La Tribune

L'Espagne recherche locataires désespérément

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Mathias Thépot  |   -  829  mots
L'Espagne présente un des plus faibles taux de locataires parmi les pays de l'OCDE et de l'Union Européenne. Par des mesures très libérales, elle souhaite en augmenter la proportion pour rééquilibrer son marché.

Parmi les grandes économies de l'OCDE, l'Espagne est le pays où le marché de la location de logements est le plus faible. Avec une proportion d?à peine plus de 10% de logements locatifs, les ibères sont bien loin de l?Allemagne, qui affiche un taux de 60%, de la France (plus de 40 %)  ou du Royaume-Uni (environ 30 %). Ce faible poids du marché locatif est d?ailleurs généralisé sur tout le territoire espagnol. Seules certaines grandes villes espagnoles, comme Barcelone ou Madrid, parviennent à atteindre la barre des 20 %.

Le marché locatif a des effets bénéfiques sur l?économie

Durement affectée par une crise immobilière et économique durable, l?Espagne devra à coup sûr développer son parc locatif si elle veut retrouver sa santé économique d?antan. "Les études montrent qu'une augmentation du poids du marché locatif peut avoir des effets bénéfiques sur l'économie, en particulier en facilitant la mobilité géographique des travailleurs, ce qui en retour permet de réduire le chômage", constate Juan S. Mora Sanguinetti, économiste à la Banque d'Espagne, dans une note relayée par l?Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). "Ces conclusions sont particulièrement pertinentes dans le cas de l'économie espagnole si l'on considère que l'Espagne compte le plus faible taux de migration interne de l'OCDE et que les différences régionales en terme de taux de chômage sont importantes et persistantes", ajoute-t-il.

Des mesures libérales pour fluidifier le marché de la location

Conscient de la situation, le gouvernement de Mariano Rajoy a présenté un projet de loi en août 2012 -qui devrait être voté en 2013 au parlement- pour équilibrer le marché du logement. Ces mesures devraient en fait complètement libéraliser le marché locatif espagnol. Le gouvernement en place estime en effet que les dispositifs protègeant les locataires contraignent fortement les propriétaires qui laissent en conséquence leur bien vacant.  Un certain nombre de droits des locataires vont donc être réduits et les contrats de location seront libéralisés.
Ainsi, pour permettre au propriétaire de récupérer son bien plus rapidement qu?auparavant, le gouvernement va diminuer la durée minimum du bail du locataire de 5 à 3 ans avec un préavis de 2 mois. Concernant les loyers, le calcul de leur réévaluation sera décidé entre le propriétaire et le locataire et non plus fixé sur l?indice des prix à la consommation (IPC). Ce n'est qu'en l'absence d'un accord qu'il sera appliqué un pourcentage égal à la moyenne de l'IPC des 12 mois précédents.
Les expulsions pour impayés des locataires seront également facilitées. "La durée à partir de laquelle le locataire est considéré comme faisant défaut serait réduite à 10 jours", indique Juan S. Mora Sanguinetti. "Et si le débiteur fait finalement défaut ou ne fait pas opposition (en se présentant devant le juge), l?éviction peut être immédiatement ordonnée par le juge", ajoute-t-il.

Une fiscalité qui favorise la location

Une modification profonde de la fiscalité qui s?applique à l?immobilier est en outre opérée par le gouvernement. Il a déjà supprimé pour 2013 la déduction fiscale liée à l?acquisition immobilière, alors que celle-ci avait été instaurée en 1979 et modulée depuis.
Une politique fiscale favorisant l?investissement locatif est proposée en parallèle. Les sociétés d?investissement dans l?immobilier verront ainsi "leur taux d?imposition réduit à 0 %, contre 19 % précédemment. Tandis que l?obligation de distribuer les bénéfices passera à 80 %, contre 90 % précédemment", détaille Juan S. Mora Sanguinetti. La réforme présentée en août 2012 réduit aussi de 7 à 3 ans la durée minimale pendant laquelle les sociétés d?investissement s?engagent à investir.

La location n?est pas un réflexe en Espagne

Ces méthodes aux accents très libéraux du gouvernement Rajoy peuvent choquer en France, à l'heure où la ministre du Logement Cécile Duflot va tenter d'instaurer deux dispositifs, protecteurs des locataires, qui visent à encadrer les loyers et à les garantir de manière universelle. Seulement en Espagne plusieurs facteurs d'ordre sociologique placent la location au second rang. La culture de la propriété y est solidement ancrée.
Par exemple, le fait de ne pas quitter le foyer parental, et donc de ne pas louer son propre logement, pendant les études professionnelles ou universitaires, est une norme sociale généralisée, surtout en ces temps de crise. D?autant que les logements sociaux n?existent quasiment pas en Espagne. Ils n'y représentent qu?entre 1 et 2% du parc de logements contre environ 15% en France. C'est en fait cette absence de considération du gouvernement espagnol pour le logement locatif social qui risque, en parallèle à la libéralisation du marché, d'exclure mécaniquement les ménages aux revenus les plus fragiles de l?accession à un logement décent.

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Commentaires

@Faillite espagnol point barre !!!  a écrit le 15/05/2013 à 18:02 :

En clair, j'aimais au grand jamais Espagne pourra se relever de cette faillite généraliser. C'est fini noël, alors le débat sur la location ou propriété ça veut strictement rien dire ! Il faudrait un effacement de leur dette comme en Grèce. Les pertes seront considérables.
Rendez-vous compte, qu'il y a même des communes espagnol (ville fantôme) qui sont endetté sur plus de 1700 ans !!! L?Europe va droit dans le mur

@@Faillite espagnol point barre !!!  a répondu le 16/05/2013 à 11:43:

Oui, ils peuvent dire au moins qu?ils sont propriétaire (de leur propre misère).

canari  a répondu le 27/12/2013 à 16:36:

a faillite espagnole ....les cours de francais ca ne fait pas de mal...

tartine et chocolat  a écrit le 07/05/2013 à 11:42 :

on a plein de mal logés que l'on peut envoyer là bas

MOUGEON  a écrit le 07/05/2013 à 8:55 :

Etre propriétaire (donc après avoir payé son crédit complètement) de son logement est une bonne chose pour soi. Investir dans l'immobilier pour devenir rentier est une autre histoire. En période de crise, le propriétaire (le vrai) a au moins son toit d'assuré alors que le locataire est précarisé. L'espagnol moyen a au moins son toit, à défaut de boulot. Le marché immobilier espagnol est complètement saturé pour des années, la faute à une politique immobilière totalement orientée profit court terme pour certains. Le truc est donc maintenant de vouloir relancer l'immobilier en rendant la vie des locataires plus précaire? Et avec tous les surplus à brader? Les politiciens espagnols sont bien au niveau des nôtres!

yokikon  a répondu le 07/05/2013 à 11:26:

Très juste, mais c'est pire que cela. L'Espagne a vendu à l'encan son soleil, les peuplades d'Europe croyant à une Union Européenne porteuse d'avenir, alors que leurs chefs ne constituaient qu'un foirail de maquignons.
Etranglée par les revers de ses folles illusions, l'Espagne chasse peut-être des locataires "salvateurs", mais brade aussi les ventes de ses immeubles. Ses plus fauchés mais bien portants citoyens vont même travailler au Maroc. Ce libéralisme locatif chasse donc des non fauchés "tra los montes", comme d'autres paradis chassent les contribuables étrangers à cacher. C'est peut-être ça le multilatéralisme libéral.

jerem  a écrit le 07/05/2013 à 8:38 :

le monde a l'envers . l'europe de toujours. Devenir propriétaire , le reve de millions de citoyens . voici l'article pour nous faire marrer. Ah oui 40 ans de Franco, les espagnols sous surveillance avaient eu un reflexe sauvegardé : devenir propirétaire. Resultat; taux de propriétaire en espagne :80% contre 57% en france. Et donc pour faire de la croissance (commissions d'agence, cautions ) au nom de la mobilité du travail , il faut elargir le marchélocatif ..... Mais dites donc le surplus d'immbilier espagnol ne sotn pas les pousse au crimes allemands et anglais qu'il l'ont provoqué quand ils envoyaient leur retraites par dizaines de milliers investir dans la maison des vieux jours ? evidemment sur fond de speculation et de prix du m2 tellement explosé que les trentenaires espagnols sont parmi les plus nombreux a etre encore chez leur parents.
il fond donc accentuer la mobilité par la location ..... dites donc ca c'est de la coherence .... on demande l'avis de l'oracle Barrosso dans son projet europe2020

Pace de C  a répondu le 07/05/2013 à 17:07:

Non c'est Aznar avec sa "sur le ladrillo"
et puis tous les politiques espagnols et tout le peuple lui-même

@Pace de C  a répondu le 15/05/2013 à 17:45:

Mais la réussite de l?Espagne a été aussi l'immigration vers l?Europe, donc la mobilité ! décidément on n'a la mémoire courte !

Elio  a écrit le 07/05/2013 à 6:32 :

Ce n'est pas très bon. Si les gens du nord possèdent les maisons du sud ... les relations ne vont pas être très bonnes.
Le probleme c'est que la possession immobilière peut ne pas s'accompagner d'une activité economique. Il faudrait imposer un investissement economique local lors de possessions immobilières importantes voire abusive. C'est à dire au moins emmetre une loi européenne qui impose que :
si un un foyer européen à le droit de posséder 500 m2 en europe sans obligation, celui ci devra, pour les mètre carrés supplémentaires participer au développement de l'économie locale (hors location de bien immobiliers ...) à hauteur égal au prix de l'investissement immobilier. Cela pourrait se faire soit en investissant dans des industries/artisanats proche de leur logements ou en plaçant de l'argent dans les banques coopératives des lieux de leur possession immobilières.
Pour les personnes ne vivant pas en europe, il va de soi que cette limite pourrait être ramenée à 100 m2.

Bradd Pitt et Angelina Jolie ne sont je crois pas concernés puisqu'ils ont investi dans leur propre cuvée de vins français ...

Patrickb  a écrit le 06/05/2013 à 23:53 :

C'est surtout qu'ils ont tellement construit qu'ils se retrouvent maintenant avec pléthore de logements vides :-)

ventrachoux  a répondu le 07/05/2013 à 12:02:

Il est querstion de plus d un millions d´appartments et de maisons neufs inoccupées, de villes fantômes où il n y a aucune acitivté .. Tout ca a ete fait par des espangols avides de speculation sucidaire, sans aucun apport avec le concours des banques qui on financé pas à 100 mais a 110 % pour acheter une Audi en meme temps ...
Et l´epoqiue ou les riches euroepeens du Nord venaient acheter avec des malettes pleines de billets ( evasion fiscale ) c´est aussi terminé !
Le probleme n´ est pas pret d´etre resolu !!

la suisse  a répondu le 07/05/2013 à 13:16:

Vous avez raison, refaisons du black pour relancer l'économie, il n'y a que ça de vrai !

LINUS  a répondu le 07/05/2013 à 19:31:

Info : les banques espagnoles font des crédits hypothécaires à taux variable. Lors de la crise des subprime américaine, ceci a conduit à voir les mensualités de remboursement des acquéreurs exploser en cours de contrat. D'où les saisies et les expulsions. De plus, lors des subprimes, l'activité immobilière s'est paralysée subitement, faillite des entreprises, chantiers arrêtés. Chantiers non terminés ou terminés mais vides + logements vides pour causes d'expulsion; cela donne un sinistre krach immobilier (les subprimes version espagnole) conduisant à un krach financier.

DRRW  a écrit le 06/05/2013 à 23:37 :

Les temps changent. Combien de ministers du logt ont vante le modele espagnol? Par ailleurs, ce n'est pas en precarisant les locataires qu'ils vont attirer des candidats a la location...

Paco de C  a répondu le 07/05/2013 à 17:14:

La location est très mal réglementée là bas. Si un propriétaire retrouve son logement saccagé, il l'a dans l'os ! Par contre je suis sceptique sur la célérité de la justice pour intervenir. Il y a quelques années un juge donnait une entrevue dans "El País" et disait que déjà il faudrait que la Justice entre dans le 20ème siècle avant de penser au 21ème.

MDU  a écrit le 06/05/2013 à 21:24 :

Quel chance ces Espagnols : 1 % de logement sociaux contre 15 % pour la France

@linus  a répondu le 07/05/2013 à 21:21:

Ce n'est qu'un point. S'endetter sur 40 ans, avec 2 salaires à 1000 euros mensuels, boulots fantaisistes parfois comme pompiste ou groom, pour un appartement de 65 m2 à 300 000 euros (au moins !) en est un autre.

Ludovic  a écrit le 06/05/2013 à 20:26 :

Autrement dit, le capital, qui cherche à développer de nouveaux marchés de manière complétement artificielle, à décider de s'en prendre directement à la propriété du commun.
"Les études montrent qu'une augmentation du poids du marché locatif peut avoir des effets bénéfiques sur l'économie, en particulier en facilitant la mobilité géographique des travailleurs, ce qui en retour permet de réduire le chômage". Il faut donc ruiner les gens pour qu'ils dépensent plus et donnent davantage de revenus au capital. Quant à la mobilité des travailleurs, encore faudrait-il qu'il existe du travail réel. Ce qui est souhaité, c'est un retour au XIX s., avec une population prolétarisé qui ne dispose plus du tout de sa vie et qui doit aller de lieux en lieux, dans des conditions lugubres, pour trouver sa pitance, tout en alimentant l'économie. Les gens sont pas idiots : ils préfèrent rester chez eux, quitte à renoncer à un salaire, et se contenter de la solidarité familiale et du système D.

churchill  a écrit le 06/05/2013 à 19:59 :

la ""propriete pour tous"", meme si c'est joli sur le papier, induit plein de pbs.... ils commencent a s'en rendre compte