Construction  : la filière bois en quête de crédibilité

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Un projet d'immeubles en bois à Montreuil (93), conçu par le promoteur REI.
Un projet d'immeubles en bois à Montreuil (93), conçu par le promoteur REI. (Crédits : Tijani Loussaief)
Pour voir augmenter le nombre de constructions d'immeubles en bois, les spécialistes du secteur doivent encore faire face à un certain nombre de freins psychologiques. Mais les pouvoirs publics tentent de soutenir ces acteurs car le potentiel de créations d'emploi dans la filière bois en France est réel.

L'utilisation du bois domestique en France est insuffisamment optimisée. Certes, la forêt métropolitaine représente 30 % du territoire national, soit 16,5 millions d'hectares,  et 10 % des surfaces forestières européennes, mais la balance commerciale du secteur est très déficitaire de 6 milliards d'euros. Un échec pour une filière qui génère au global 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires, et pèse 440.000 emplois.

La faute notamment à la dispersion des différentes entreprises du bois en France, qui restent de taille modeste par rapport aux acteurs d'Europe du Nord, ainsi qu'aux liens économiques insuffisants entre acteurs domestiques à tous les niveaux de la chaîne. « Aujourd'hui, on vend le bois français aux étrangers et on le rachète une fois transformé pour notre usage », constate Paul Jarquin, entrepreneur dans la construction bois. Or, « les PME de la filière ont un réel savoir-faire en la matière », assure-t-il. D'où l'intérêt de la développer et de la fédérer.

Eviter de couvrir la hausse de la demande par des importations

De son côté, le gouvernement l'avoue, il faut tout faire pour « mobiliser les volumes de bois actuellement non exploités, afin d'éviter que l'accroissement de la demande domestique en ressource bois soit couvert par une augmentation des importations alors même que le pays détient de la ressource ».

Par la création il y a plus d'un an d'un comité stratégique de filière, l'Etat recherche notamment à impulser « un renouveau industriel » pour investir de nouveaux marchés. « A défaut, la France risque de devenir un pays producteur exportateur de matière première sans transformation ni valeur ajoutée sur le territoire national », s'inquiète le ministère de l'Agriculture, qui rappelle que « le scénario hêtre du début des années 2000 - où l'industrie de transformation était trop faible pour exploiter la qualité de bois (ndlr) -  ne doit pas se reproduire sur d'autres essences emblématiques de la France ».

La construction bois, marché d'avenir ?

Parmi ces nouveaux marchés à explorer, celui de l'immeuble collectif en bois est souvent cité, notamment par le gouvernement, comme l'un des principaux facteurs de développement. Encore petites, certaines PME tentent tout de même d'émerger sur ce segment, à côté des filiales de grands groupes du BTP dédiées au bois. La PME la plus connue est certainement celle de l'ancien PDG d'Unibail-Rodamco Guillaume Poitrinal, Woodeum. Mais il y a aussi REI, un promoteur immobilier dirigé par Paul Jarquin qui ne livre que des immeubles en bois. Basé à Montreuil, il tente de s'intégrer dans les grands projets urbains franciliens du moment, et ne cesse de louer les avantages de la construction bois.

Un sujet environnemental

Il faut dire qu'en cette période post COP 21, le meilleur argument des constructeurs d'immeubles en bois est certainement leur bon bilan carbone qui, comparé à une opération de construction classique, « permet de produire 50 % d'émissions de gaz à effet de serre en moins », note Paul Jarquin. Or, au total, le secteur du bâtiment représente environ 40 % des émissions de gaz à effet de serre en Europe ! De quoi attirer l'attention des principaux dirigeants politiques. En outre, le critère local et non délocalisable des emplois créés peut aussi faire réfléchir.

Le bois, trop cher ?

Mais aujourd'hui, les immeubles en bois souffrent principalement de leur prix de sortie   un peu trop élevé au regard du prix du marché, du fait notamment du caractère haut de gamme des constructions d'immeubles réalisées avec ce matériau.
En parallèle, comme tout le secteur du logement neuf, les promoteurs bois ont souffert ces derniers mois de leur prix de revient trop élevés pour sortir des opérations à des prix abordables pour les ménages. « L'obtention d'un crédit immobilier dépend avant tout du prix du bien, donc en matière de prix de sortie des opérations, on ne peut pas être au dessus au marché », reconnaît Paul Jarquin.

D'où l'intérêt de trouver des économies d'échelle. « Il faut améliorer la façon dont on travaille en innovant dans nos méthodes », indique Paul Jarquin, soit concrètement « instaurer un vrai partenariat industriel avec tous les acteurs de la filière en France, de la première transformation du bois jusqu'à la livraison du produit au consommateur ». « On pourra alors fixer les coûts dès le début des opérations et s'adapter en conséquence », explique-t-il. Les délais de chantier étant deux fois inférieurs pour les constructions bois, le potentiel de réduction de coûts existe.

Freins psychologiques

Mais ce sont bien les freins psychologiques qu'il faudra en premier lieu faire tomber pour ensuite toucher un marché plus large et réduire les prix de vente. « Il faut faire entrer la construction d'immeubles en bois dans l'inconscient collectif. C'est-à-dire notamment dans l'esprit des élus, des urbanistes, ou même des bailleurs sociaux », explique Paul Jarquin.

Il regrette que « certains acteurs craignent encore des problèmes de sécurité liés au matériau, notamment en termes d'inflammabilité, alors qu'on sait aujourd'hui qu'il n'y en pas ». Et d'ajouter en souriant : « on nous ressort souvent l'histoire des trois petits cochons ! »

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Commentaires
a écrit le 04/03/2016 à 13:15 :
1) si ça peut être sous forme de construction moins moche que ce qui se construit actuellement, d'accord 2) pour le coût, c'est surtout et encore une fois lorsque l'on est passé par tous les intermédiaires qui se gavent au passage. Lorsque des particuliers prennent les choses en main (comme ceux qui construisent leur propre maison, voir carrément tout un quartier comme à Paris), là curieusement le bâtiment revient nettement moins cher que s'il était construit en dur ...
a écrit le 04/03/2016 à 11:44 :
toujours la même interrogation sur l'inadéquation entre "la plus grande forêt " d'Europe du Sud et sa contribution économique aux besoins du pays .
nos massifs forestiers sont peu adaptés à la fourniture de bois de construction qui exigent des éléments de grande longueur standardisés en qualité . exception faite de quelques essences nobles réservées à la menuiserie et au mobilier , nous disposons surtout de bois dit "d'industrie" qui offrent peu de valeur ajoutée aux sylviculteurs et sont principalement utilisables en trituration pour la papèterie et les panneaux dérivés du bois .
outre une capacité d'usage assez limitée , l'offre globale est très morcelée ,rendant l'exploitation et les flux marchands peu compétitifs dans un marché mondialisé où dominent les pays nordiques pour les bois de construction , la pâte à papier avec aussi le Brésil , ainsi que la Chine avec des produits transformés ( panneaux et mobilier ) .
l'avenir de la filière bois française passera par une étape préliminaire de privatisation de l'ensemble du domaine forestier (ou de concessions de gestion à long terme ) pour en optimiser l'adéquation aux marchés servis en qualité et compétitivité .
par ailleurs , les investisseurs sylviculteurs et industriels transformateurs doivent bénéficier de perspectives de long terme tant au plan réglementaire que fiscal , en phase avec les nécessités de cette filière .
a écrit le 04/03/2016 à 11:23 :
Dans cette filière, seul le chèque en bois, comme le plus vieux métier du monde, est éternel :-)
a écrit le 04/03/2016 à 11:12 :
De plus le bois stock le carbone.
a écrit le 04/03/2016 à 10:39 :
Dans le Vème, où habitait ma grand-mère, un bâtiment Napoléon III, me semble qu'il était en bois (et l'est encore :-) ). On a tellement vu le progrès avec le béton, la ferraille qu'on ne sais plus que, quand y avait pas de choix, ça se faisait avec ce dont les gens disposaient et c'était performant.
Racheter du chêne français transformé à l'étranger c'est un peu ballot.
NSarkozy avait imposé à l'ONF d'être plus rentable en faisant accélérer les ventes (via des essences à croissance rapide) et surtout la filière construction, du moins dans l'esprit (il faut que la filière s'organise, c'est pas spontané, il faut une demande aussi, ...).
Les arbres adultes absorbent peu de CO2, ils"végètent" et s'il restent trop longtemps, font de l'ombre aux jeunes arbres en pleine croissance. Mais certaines essences sont plantées pour dans 100 ans ou plus.
a écrit le 04/03/2016 à 9:20 :
quand je vends du hêtre 250 € le m3 et que je le retrouve à 1000 € le m3 en scierie c'est à dire après 4 opérations (coupe de l'arbre, transport sur la voie publique, transport à la scierie et coupe par la scierie : je ne comprends pas !!!!)

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