Pourquoi les crédits vont bientôt coûter plus cher à tout le monde

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Copyright Reuters (Crédits : Albert Caen)
Si l'argent n'a jamais été aussi peu cher, son prix va monter pour tout le monde : les banques, les États et les entreprises. C'est le signe que nous entrons dans un monde qui prête plus d'attention au risque, et qui reconnaît mieux l'incertitude.

L'argent bon marché pour tous qui, depuis dix ans, a dopé la croissance mondiale comme la rentabilité des acteurs privés, tout en permettant aux États des pays développés de se couvrir de dettes pour financer leur train de vie et assurer la protection sociale de leur population, c'est fini ! Voilà qui peut paraître paradoxal alors que la France et ses champions du CAC 40 ne se sont jamais financés à aussi bon prix, et que les ménages bénéficient d'un coût du crédit immobilier qui, de mémoire de banquier, n'a jamais été aussi bas. Mais cette situation exceptionnelle vient de l'injection astronomique de liquidités par les banques centrales depuis trois ans, laquelle masque encore la grande opération vérité en cours sur la nature, et partant le coût du risque. Ce qui se passe aujourd'hui dans la zone euro illustre une évolution plus générale : les passagers clandestins du "bon risque" ont du souci à se faire.

Le retour du vrai prix du crédit

Dans les banques d'abord, qui financent 80 % de notre économie. Après avoir longtemps offert du crédit bancaire à bas prix comme produit d'appel, en le faisant subventionner par leurs opérations de marché, insuffisamment réglementées et contrôlées, et par leurs opérations de conseil rémunérées par des commissions très élevées car non soumises à concurrence, les banques vont revenir au vrai prix du crédit, celui qui couvre les risques de défaut, et ses effets en chaîne. Les fonds propres additionnels exigés par les contraintes de Bâle III pour qu'elles puissent faire face au risque augmenteront fortement leur coût de financement : "Avec la nouvelle définition du capital, les fonds propres durs des banques vont passer de 1,25 % à 7 % de leurs risques moyens pondérés, soit une multiplication par plus de cinq", fait valoir le président de la Fédération bancaire française, François Pérol.

Et pour réduire le risque de liquidité, elles vont devoir, plus qu'hier, utiliser des ressources longues pour financer des emplois longs, ce qui va réduire leur marge de transformation. Conclusion de François Pérol : "Un système bancaire plus capitalisé et plus liquide, et qui transforme moins, ne peut que conduire à un coût de l'argent plus élevé pour tous pour maintenir ses résultats."

Les Etats dans la nasse

Pour les États, ensuite. Pour l'instant, les pays les plus développés de la zone euro ont bénéficié indirectement, grâce au phénomène de "flight to quality", de la crise des dettes souveraines des Pigs : le taux moyen de financement de l'État en France est passé de 4,17 % entre 2000 et 2007, à 3,85 % en 2009, pour tomber à 2,55 % en moyenne sur les onze premiers mois de 2010. Mais jusqu'à quand, alors que chaque nouveau plan de sauvetage sollicite davantage ses finances publiques, comme celles de l'Allemagne ? Depuis le plan de sauvetage de l'Irlande, il est acquis que les pays les plus endettés devront, dans les années qui viennent, intégrer des "clauses d'action collective" lors de leurs nouvelles émissions, sortes de clauses de défaut qui vont renchérir le coût de leurs émissions.

Pour la France qui doit émettre 186 milliards d'OAT l'année prochaine, une hausse de 100 points de base (un point de taux d'intérêt), c'est, cumulé sur 7 ans, 15 milliards d'euros de charge de la dette de plus. Faute d'avoir réduit ses dépenses publiques, la France voit ses taux à 10 ans se tendre lentement mais régulièrement depuis trois mois. Après avoir beaucoup baissé, le "taux sans risque" remonte donc, car la notion même de sans risque n'existe plus.

Le prix à payer pour assainir le système

Dans ces conditions, toutes les entreprises devraient voir le coût de leur capital augmenter dans ses deux composantes : "Entre la hausse annoncée des taux des obligations d'État et l'aversion au risque action qui pourrait encore s'accroître avec l'incertitude liée à la crise des dettes souveraines et qui pèse sur les résultats futurs des entreprises, le coût de l'argent devrait croître pour tout le monde dans les prochains mois", annonce Emmanuel Dayan chez Détroyat Associés. Déjà, les émissions d'obligations à haut rendement, des "high yields", par les entreprises mal notées n'ont jamais été si élevées.

D'autant que, à l'augmentation des taux d'intérêt, va s'ajouter un coût non tarifaire, mais bien réel : des garanties accrues dans les entreprises, avec covenants à la clé, plus d'actifs mobilisables dans les banques, et des engagements de meilleure gestion de la part des États. Si cet argent plus cher pèsera sur la croissance et la rentabilité des entreprises, il est le prix de l'assainissement du système. "Le coût du financement va augmenter pour tout le monde parce que nous sommes dans un monde qui prête plus d'attention au risque et qui reconnaît mieux l'incertitude et sa prégnance sur l'économie", résume Emmanuel Dayan. Enfin, une bonne nouvelle, car la mauvaise rémunération du capital, celle qui ne reconnaît pas le risque, conduit à créer trop de monnaie, et à générer des bulles à répétition.

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Commentaires
a écrit le 06/12/2010 à 12:44 :
Ouf!!! eh oui si les prix de l'immo pouvaient aussi arrêter de monter ! les déposants sont las de prêter leur épargne pour favoriser un immobilier spéculatif ! mes enfants n'arrivent plus à se loger : l'aîné a pu acheter le cadet non car il est arrivé trop tard sur le marché tout simplement : les prix avaient trop monté du fait de la baisse des taux.....
qui ne favorise que les banquiers et surtout promotteurs et vendeurs ...
Réponse de le 07/12/2010 à 10:39 :
La hausse des taux d'intérêts aura des répercussions très négatives sur les intérêts que devra payer l'Etat aux banques ! L'Etat va être dans une situation intenable et devra se retourner vers les contribuables pour éponger non pas la dette ni même les intérêts, mais uniquement la partie hausse des intérêts qui deviendra insupportable !
a écrit le 05/12/2010 à 17:44 :
Je ne comprends plus grand chose ils se plaignent quand les taux montent ils se plaignent quand les taux descendent ???
a écrit le 04/12/2010 à 15:29 :
Il est indispensable d'arréter cette folie des taux trop bas. Ceux-ci ont été décidés par les banques centrales pour manipuler les marchés, dans le but d'aider les banques et leur éviter la faillite. Ceci se fait au détriment de la population : à cause de ces taux trop bas, les prix immobiliers flambent, et la population, jeune en particulier, ne peut plus se loger décemment. A cause de ces taux trop bas, les prix des matières premières flambent, au détriment des pauvres qui ont du mal à acheter des denrées alimentaires devenues trop faibles. Et ces taux trop bas ainsi que les injections massives de liquidités et le "quantitative esaing" (=planche à billets) crèent une énorme inflation des actifs, et donc des bulles spéculatives, et on a vu, en 2007 et 2008, les dégâts colossaux qu'elles engendrent.
Réponse de le 04/12/2010 à 19:57 :
C'est moins grave qu'une guerre, non?
Réponse de le 05/12/2010 à 13:11 :
Quelle difference entre guerre par les armes et guerre économique.
Réponse de le 06/12/2010 à 11:57 :
La vraie guerre, tu peux te défendre, la guerre économique, tu subis !!
Réponse de le 07/12/2010 à 10:12 :
Enfin, vous êtes un banquier sûrement. En fait, ce que vous dites est faux et votre but est d'embirlificoter tout le monde avec des raisonnements qui s'apparentent à des sophismes et du conditionnement des masses. Attention danger, ENFIN est un manipulateur !!!
Réponse de le 16/12/2010 à 20:59 :
votre analyse est fausse: la pratique des taux planchers par les banques centrales a pour objectif une relance de la machine économique par la demande ; d'une part la consommation des ménage (l emprunt revient moins cher et le placement parait moins alléchant ) d'autre part par les investissements des entreprises pour les mêmes raisons . Par ailleurs a flambée des prix des matières premières est liée essentiellement à la demande des pays émergents rien à voir avec le sujet précédemment évoqué .
a écrit le 04/12/2010 à 10:34 :
Les banques ne veulent pas reduire leur "rentabilité". La couverture du "risque" est un bon prétexte. Si on ne veut pas prendre de risque inconsidéré, simple: on ne prête pas=risque 0. Ce sont les bas salaires qui sont le plus endettés.Arrêtons le massacre et revenons à des valeurs plus sûres que la consommation et le soit disant bien-être matériel.Augmentation des salaires , réduction des profits exorbitants des financiers et autres spéculateurs qui eux n'ont pas de scrupules à jouer sur la stabilité des changes. Peut-être une voie plus raisonnable que l'augmentation des taux d'intérêts.
Réponse de le 07/12/2010 à 8:18 :
oui il faudrait augmenter les salaires en même temps que les taux afin de redonner au travail son rôle central dans le système et ne pas faire subir de triple peine aux travailleurs endettés : payer un crédit pour des actifs qui auraient perdu de la valeur, se retrouver lardé d'impôts pour rembourser les interêts de la dette des états et ne plus bénéficier des avantages dont leurs ainés ont bénéficié à crédit.

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