"Value investing" (12/16), les business : le prêt-emprunt des banques

[ Série d'été ] Tout au long de cet été, les experts de l'Investisseur Français proposent une série en plusieurs volets pour comprendre ce qu'est l'"investing value". Aujourd'hui, troisième volet sur les "business", consacré aux banques.
Pour prospérer, une banque doit s'assurer de : (1) gérer précautionneusement son capital et (2) toujours bien assurer sa liquidité, et sa capacité à honorer ses obligations financières.

Fondamentalement, le fonctionnement d'une banque n'est guère difficile à comprendre. Comme pour toute entreprise, on trouve au bilan un actif (du capital prêté qui génère un intérêt) et un passif (du capital emprunté qui coûte un intérêt).

L'actif (que la banque possède, c'est à dire le capital prêté) est le plus souvent composé de cash, de prêts à court-terme aux autres banques, de prêts aux clients (particuliers, entreprises, collectivités), de titres financiers (essentiellement des obligations d'Etat), parfois de propriétés immobilières, ainsi que d'autres actifs en tout genre (généralement saisis après le défaut d'un emprunteur).

Le passif (ce que la banque doit, c'est-à-dire le capital emprunté) est lui composé des emprunts à court-terme (aux autres banques via le marché interbancaire, et à la banque centrale), des dépôts des clients et des dettes obligataires.

Business à "spread"

Comme une minière qui empoche la différence entre un prix de production et un prix de vente, la banque est un business à "spread" : elle empoche la différence entre la rentabilité de son capital prêté (les intérêts que ses emprunteurs lui paient) et le coût de son capital emprunté (les intérêts qu'elle paie à ses déposants et ses créanciers).

Ce spread est la marge d'intérêt nette, ou NIM ("net interest margin"). Le bête métier d'une banque est donc de faire (profitablement si possible) du prêt-emprunt.

Cette marge d'intérêt est complétée par tous les revenus dits hors-intérêts : frais de gestion, d'administration, d'opération, etc. On soustrait ensuite tous les frais administratifs (personnel, juridiques, etc.), les taxes, quelques ajustements, et on obtient le profit net.

Bien sûr, tout ceci est très théorique, et grossièrement présenté : le modèle simple des banques régionales "traditionnelles" disparaît, tandis que les activités des grandes banques universelles sont indéchiffrables.

--> A ce sujet, voir notre article Colosses Aux Pieds d'Argile.

Le levier d'un bilan bancaire est aussi très important. Autrement dit, ses dettes sont (au moins) dix fois supérieures à ses capitaux propres - jusqu'à cinquante fois avant la crise des subprimes ! Les retours sur actifs sont ainsi sublimés, mais les risques multipliés, et le capital des actionnaires mis en péril.

Deux règles à suivre

Pour prospérer, une banque doit s'assurer de :

(1) gérer précautionneusement son capital (par exemple, ne pas faire de prêts immobiliers à des ménages insolvables, ou ne pas être surchargé en obligations souveraines d'une république bananière) car, léveragée dix fois, effacer 10% de son actif coûte à ses actionnaires 100% de leur capital;

et (2) toujours bien assurer sa liquidité, et sa capacité à honorer ses obligations financières.

L'industrie bancaire est hautement cyclique : en phase d'expansion, les acteurs économiques ont besoin de capital pour financer leurs projets (les ménages pour consommer, les entreprises pour se développer, etc.). Les banques prêtent agressivement, aux taux les plus compétitifs possibles pour conquérir des parts de marché faces à leurs rivales.

Business intrinsèquement vicié

En phase de récession économique, nombre d'emprunteurs font défaut et/ou doivent restructurer leur dettes. Puisque ces dernières sont l'actif des banques (le passif de l'emprunteur est l'actif du prêteur), les banques se retrouvent contraintes d'effacer une partie de ses actifs, et peuvent par extension se retrouver en situation d'insolvabilité.

Le business du banking est intrinsèquement vicié, puisque les banquiers sont payés à prendre des risques avec l'argent des autres (par exemple les dépôts de leurs clients) ! Un tel modèle appelle forcément des excès, et en bout de ligne de spectaculaires déroutes.

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