Bankia, le plus gros sauvetage bancaire de la crise espagnole

Par Gaëlle Lucas  |   |  756  mots
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La quatrième banque d'Espagne recevra 23,5 milliards d'euros de capitaux publics afin de faire face à la détérioration de ses actifs et de ses participations.

Bankia a reconnu vendredi l?étendue du trou qui menace son bilan. La quatrième banque d?Espagne et sa matrice BFA, nationalisée le 9 mai dernier, réclament 23,5 milliards d?euros de fonds publics pour se maintenir à flots. C?est l?apport le plus important réalisé par l?Etat espagnol depuis le début de la crise. L?Etat va donc se retrouver à la tête de l?entité issue de la fusion de sept caisses d?épargne dont le bilan grevé par 31,8 milliards d?euros d?actifs immobiliers toxiques a précipité la chute.

 L'Etat premier actionnaire

L?opération se fera via la conversion en juin de 4,5 milliards d?euros d?un prêt public en actions, suivie en juillet d?une augmentation de capital de BFA de 19 milliards d?euros souscrite par l?Etat. Celui-ci deviendra ainsi le premier actionnaire de BFA et donc de Bankia dont BFA contrôle 45% du capital. Sa part augmentera au quatrième trimestre, lorsque Bankia augmentera son capital de 12 milliards d?euros sous la garantie par BFA.

 « Il s?agit de capital (...) Il n?y a rien à rembourser à l?Etat (...) Nous devons créer de la valeur pour nos actionnaires, quels qu?ils soient », a déclaré le nouveau président de l?entité José Ignacio Goirigolzarri Samedi, en référence au rôle d?actionnaire de l?Etat, qui a renoncé à apporter de l?aide sous forme d?obligations convertibles. Le but sera de revendre Bankia en temps voulu à un bon prix afin d?en limiter l?impact définitif sur les comptes publics. Les 19 milliards serviront justement à assainir le portefeuille immobilier et l?ensemble des crédits, ainsi qu?à la révision de la valeur des actifs immobiliers et des participations industrielles (comme Iberdrola) du groupe. La banque a également revu ses comptes de 2011 dont la première version n?avait pas été ratifiée par l?auditeur. La différence est abyssale : de 309 millions d?euros de bénéfice, Bankia a reconnu avoir enregistré des pertes de 2,9 milliards d?euros.

 Ampleur du sauvetage supérieure aux prévisions

L?ampleur du sauvetage a largement dépassé les prévisions gouvernementales. Le ministre de l?Economie Luis de Guindos avait en effet affirmé que l?Etat ne débourserait pas plus de 16 milliards d?euros dans cette seconde vague de sauvetages bancaires? Bankia a dépassé à elle seule tous les pronostics. Or, les audits menés par Oliver Wyman et Roland Berger dont les résultats seront connus en juin devraient faire apparaître de nouveaux besoins en capital pour le secteur bancaire.

 L?Etat aura-t-il les moyens d?y faire face ? Une émission de dette par les temps qui courent serait onéreuse, alors que la prime de risque flirte régulièrement avec les 500 points. Par ailleurs, le Fonds de Garantie financé par les banques est à sec après les sauvetages de la CAM et d?Unnim, et difficilement renflouable. Dans ce contexte, le spectre d?un recours au fonds de secours européen se rapproche dangereusement.

 Mise aux enchères perturbée

Les audits pourraient aussi perturber la mise aux enchères des entités issues de caisses d?épargne actuellement contrôlées par le Frob, Catalunya Banc (CX) dont la vente est prévue pour cet été, et NovaGalicia Banco (NGB). L?Etat pourrait regarder ces ventes à deux fois si les garanties demandées par les candidats à la reprise sont trop élevées. « Il est très possible qu?il y ait d?autres sauvetages de caisses d?épargne. Si personne ne se porte candidat à la vente aux enchères, le gouvernement pourrait réitérer l?action menée pour Bankia », estime Juan José Toribio, économiste à l?IESE.

Luis de Guindos n?écarte d?ailleurs pas la possibilité de regrouper les actifs des caisses sous contrôle étatique, dont Bankia, au sein d?une seule banque publique. Cette option n?en est néanmoins qu?une parmi d?autres. Il s?agirait de l?assainir et de la revendre dans quelques années, à un bon prix. « La réaction des marchés dépendrait alors de la capacité du gouvernement à prouver qu?un tel projet est rentable, une fois assaini », estime Francisco López Lubián, professeur à l?IE. En cas de constitution, cette grande banque publique rassemblerait 450 milliards d?actifs. D?aucuns estiment qu?elle pourrait remplir le rôle de pourvoyeur de financements à une économie espagnole étouffée la restriction du crédit.