Du rififi via Montenapoleone
La polémique fait rage entre Massimiliano Fiazzer Flory assesseur à la culture à la mairie de Milan et les maisons italiennes de mode et de luxe installées via Montenapoleone au coeur de Milan.
A Milan, la via Montenapoleone est la rue la plus huppée de la capitale lombarde. Le mètre carré s'y loue 6700 € par mois ou se vend à plus de 40.000 €. Si l'on excepte quelques rares survivants d'une époque révolue -le traiteur Salumaio, la pâtisserie Cova-, l'intrégralité de la rue est occupée par les flagship-stores des grandes marques de mode et de joaillerie. Idem pour toutes les rues adjacentes. Usuellement désigné comme le Quadrilatero della Moda, ce quartier hyper-central est la proie d'un perpétuel jeu de chaises musicales et de changements d'adresses qui anime l'actualité marchande des groupes de luxe.
Devenue un véritable shopping-mall a ciel ouvert « où les spécimens de la Cayenne génération » comme les appelle l'architecte-designer milanais pur jus Piero Lissoni, « semblent évoluer comme dans une réserve », la Via Montenapoleone serait finie. 'Elle ressemble à un Luna Park' a lâché Giorgio Armani.
La faute aux couturiers et aux stylistes ! a riposté Massimiliano Finazzer Flory. Remplaçant du sulfureux Vittorio Sgarbi, 'démissionné' pour divergences artistiques formulées par la maire de Milan, Finazzer Flory occupe depuis quelques mois le fauteuil d'assesseur à la culture à la Mairie du Milan. Homme de théâtre et habile stratège en kultur-politik, Finazzer Flory s'était distingué voilà quelques mois en clamant vouloir faire de Milan une marque.
"Ceux qui disent que le quartier est mort sont ceux qui ont tout fait pour qu'il meure"
Le voici en Don Quichotte bataillant contre les enseignes girouettes du périmètre sacré. L'homme entreprend de partir en croisade contre les couturiers et les stylistes qui "ne sont jamais venus frapper à sa porte depuis que je suis en poste au Palazzo Marino. Les grandes maisons milanaises, Giorgio Armani en tête, critiquent beaucoup mais font très peu pour la ville. Ceux qui disent que le quartier est mort sont ceux qui ont tout fait pour qu'il meure !" a-t'il déclaré aux gazettes le 19 février dernier.
Premier visé, donc, Giorgio Armani, qui, la veille, présent à New-York où il ouvrait notamment un megastore de 4000m2 sur la 5th Av., a signé un chèque d'un million de dollars à Michael Bloomberg pour soutenir l'école publique new-yorkaise. « Les fondations Prada et Trussardi (cette dernière est justement installée au Palazzo Marino, NDRL) sont les seules à faire des dons inportants à la ville de Milan. Il s'agit là de structures sérieuses, séparées du business de la marque, même si elles sont certainement utiles à l'image de ces marques ».
Les stylistes critiquent mais ne donnent jamais rien
Repris par les quotidiens Corriere della Serà et La Reppublica, ces propos ont provoqué une véritable bronca de la mode. Franca Sozzani, directrice du Vogue Italia, a déclaré que c'est la ville qui doit aider la mode et non le contraire. Le Président de la Chambre Syndicale de la Mode italienne, Mario Boselli s'est rangé lui, aux côtés de Finazzer : « L'assesseur a raison de dire que les stylistes critiquent mais ne donnent jamais rien. Ils ne font surtout rien pour les jeunes ». Le plus comique fut quand, le lendemain, par voie de presse, et seulement dans la Repubblica où ses encarts publicitaires rouges encadrent depuis des années le titre de une, la styliste Krizia, alias Maruccia Mandrelli, est montée au créneau, indignée qu'on l'ait oubliée et qu'on ait zappé son espace culturel, certes inscrit dans la vie culturelle milanaise depuis plus de vingt ans, mais rarement ouvert au grand public, sauf pendant le Salon du Meuble, quand elle y accueille traditionnellement les dernières créations d'Ingo Maurer.
Beaucoup de bruit pour rien ?. Visiblement oui, car cette polémique n'aura servi qu' à faire jacasser les intéressés, toujours inquiets de ne pas figurer dans les médias, et à présenter le projet 'culturel' de Finazzer pour ouvrir la semaine de la mode féminine milanaise -231 collections, 92 défilés- aux Milanais. Attention, grandiose : il y a donc eu, Via Montenapoleone, une parade d'autos et motos anciennes, un concert en l'église Saint-François-de-Paul, une performance futuriste (on célèbre partout en Italie le centenaire de la promugaltion du Manifeste du Futurisme) dans la cour du palais Gavazzi et une ouverture nocturne du musée Bagatti-Valsecchi.
Du vrai patronnage, donc. Sans compter, on est moderne à Milan, les cinq écrans géants plantés en ville pour suivre les collections. Et surtout l'annonce de la création d'un musée de l'histoire du costume, mais sans préciser où, quand ni comment. Reste que voilà encore quelques mois, quand les magasins étaient pleins, personne n'y trouvait à redire ; désormais qu'ils sont vides, on accuse ceux qui les tiennent de tous les maux. Clochermerle, encore et toujours...
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