Pourquoi l'arche de Tchernobyl construite par Bouygues et Vinci coûte deux fois plus cher que prévu

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Copyright Reuters (Crédits : Novarka)
Pour achever le nouveau sarcophage de Tchernobyl il manquait 740 millions d'euros. Les pays donateurs réunis à Kiev ce mardi se sont mis d'accord pour débloquer au moins 550 millions d'euros. Selon François Fillon qui co-préside cette conférence, d'autres pays devraient faire des annonces ultérieurement. Mais pourquoi, ce chantier a-t-il coûté bien plus cher que prévu. La réponse de Hosni Bouzid, qui conduit le chantier pour Vinci et Bouygues.

Tout est hors norme dans ce chantier. À commencer par son enjeu : confiner pour cent ans la radioactivité du réacteur numéro 4 qui a explosé il y a vingt-cinq ans à Tchernobyl, en Ukraine, le 26 avril 1986. Le financement de ce contrat, confié en 2007 aux géants français Vinci et Bouygues, est également hors du commun. Quelque 23 pays donateurs, au premier rang desquels l'Union européenne et les États-Unis, se sont retrouvés ce mardi à Kiev pour réunir les 740 millions d'euros nécessaires pour boucler le budget total, porté de 900 à 1,6 milliard d'euros. "Les contributions annoncées ce matin permettent de réunir le montant remarquable - après recalcul et correction - de 550 millions d'euros" a déclaré François Fillon, qui co-préside cette réunion.  Et le Premier ministre français se dit "confiant dans le fait que les pays qui n'ont pas pu annoncer un chiffre aujourd'hui seront en mesure de prendre des décisions très prochainement". 

L'arche monumentale de confinement côute à elle seule 900 milllions d'euros

La facture de l'arche monumentale de confinement, que les Français sont en train d'ériger, ne représente que 55 % de ce budget. Mais son montant a doublé depuis 2007, passant de 432 millions à près de 900 millions d'euros. Et sa durée, initialement de cinq ans, a pris trois ans de retard. La livraison de l'arche, qui viendra recouvrir le sarcophage réalisé héroïquement par les 360.000 "liquidateurs" juste après l'accident, est désormais programmée à l'automne 2015. "Les études pour ce projet ont été plus longues que prévu", explique Hosni Bouzid, directeur du projet pour Novarka, société commune détenue à parité par Vinci et Bouygues. Il a fallu deux ans au consortium pour venir à bout de questions techniques inédites. "Comment garantir cet ouvrage pendant cent ans, et donc sa maintenance, sans possibilité d'y envoyer des hommes une fois l'arche en place au-dessus du réacteur ?", résume Hosni Bouzid, présent sur le projet depuis 2005.

Un pont roulant intégré sous l'arche, haute comme deux fois l'Arc de Triomphe, permettra de démanteler le sarcophage et de retirer les débris. Comment éviter la corrosion de l'acier de ce pont pendant cent ans ? "Seul un traitement local le permet. L'intervention humaine étant exclue, nous avons conçu un système de double peau pour la couverture de l'arche associé à un système de ventilation, permettant ainsi de maintenir un niveau d'hygrométrie qui empêchera la corrosion de l'acier de l'arche", explique Hosni Bouzid. Cette ventilation sera assurée entre les deux enveloppes de l'enceinte, dans l'espace qui abritera la charpente.

Soupçons de corruption et interrogations quant au bien fondé de ce chantier circulent en Ukraine

"La première enveloppe budgétaire était constituée d'éléments que seules les études ont permis de chiffrer avec notre client au fur et à mesure de l'avancée de la conception", souligne Hosni Bouzid. La tentation était grande cependant de serrer le devis quand l'appel d'offres précisait que le vainqueur serait le "moins-disant" financièrement. La bataille a d'ailleurs été rude et a vite tourné à l'affrontement franco-américain après l'élimination de l'allemand Hochtief et d'un groupe britannique. Écarté en finale, l'américain CH2M-Hill, également présent sur l'appel d'offres nucléaire d'Abu Dhabi en 2009, a même tenté de faire annuler la décision finale.

Sur place, soupçons de corruption et interrogations quant au bien fondé de ce chantier circulent. Certains soulignent que désormais le vrai problème n'est pas le peu de combustible restant dans le réacteur numéro 4 mais tous les combustibles usés, stockés dans des piscines, des trois autres unités, dont la dernière n'a été arrêtée qu'en 2000. Areva, qui avait été retenu en 1999 pour construire un dépôt de combustibles usés, a lui jeté l'éponge en 2007 "à l'amiable" après avoir érigé une partie du bâtiment. "Les combustibles étaient bien plus dégradés que ce qu'indiquait le cahier des charges. Aucune des solutions proposées ultérieurement, plus coûteuses, n'a été retenue", se souvient un ancien cadre. Le contrat de l'époque était d'une centaine de millions d'euros. En 2007, l'américain Holtec a été retenu pour reprendre le flambeau. Aujourd'hui, 300 millions d'euros sont budgetés, dont 140 restent à trouver.

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Commentaires
a écrit le 06/06/2012 à 1:14 :
ah, aahhh! Juste pour la confiner, et les dégâts qui ont suivies l?explosion ? J?oubliais les milliers de morts ?.La terre pollué pendant des milliers d?année !!! Les mutations génétiques, les effets irréversibles pour la vie futur !!! Nos enfants !!! Combien cela coute ? Alors 1,6 milliard ou 1700 milliards pour la dette de la France, posez vous et regardez vos enfants dans les yeux, après dites leur que vous les condamnés a une mort certaine mais avant il faudra qu'ils payent nos conneries. merci pour eux!!!
a écrit le 06/06/2012 à 0:59 :
ah, aahhh! Juste pour la confiner, et les dégâts qui ont suivies l?explosion ? J?oubliais les milliers de morts ?.La terre pollué pendant des milliers d?année !!! Les mutations génétiques, les effets irréversibles pour la vie futur !!! Nos enfants !!! Combien cela coute ? Alors 1,6 milliard, ou plus ce sont des chiffres, et le Japon , au lieu de parler chiffre, si vous regardiez notre terre qui n'en peut plus. la betise est comme la radioactivité , elle n'a pas de frontiere...

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