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Le vin, un actif très liquide

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Laura Fort  |   -  1344  mots
Placement plaisir, l'investissement dans le vin est également lucratif. Avec un rendement de plus de 10% par an, les sites dédiés attirent de plus en plus d'amoureux du vin et de clientèle patrimoniale désireuse de diversifier ses placements. Rencontre avec Franck Nogues, co-fondateur du site Patriwine.fr.

"Quand le vin est tiré, il faut le boire, surtout s'il est bon", écrivait Marcel Pagnol. Pourtant, de plus en plus de personnes sont tentées de miser sur des grands crus, de les faire stocker, de parier sur leur potentiel de plus-value, et de les revendre au plus haut, pour en racheter d'autres.
C'est ainsi que des sites Internet dédiés à l'investissement dans le vin se développent depuis environ deux ans, à l'instar de Patriwine.fr. Lancé en 2010, il sera bénéficiaire cette année. Il compte aujourd'hui 2000 clients, avec un panier moyen de 12000 euros. Patriwine dispose d'environ 2000 références de vins, exclusivement des grands crus de Bordeaux, et réalise plus de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires. Si les clients peuvent souscrire en direct, Patriwine est aussi proposé via une cinquantaine de conseillers en gestion de patrimoine.
Rencontre avec son co-fondateur, Franck Nogues, également gestionnaire de patrimoine.

La Tribune - Comment est-ce que le site fonctionne ?
Franck Nogues - Le client ouvre un compte, sélectionne et achète les vins qu'il souhaite mettre dans sa cave
Nous les stockons ensuite dans des chais à Bordeaux ou aux ports francs de Genève selon la demande du client. S'il veut bénéficier d'une suspension de TVA, nous lui conseillons un stockage aux ports francs de Genève. Mais il doit alors s'engager à ce que les vins soient revendus uniquement à l'étranger et ne lui soient jamais livrés.
Le client peut suivre au jour le jour l'évolution de la valorisation de sa cave et décider de sa rotation.

Quel est le profil moyen de vos clients ?
Ce sont généralement des personnes âgées de 50 ans en moyenne, dont un tiers de femmes. Il y a également des expatriés, qui gardent de cette manière-là un pied en France.

Quels frais ponctionnez-vous ?
Pour les frais de garde, nous prenons 18 euros par caisse par an et 0.40% d'assurance par an. Mais nous ne prélevons pas de frais sur la plus-value réalisée à la revente, puisque notre intérêt, c'est que les clients réinvestissent.

Alors comment vous rémunérez-vous ?
De la même manière qu'un négociant, nous prenons une marge à l'achat du vin.

Vous ne proposez que des vins de Bordeaux. N'est-ce pas risqué de ne miser que sur une région ?
Bordeaux est la seule place de cotation organisée, tandis que la Bourgogne, par exemple, est tenue par les négociants, qui sont les seuls à pouvoir revendre à l'étranger. C'est bien beau de se faire plaisir, mais lorsque l'on veut revendre, il faut que ce soit un actif liquide !
Notre risque consiste davantage dans l'approvisionnement en grands crus. Si tout le monde ne les propose pas, c'est d'ailleurs que tout le monde n'arrive pas à les avoir. Notre force est de bien connaître cette région, ce qui nous permet aussi d'avoir des offres promotionnelles. Certains négociants ont parfois besoin de trésorerie rapidement et peuvent vouloir vendre des lots, à la manière d'une vente flash. Et quand on fait un beau coup à l'achat, on le répercute au client.

Ne vous privez-vous pas d'un certain nombre de clients potentiels en ne proposant que des grands crus bordelais ?
Oui, c'est évident. Mais nous ne prévoyons pas de nous diversifier dans d'autres régions. Nous restons sur ce que nous savons faire. Nous ne faisons pas non plus de primeurs, car nous estimons que leur potentiel de progression n'est pas assez significatif.

Quel est le potentiel de rendement moyen d'un tel placement ?
Environ 15% par an. Sur les cinq dernières années, les Bordeaux ont grimpé de 100%, quand le CAC a chuté d'environ 60%... La valorisation est suivie via les indices du Liv-ex qui cotent les grands crus de Bordeaux.

Selon vous, quels vins recèlent le plus gros potentiel de plus-value ?
Le plus gros potentiel se situe pour moi dans les Châteaux Angélus, Pavie ou Latour, et dans les millésimes 2006 et 2008. Angélus et Pavie sont d'ailleurs passés premiers grands crus classés A, au même titre qu'un Cheval Blanc par exemple.
Nous savons aussi que François Pinault [propriétaire du Château Latour, ndlr] va arrêter de commercialiser des primeurs [système qui permet d'acheter un vin avant sa mise en marché, ndlr] en 2012, ce qui va rendre attractifs les millésimes plus anciens, dont les cotes vont donc monter.
Pourquoi le millésime 2008 ? Par exemple, si vous prenez une base 100 en 2008, la valeur du vin a doublé en 2009, augmenté de 20% en 2010 et baissé de 30% en 2011. 2011 sera donc un moins bon investissement que 2008, qui se retrouve 60% plus cher.
Le Mouton Rothschild 2008 est également un vin intéressant, d'autant plus que l'étiquette a été réalisée par un artiste chinois, Xu Lei. Nous nous attendons à une belle progression.
Attention néanmoins : il existe une réelle dichotomie entre le vin que l'on a plaisir à boire et sa valorisation. Ca n'est pas parce que le vin nous plaît qu'il va prendre de la valeur. Par exemple, le Margaux 2005 est un excellent vin, mais il a tellement monté, que son potentiel de croissance est moindre.

Comment expliquez-vous l'intérêt croissant porté à l'investissement dans le vin ?
C'est devenu très compliqué de conseiller un client dans ses placements aujourd'hui, étant donné le rendement des différents supports d'épargne. Après l'investissement dans l'immobilier et une belle voiture, il reste donc la cave. Je ne connais pas une personne fortunée qui n'a pas sa cave. Et aujourd'hui, les caves remontent dans le salon : lorsque l'on a une belle cave, on aime la montrer. Beaucoup de nos clients aiment montrer leur cave et leur valorisation à leurs amis sur leur ordinateur ou leur iPad.
Nous conseillons à nos clients d'investir dans une cave à hauteur de 10% de leurs actifs et de 5% de leur patrimoine. Et nous préconisons un panachage de grands seconds crus et de premiers crus.

Finalement, le vin est-il une valeur mobilière comme les autres ?
Il ne l'est pas encore, mais je souhaite qu'il le devienne. Cependant, le marché de l'investissement dans le vin à titre de placement ne représente qu'environ 100 millions d'euros de chiffre d'affaires, alors qu'il s'échange 10 milliards d'euros de Bordeaux dans le monde. C'est donc encore une goutte d'eau dans l'océan...
 

Cavissima.fr, le challenger

Patriwine n'est pas le seul acteur à occuper le terrain. Cavissima, lui aussi lancé en 2010, sera également à l'équilibre cette année, avec une prévision de chiffre d'affaires de 2 millions d'euros. Le site revendique 600 clients à fin septembre, dont le panier moyen annuel s'élève à 3500 euros, et estime conquérir 200 clients supplémentaires d'ici la fin de l'année.
Le site fonctionne de manière un peu différente de Patriwine, Cavissima proposant un ticket d'entrée moins élevé, à 400 euros (contre 10 000 euros pour Patriwine, même si Franck Nogues assure qu'il est possible de faire une demande d'ouverture de compte avec un capital initial inférieur).
Avec 750 références, Cavissima propose d'investir non seulement sur les grands crus de Bordeaux, mais aussi sur ceux de Bourgogne, du Rhône, ou encore d'Alsace, et l'investisseur peut également miser sur des primeurs ou sur des vins étrangers, contrairement à Patriwine.
Un gros bémol cependant : le site n'a pas encore développé de service de revente, ce qui pose un réel problème pour les investisseurs qui souhaiteraient déjà faire tourner leurs bouteilles...
Concernant les frais, Cavissima prélève 1.2 euros par bouteille chaque année au titre des frais de stockage, assurance comprise. La commission sur la plus-value réalisée lors de la revente n'est pas non plus négligeable, puisqu'elle s'élève à 15% du montant de la plus-value (avec un minimum de 10 euros par opération). Quant aux frais de gestion, ils sont compris entre 2% et 3% du montant investi.
Cavissima compte bien talonner son grand frère, puisqu'il prévoit de réaliser 4.5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2013 et table sur un potentiel de 2000 clients. 

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Commentaires

vendre-vins  a écrit le 21/12/2012 à 23:43 :

Si vous chercher à vendre vos vins, pensez à notre site de petites annonces, tout est gratuit, aucun frais aucune commission, donc aucun risque.
Le site est ouvert depuis quelques semaines, dejà plus de 600 annonces...

pauvre france  a écrit le 03/12/2012 à 0:47 :

dire qu'une une partie de ces plus beaux joyaux est déjà aux mains de chinois , russes , multinationales et qui sait un jour aux mains de quataris ! ! c'est dire que ce pays se meurt et ça fait très très mal , vendre un tel patrimoine est un crime , pouah quelle époque ! !

Patrickb  a répondu le 03/12/2012 à 1:58:

@pauvre: ils boivent aussi dans du baccarat, sauf qu'ils cassent plus les verres :-)

Pitcho  a écrit le 02/12/2012 à 19:46 :

Très caricatural cher ami. Les ventes de vins de bourgogne explosent en Chine et Russie et sont en train de rattraper les volumes en partance pour le RU et les USA. L'achat récent du château de Gevrey Chambertin par un chinois ayant fait fortune à Macau n'est qu'un exemple parmi d'autres de l'intérêt de plus en plus marqué pour ces nouveaux clients. Il n'y a pas que la Romanée Conti cher ami, Meursault, Chassagne et Puligny Montrachet, Pommard, Chablis et bien d'autres moins médiatiques s'exportent très bien. Venez donc faire un tour chez nous et dégustez quelques verres auprès de vignerons emblématiques qui vous dirons qu'ils n'ont... Plus rien à vendre!

Patrickb  a répondu le 02/12/2012 à 20:58:

@Pitcho: en Russie, c'est plutôt les vins de la « communauté européenne » qui se vendent. Cela dit, j'espère que les vins de Géorgie qui commencent à faire de la pub intensive se vendront bien en Russie, parce que 1) ils sont bons et 2) je préfère les productions qui profitent aux locaux que les importations occidentales à des prix surdimensionnés ;-) question de goût et de couleur, n'est-ce pas :-)

cave virtuelle  a écrit le 02/12/2012 à 19:25 :

Après le conseiller financier , le conseiller en pinard... Bizarre que l'Etat ne se soit pas penché sur la taxation de
ces plus-values bien arrosées .

Style  a écrit le 02/12/2012 à 17:06 :

La Tribune : "Comment est-ce que le site fonctionne ?" je dirais plutôt : "Comment le site fonctionne-t'il ?"

paul donathan  a écrit le 02/12/2012 à 13:01 :

les vertus d' un verre comme un saint emilion 1987 sont négligéees et peuvent soigner des maladies que l' on ne connait pass

Oui  a répondu le 02/12/2012 à 13:08:

En particulier, cela soigne la maladie de "lourdeur du portefeuille" en aidant à l'alléger... C'est à peu près la seule maladie que cela soigne, d'ailleurs...

Pitcho  a écrit le 02/12/2012 à 8:18 :

Il n'est pas sûr qu'il y ait une bulle car les prix correspondent à une demande qui est en train de basculer vers les pays émergents qui eux, ne connaissent pas la crise avec des croissances entre 6 et 8%. Les vins français (bourgogne et bordeaux) sont de plus en plus appréciés et recherchés dans ces pays et l'augmentation des exportations en est la preuve. Ce qui est rare est cher.

Pauvres Bordelais  a répondu le 02/12/2012 à 12:46:

C'est de la spéculation pure, les Grands Bordeaux sont plus proche des Subprimes que du vin. Il n'y a pas de lien entre les prix des grands Bordeaux et leut qualité. On trouve TRES facilement des vins qualitativement à la hauteur des Bordeaux cités pour dix/trente fois moins chers. D'ailleurs ce qui est dit dans l'article, c'est qu'ils n'achètent QUE des Bordeaux. Pas de Bourgogne, c'est pas assez Bling-Bling et les étiquettes pas assez ronflantes exceptées La Romanée Conti.
Pour les amateurs de vin, pas les spéculateurs, il y a largement de quoi se faire plaisir à pas (pas trop) cher. Laissez les abrutis acheter du Cheval Blanc à 1000?. Sirotez donc plutôt un Podere San Luigi en regardant Mondovino. Pour les spéculateurs continuez à boursicoter avec des vos Bordeaux. Les Russes font des Calimucho avec les Latour : c'est pathétique.

Louis XIX  a écrit le 02/12/2012 à 1:44 :

Il semblerait que cette fois-ci, le champagne fait dans la bulle... spéculative ! Et quand la bulle éclatera, les spéculateurs naifs vont boire la tasse...

Patrickb  a écrit le 01/12/2012 à 15:53 :

C'est sûr qu'en cas de conflit, tu vas te trimballer avec tes bouteilles comme monnaie d'échange :-)

Fine  a répondu le 01/12/2012 à 19:07:

j'adore!!!

zeus  a écrit le 01/12/2012 à 14:54 :

de la pub gratuite pour partiwine. Le nouveau madoff du vin?

pmxr  a écrit le 01/12/2012 à 11:36 :

Bref !!!! de l'argent liquide !!!!!!!!!

Approximative  a écrit le 01/12/2012 à 9:49 :

est votre maîtrise de la langue français !

La Tribune - Comment est-ce que fonctionne le site ?

Alors, comment est-ce que vous vous rémunérez ?

effectivement  a répondu le 01/12/2012 à 11:34:

vous êtes très "Approximative"... il n'y a pas qu'une seule tournure de phrase possible en langue françaisE!

pmxr  a répondu le 01/12/2012 à 11:53:

l'ortografe ... la gramere ... le siense des so's!

Dondiegodelavega  a répondu le 01/12/2012 à 13:42:

Approximative: grande est la force. Te concentrer, tu dois. Approximative, je dois t'avouer un secret: ... Tu es, tu es ma fille!