Quelle signification donner à un dividende pour un investisseur  ?

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(Crédits : Reuters)
Comment investir pour toucher des dividendes, et s'assurer une rente pérenne sans mettre en péril son capital ? Quels sont les pièges à éviter, les opportunités à explorer, les subtilités d'analyse à assimiler ? Les réponses des experts de l'Investisseur Français (*).

Contexte et situation

D'abord, bien comprendre qu'un dividende désigne un retour du capital à l'actionnaire. A défaut de pouvoir (ou vouloir) le réinvestir profitablement dans son activité, l'entreprise le rend à son propriétaire.

Autrement dit, c'est un choix (ou une concession) du management de ne pas employer les ressources tenues à sa disposition, pour plutôt les rendre à leurs légitimes propriétaires (les actionnaires), soit une opération à rendement nul pour l'entreprise voire, dans certains cas, une amputation potentiellement pénalisante de ses capitaux propres.

Egalement garder  à l'esprit qu'au lieu de financer des projets de croissance, on soumet le capital distribué à une double peine fiscale : taxé une première fois dans l'entreprise, il l'est une seconde fois passé dans la poche de l'actionnaire.

Le décor étant planté, admettons cependant que payer un dividende caractérise parfois un choix stratégique judicieux, par exemple si l'entreprise ne dispose pas d'alternatives de réinvestissement valables (fréquent avec des activités matures, en déclin et/ou chichement profitables) ou, à l'exact opposé, si l'entreprise gagne tellement d'argent qu'elle ne sait plus quoi en faire (postulat de base : mieux vaut nous le rendre que de faire une bêtise).

Bref, première étape pour l'investisseur engagé à la poursuite d'un dividende : identifier la situation, discerner la raison qui pousse l'entreprise à effectivement lui retourner son capital, et confirmer sa légitimé.

Les reins solides

 Une fois cette confirmation obtenue, il s'agit d'étudier les bilans de l'entreprise, et s'assurer de sa solidité. Peu importe le rendement sur dividende affiché, un château de cartes au bord de la banqueroute ou un business dont l'assise financière se dégrade irréversiblement depuis des années ne répondent pas à l'exigence de préservation du capital investi.

Pas de ratios magiques ni de formules toutes faites ici : à chaque industrie son bilan type, et sa définition de la sécurité. Une activité récurrente, à forts retours sur capitaux et génératrice de montagnes de profits cash (exemple : Coca-Cola) peut aisément supporter un endettement élevé, tandis qu'une activité cyclique, à faibles retours sur capitaux et ankylosée par de substantiels impératifs de réinvestissement (exemple : ArcelorMittal) n'a sans doute pas la même flexibilité.

On cherchera typiquement à vérifier que l'endettement est raisonnable (une fraction des capitaux propres réévalués, car tous ne se valent pas entre eux, sinon un multiple raisonnable du profit opérationnel normalisé) et la charge d'intérêt bien couverte par lesdits profits opérationnels.

Remonter à la source

 Ces deux premières étapes validées, il s'agit d'identifier la provenance des fonds qui servent au paiement du dividende. En dépit d'un mythe semble-t-il tenace, l'argent n'apparaît pas comme par enchantement (pas plus sur le compte bancaire d'une entreprise que sur le vôtre).

A ce titre, le dividende est soit autofinancé (payé avec la trésorerie en excès), soit financé par une souscription de dette ou une émission d'actions (parfois les deux en même temps), auquel cas soit on prend l'actionnaire pour un simplet, soit on cherche à lui rendre autant de capital possible tant que le bateau est encore à flots.

Pour plaisanter (ou déprimer, c'est selon), voir notre article Les Génies du Cash-Burn.

Si le dividende est autofinancé, discerner s'il est payé avec de la trésorerie en excès par rapport aux besoins opérationnels (bien), ou s'il est payé avec de la trésorerie qui devrait normalement servir aux besoins opérationnels (moins bien).

En somme, vérifier que l'entreprise paie son dividende à partir des profits qu'elle génère via ses opérations, et que ce capital rendu aux actionnaires n'impactera pas lesdites opérations à l'avenir.

A hauteur de ses moyens

 Vérifier ensuite que le dividende est confortablement couvert par les profits cash (cf. Free Cash-Flow 101) de l'entreprise. C'est évident : si un business rend à ses actionnaires plus qu'il ne gagne, quelque chose risque un jour de coincer.

Une fois cette vérification effectuée, estimer la probabilité que le dividende se maintienne au fil des années -- ou mieux, qu'il augmente. Impossible de valider cette étape sans une compréhension intime du business de l'entreprise, de ses perspectives et des réalités compétitives de son industrie. A ce titre, impossible d'investir pour collecter des dividendes (pour du "rendement") sans dérouler au préalable un sérieux travail d'analyse (cf. Analyse 101).

Avec un baril à plus de 100 dollars, les pétrolières n'avaient aucun mal à payer de généreux dividendes (elles ne s'en privèrent d'ailleurs pas); avec un baril à 40 dollars, la donne change radicalement (actionnaires de Total, cette année, une partie de votre dividende a été payée par une émission d'actions nouvelles). Les profits cash de Coca-Cola ou d'IBM (par exemple) sont sans doute plus pérennes et moins exposés.

Quitte à exiger un dividende, mieux vaut donc s'assurer que l'entreprise aura les moyens de le payer, longtemps et indépendamment de la conjoncture !

Un dividende versé en croissance chaque année au fil des cycles tandis que le payout (part du profit reversé en dividende) reste constant indique généralement que l'entreprise crée de la valeur : c'est (a priori) le signe d'une maison bien gérée -- parfois étiquetée « dividend aristrocrat ».

Méfiance avec les business exposés à une coupe de dividende : de telles annonces sont souvent très durement sanctionnées par le marché, car les institutionnels dont le mandat de gestion exclut les actions sans dividendes liquident mécaniquement leurs positions.

Les parts du gâteau

 Sur la durée, contrôler que les capitaux propres de l'entreprise restent divisés en un nombre d'actions (à peu près) constant, ou (encore mieux) en diminution.

Si un business verse cent euros aux détenteurs de cent actions, le dividende est de un euro par action; mais si demain le business fait appel au marché (par exemple en émettant neuf cent actions) et paie cent aux détenteurs de mille actions, le dividende versé est de dix centimes par action. Si toutefois chaque actionnaire exige d'être payé un par action, le business devra payer mille de dividendes... Encore s'agira-t-il de les trouver !

Méfiance particulière avec ces business qui diluent votre participation chaque année : si on vous prend d'un côté ce qu'on vous rend de l'autre, votre rendement absolu est parfaitement nul.

Inversement, un business qui rachète et réduit son nombre d'actions dans le temps demande un budget dividende décroissant au fil des années. En effet, si le business n'a plus que cinquante actions dans cinq ans et paie toujours un dividende de un euros par action, il n'y a plus que cinquante euros à débourser.

Dividendes et juste prix

Qu'on investisse pour les dividendes ou avec l'ambition d'apprécier sensiblement son capital, le risque demeure le même : surpayer. Grossièrement présenté : payez cent pour un rendement de dix et vous obtenez un retour sur investissement de 10%; payez cinquante pour ce même rendement, un retour de 20%; payez deux cents, un retour de 5%.

Un business en liquidation qui paie plus que sa capitalisation boursière en dividende est -- chacun en conviendra -- autrement moins risqué qu'un business mature (en bout de course ?) qui offre un rendement sur dividende à peine supérieur au taux sans risque (cf. Arbitrage 101).

« Plus d'argent a été perdu à la poursuite d'un dividende qu'au bout portant d'une arme à feu. »

En réalité, sélectionner un bon payeur de dividende revient à sélectionner un bon investissement qui présente (tout simplement) le mérite de payer un dividende.

>> (*) Pour aller plus loin, retrouver toutes les analyses de L'Investisseur Français sur son site.

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