi créer des bourses pour favoriser l’entrée des jeunes de milieux défavorisés dans les grandes écoles ?

L’accès aux meilleurs établissements, écoles préparatoires et grandes écoles, à travers la création de bourses pour les jeunes issus des quartiers difficiles, des campagnes et des endroits désertés en France, est un sujet qui m’enthousiasme.

Avec Jean Paul Gaultier – il fait partie du comité de la fondation* – nous avons envie de mettre l’accent sur les écoles d’art et de la mode. Nous voudrions que la sélection par l’argent et le milieu culturel ne soit plus une fatalité et donner à chacun l’égalité des chances.

La fondation n’en est encore qu’à ses prémices, mais voilà les pistes que nous allons prendre. Un site Web portant mon nom ouvrira bientôt. Nous allons y lancer des appels pour recueillir des propositions et des projets que nous allons mettre en concurrence. Nous essaierons d’avoir des critères objectifs et publics, c’est-à-dire transparents.

De grands groupes ont, semble-t-il, déjà manifesté leur désir de participer au soutien financier ?

Oui. Nous cherchons des partenaires de longue durée qui adhèrent à l’image et nous donnent des idées. Nous ne nous tournerons pas vers le grand public, comme l’a fait Madame Chirac avec les opérations pièces jaunes, même si c’est une idée absolument géniale. Nous sommes à la recherche de partenaires privés. Je suis persuadée que cela bénéficiera aussi aux entreprises. Et pas seulement pour leur image. Bien sûr, c’est la crise, mais – justement – c’est le moment de se battre pour des causes importantes et les questions qui touchent aux droits de l’homme.

Pourriez-vous collaborer avec des personnalités comme Luc Besson ou Abdellatif Kechiche, le réalisateur de L’Esquive, qui œuvrent déjà beaucoup 
en banlieue ? 

Oui. Nous avons envie d’observer et de nous appuyer sur le réseau associatif et le travail déjà accompli. Nous ne voulons pas prendre la place des gens qui sont sur le terrain, mais les financer, les galvaniser et travailler avec eux. C’est très important, ils méritent d’être soutenus.

À Strasbourg, vous avez rencontré et eu des contacts directs avec Michelle Obama, lui avez-vous parlé de la fondation ? 

Oui, absolument. Si nous nous développons et récoltons de plus en plus de fonds, nous pourrons élargir notre champ d’intervention. Mais nous voulons d’abord nous concentrer sur la France. En revanche, les fonds peuvent venir de partout, naturellement.

Allez-vous vous appuyer sur le réseau des universités populaires par exemple, ou les bibliothèques municipales ?

Les universités populaires de Michel Onfray, c’est une belle idée. Nous n’y avons pas pensé, mais c’est une bon concept. Je connais bien les universités populaires. J’ai assisté à un cours à Caen. C’était une conférence sur Confucius, c’était passionnant, et l’organisation était fantastique.

Vous devriez vous rendre en banlieue, pourquoi ?

Fadela Amara m’a invitée à l’accompagner, je le ferai volontiers. C’est pour moi une occasion de prendre contact et d’observer, cela m’aidera sans doute pour la fondation. Mais cela n’a pas de rapport direct avec la fondation, même si elle a vocation à s’intéresser aux banlieues, aux campagnes désertées.

Quelle serait votre définition personnelle du mot “culture” ? 

À mon sens, la culture fait partie des besoins de l’être humain. C’est une richesse à laquelle tout le monde devrait avoir accès, quel que soit son statut social ou l’épaisseur de son portefeuille. Notamment dans notre pays, qui est une nation de culture et de savoir, et un pays où le social et les droits de l’homme sont historiquement fondamentaux. Pour moi, l’accès à la connaissance, à la culture, à la lecture est un droit auquel chaque enfant et chaque adulte de ce pays peut et doit prétendre.

Vous avez eu la chance de naître dans une famille où on lisait, collectionnait l’art et s’exprimait artistiquement. Quels sont vos premiers souvenirs liés au savoir ? 

Tous mes souvenirs d’enfance sont liés à la lecture, à l’écriture et à la musique. Et à l’immense plaisir, bien au-delà du simple loisir, que me procuraient ces activités. Dès huit-neuf ans, j’y trouvais des moments de bonheur et de paix extraordinaires. Un refuge. Je me souviens du premier livre d’enfant qui m’a marquée, Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos. À l’école italienne de Paris, en primaire, notre maîtresse nous lisait Cent ans de solitude de Gabriel Garcìa Màrquez. Cette épopée fantastique était passionnante pour des enfants. Bien plus tard, Shakespeare, puis La Divine comédie de Dante m’ont marquée. L’Enfer surtout, je dois dire.

De quels livres diriez-vous qu’ils ont changé votre vie ?

À la recherche du temps perdu. Même si je ne l’ai pas totalement lu puisqu’il me manque Le Temps retrouvé. J’attends d’avoir retrouvé ce temps-là pour le finir… Je l’ai lu un été, c’est une œuvre merveilleuse. Cette dentelle d’écriture m’a transformée émotionnellement.

J’adore aussi les livres de Virginia Woolf. Je la trouve très semblable à Proust dans sa manière de décrire les gens, avec ce désespoir qu’elle ne fait qu’effleurer. À Noël, j’ai lu Mrs Dalloway. Dans le très beau livre Une chambre à soi, elle explique que les femmes sont souvent peu créatives parce qu’elles n’ont pas une chambre à elles où pouvoir s’isoler.

Cette chambre à soi, je l’ai. Par nature et dans ma maison. Les deux comptent. La poésie est aussi une constante dans ma vie. Je relis Baudelaire à l’infini, Gérard de Nerval, Rimbaud, Goethe, Leopardi.

Lisez-vous aussi des philosophes ? Leur philosophie vous aide-t-elle au quotidien ?

Je préfère lire des romans ou de la poésie, mais la philosophie m’intéresse. J’aime beaucoup Nietzsche ; Montaigne, aussi, mais traduit en langue d’aujourd’hui, sinon j’éprouve une immense difficulté à chaque ligne. Je trouve Cioran extrêmement drôle. Ses livres sont passionnants et tout à fait ludiques.

J’apprécie aussi la philosophie des grands romanciers. Maupassant est un grand philosophe, doublé d’un psychologue. Camus aussi, bien sûr. Cette analyse de l’âme humaine va droit au cœur, davantage qu’avec les philosophes, quoique Nietzsche soit très poétique. La tragédie grecque m’a aussi beaucoup marquée, Sophocle en particulier.

Quels livres lisez-vous à votre fils Aurélien ?

De toutes sortes. En ce moment, il est passionné par les échecs, il est plongé dans des manuels que je ne réussis pas à lire avec lui, car je ne comprends pas les mouvements des pièces. Je lui lirai Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig. Il lit aussi les livres de Claude Ponti, dont les jeux de mots, à double lecture, sont fantastiques. Et profondément lacaniens.

Faites-vous une différence entre culture populaire et culture élitiste ? 

Non. Certaines choses sont plus accessibles que d’autres, mais je n’arrive pas à faire de classifications. Bien sûr, certains artistes n’appartiennent pas à la culture populaire. Je pense, par exemple, aux plasticiens. Mais dès qu’on met une sculpture moderne quelque part, les gens sont tout de suite extrêmement curieux. Lorsque je vais au palais de l’Élysée, je vois devant le Grand Palais des centaines de personnes qui attendent des heures pour découvrir les expositions, telle celle de Warhol ou la vente de la collection de Pierre Bergé et d’Yves Saint Laurent. Le grand public est féru d’art. Bien sûr, la chanson populaire est plus accessible que la musique dodécaphonique mais je crois que certaines personnes pourraient être très sensibles à cette musique.

Sans en posséder les clés ? 

Oui. Il n’y a pas besoin d’avoir les clés pour la musique, hormis celle de fa et de sol (rires). Et encore, c’est pour ceux qui l’écrivent ou la déchiffrent. J’écris de la musique sans connaître le solfège ; ce que je regrette d’ailleurs, car cela me faciliterait les choses. En tout cas, selon moi, il n’est pas utile de posséder des connaissances spéciales pour être saisi et ému par l’art. Je me trompe peut-être…

Quels artistes vous émeuvent ? 

En peinture, je le suis profondément par les peintres viennois, Schiele, Klimt. J’aime beaucoup Turner, Vermeer, Picasso. L’art contemporain est aussi parfois saisissant de profondeur. J’ai trouvé l’exposition Jeff Koons à Versailles très intéressante. Je sais qu’elle a fait polémique, mais elle m’a touchée. De toute façon, la polémique ressemble, de nos jours, à une espèce d’entité qui bondit un peu sur tout et n’importe quoi.

Seriez-vous tentée par l’écriture d’un livre ? 

Non, pas du tout. Je ne rédige jamais en prose. En revanche, j’écris plus que jamais en rimes. J’ai moins de temps, mais quand j’en ai, je le consacre entièrement à l’écriture, alors qu’avant, je traînais un petit peu. Le fait d’être entravée, par une situation précise comme, par exemple, cette fonction nouvelle, curieusement, est stimulant. Et, d’une certaine manière, cela me rend plus libre dans l’écriture. Et dans la musique.

Propos recueillis par Florence Trédez

* Au comité de direction, outre Jean Paul Gaultier, Patrice Corre proviseur au lycée Henri IV, Michèle Barzach, présidente de Les Amis du Fonds mondial Europe et le comédien Jean-Paul Scarpitta travaillent bénévolement aux côtés de Grégoire Verdeaux, le directeur général de la fondation.

Pour en savoir plus :

Fondation Carla Bruni-Sarkozy
Fondation de France
Grégoire Verdeaux
40, avenue Hoche
Paris VIII.

- Commentaires sur l'article -

OURANIA_CELESTE, le 29/04/2009 à 17:27

Paris, le mardi 28 avril 2009 ? 23:58 Titre du texte : Madame Bruni et Mon mari a dit. Madame Bruni dit : «Le lien qui se tisse avec les gens, du fait de mon mariage, est beau.» Ce lien n?est donc pas «naturel», voir sincère. Ce qui signifie que si elle n?était pas l?épouse de mon mari a dit, ce lien n?existerait pratiquement pas avec les gens. D?où la vacuité de ce genre d?actions entreprise par de soi-disant personnalités en vue. Lutte contre le Sida, il y avait déjà des personnes qui s?en occupait ; Lutte contre l?exclusion par la culture, c?est plutôt rigolo pour quelqu?un qui a un mari qui n?est pas du tout cultivé, mais qui plus est ne connaît rien à la culture, et souhaite créer un conseil pour la création artistique, il suffit de lire : http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/02/02/la-reponse-de-sarkozy-a-la-crise-mondiale-la-culture/ Extraits : [?] «Le président Sarkozy a exprimé d?autres idées encore sur le mode du ?et pourquoi pas ??. Ainsi : et pourquoi pas une agence pour gérer toutes les aides des arts du spectacle ? Et pourquoi pas ?une sorte de Villa Médicis de la musique? ? Et pourquoi pas le retour des maisons des jeunes et de la culture chères à Malraux ? Et pourquoi pas les rebaptiser ?Espaces de création et de savoir? ? Et pourquoi pas faire des Universités de demain des modèles d?architecture et de vie en société, proposition qui tombe à pic en un temps où nombre de facultés n?ont même pas assez de chaises et de tables pour leurs étudiants ? ?L?élitisme pour tous? (il aurait pu au passage remercier Jean Vilar à qui la formule a été piquée).» [?] «le chef de l?Etat devait terminer en lançant aux représentants de la Culture qui lui faisaient face un ?Dérangez-nous !? qui aurait dû sonner comme le ?Étonnez-moi !? de Diaghilev à Cocteau, mais résonna plutôt comme le ?N?ayez pas peur !? de Jean-Paul II urbi et orbi. Nicolas Sarkozy, qui sait flairer une salle comme peu de théâtreux, sentit que cela ne suffirait pas. Alors, une fois le texte plié, il revint vers le micro et vibrionna : ?Je veux que ça bouge, je veux que ça change, je veux que la culture soit la réponse de la France à la crise économique mondiale !? Le lever de rideau sur les petits fours et le champagne disposés à l?entrée de la salle des fêtes dissuada alors l?assemblée de se pincer. Ou de lancer une chaussure en direction de la tribune. Pour la forme.» Fin de citation. Carla Bruni devrait donc commencer par s?occuper de «mon mari a dit». Elle n?aura pas assez de son temps pour l?ÉDUQUER. C?est aussi dommage qu?elle ne puisse lire Montaigne dans le texte d?origine en françois. En attendant, la soif de paraître et le ridicule ne tuent pas ce genre d?individu. Quant à sa fondation CARITATIVE, comme le dit si bien l?un des commentaires, elle aurait pu s?allier, précisément pour plus d?efficacité, à une association existante.

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