Italie : Banco popolare et BPM se marient

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La nouvelle banque comptera 25.000 employés, quelque 2.400 agences, quatre millions de clients et sera leader dans le nord de l'Italie, une des zones les plus riches d'Europe.
La nouvelle banque comptera 25.000 employés, quelque 2.400 agences, quatre millions de clients et sera leader dans le nord de l'Italie, une des zones les plus riches d'Europe. (Crédits : Reuters)
Cette fusion va donner naissance à une banque en mesure de réaliser 1,1 milliard d'euros de bénéfice net en 2019, contre 600 millions pour les deux établissements séparés en 2015.

Les actionnaires de Banco popolare et de Banca popolare di Milano (BPM) ont voté samedi en faveur de leur fusion, une étape extrêmement importante dans la consolidation du secteur bancaire italien, qui suscite depuis des mois les inquiétudes des investisseurs. Comme prévu, le projet a été validé en début d'après-midi par les actionnaires de Banco Popolare, réunis à Vérone, par 23.683 voix pour, 118 contre et 11 abstentions.

Le résultat était en revanche plus incertain à la PM, aux assemblées générales toujours plus agitées et où deux associations de retraités avaient appelé à voter contre. Mais là aussi, le "oui" l'a largement emporté: 7.315 actionnaires ont voté pour, 2.731 contre, 142 se sont abstenus et 11 n'ont pas voté. Une majorité des deux tiers était nécessaire pour que le projet soit validé.

Lundi, les dirigeants de BPM avaient écrit aux actionnaires pour les inciter à participer massivement à l'assemblée afin de soutenir la naissance de "Banco BPM", appelée à devenir la troisième banque de la péninsule, derrière Intesa Sanpaolo et UniCredit. Il s'agit d'un "choix important" dans un "contexte de grande incertitude pour le système bancaire italien", avaient souligné le directeur général de BPM, Giuseppe Castagna, et le président de son conseil de gestion, Mario Anolli.

Devant les actionnaires réunis dans un hall de la Fiera, le salon des expositions de Milan, M. Castagna a demandé aux actionnaires hésitants de "regarder le futur et non le passé". Il a martelé que le projet représentait "un saut" majeur, permettant de donner naissance à "une grande banque" en mesure de réaliser 1,1 milliard d'euros de bénéfice net en 2019, contre 600 millions pour les deux établissements séparés en 2015, grâce à des synergies et des réductions de coûts.

A Vérone, le président de Banco Popolare, Pier Francesco Saviotti, a tenu le même discours, en évoquant "une énorme opportunité": "s'en priver serait un dommage grave", a-t-il noté. La nouvelle banque comptera 25.000 employés, quelque 2.400 agences, quatre millions de clients et sera leader dans le nord de l'Italie, une des zones les plus riches d'Europe. Elle gèrera 171 milliards d'euros d'actifs.

Retraités "irresponsables"

Deux associations de retraités de BPM avaient appelé les employés à ne pas se laisser intimider et à rejeter le projet, annoncé en mars et qui a reçu le feu vert de la Banque centrale européenne (BCE). Pour eux, la nouvelle banque sera un géant "aux pieds d'argile" et la BPM perdra ce qui fait aujourd'hui sa force. Le Mouvement 5 étoiles (M5M) était aussi hostile à la fusion.

L'AG de Milan a duré plus de 6 heures trente, 87 actionnaires ayant demandé à s'exprimer. Certains se sont montrés extrêmement véhéments à la tribune. Les syndicats, qui ont négocié des accords notamment en matière sociale, ont apporté leur soutien au projet qui crée selon eux "de la valeur et des emplois".

Ils ont accusé les associations de retraités d'être "irresponsables et de jouer avec la peau des autres", avançant le spectre de la prise de contrôle de BPM par des fonds d'investissements américains "prêts à une boucherie sociale", une fois que la banque serait devenue une société anonyme comme l'exige désormais la loi. La fusion entre en effet dans le cadre de la réforme des banques mutualistes lancée par le gouvernement de Matteo Renzi pour les rendre plus efficaces.

Alors que les actionnaires de ces banques disposaient jusqu'ici d'un droit de vote identique quel que soit le pourcentage de capital possédé, la loi impose désormais aux dix plus importants établissements d'accorder ce droit de vote en fonction du nombre d'actions détenues. M. Castagna avait lui aussi souligné le risque que la BPM, si elle restait seule, devienne "un petit plat exquis pour les banques et fonds étrangers".

La réussite de ce mariage est une bonne nouvelle pour le système bancaire italien, qui suscite depuis des mois les inquiétudes des investisseurs, en raison de son éclatement (environ 700 établissements différents), du poids des créances douteuses (360 milliards d'euros, soit un tiers de ceux de la zone euro) et de problèmes de capitalisation. Depuis début 2016, l'indice des banques italiennes a perdu 50% à la Bourse de Milan.

La fusion va permettre de "renforcer le système bancaire", a expliqué à l'AFP Marco Giorgino, professeur à l'Ecole polytechnique de Milan. Elle aura "un rôle de signal": "devant les fortes critiques de la presse et des analystes étrangers", le système "réagit avec une réponse extraordinaire", dans le sens d'une plus grande stabilité et consolidation, a-t-il jugé.

(avec AFP)

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