Produits dérivés : le CME s'apprête à changer de patron

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Craig Donohue, l'artisan de CME Group, tirera sa révérence en décembre. Retour sur un parcours hors norme

La grand messe annuelle des dérivés, organisée la semaine passée à Boca Raton en Floride, est habituellement un rendez-vous privilégié pour les annonces. L'édition 2012 a toutefois pu surprendre. CME Group, le leader des marchés de produits dérivés aux Etats-Unis, a annoncé le départ de son directeur général. En poste depuis janvier 2004, l'artisan de la fusion entre le Chicago Mercantile Exchange et le Chicago Board of Trade, ne briguera pas de nouveau mandat à l'issue de l'actuel, qui court jusqu'à fin décembre.
Craig Donohue est encore loin de la retraite. Le dirigeant, qui a su montrer ces dernières années sa détermination, n'est âgé que de 50 ans. Mais il a d'ores et déjà consacré 23 ans à l'entreprise de marché. Et que de chemin parcouru : pour ce juriste de formation entré au sein du groupe en tant qu'avocat en 1989 et devenu patron d'une bourse parmi les plus grandes sur les marchés à terme. Mais aussi pour le CME. Seule ombre venue ternir le tableau : le dépôt de bilan de MF Global, qui a suscité des critiques à l'encontre CME, qui doit assurer la surveillance de ces propres marchés. Mais du côté du CME, on assure que la décision du dirigeant n'est en aucun cas lié au dossier MF Global.
William Brodsky, qui était au CME lorsque Craig Donohue est arrivé, parle d'un ami de près de 25 ans. L'ancien directeur général du CME, aujourd'hui patron du Chicago Board Options Exchange, évoque un travailleur de fond, très concentré, capable d'allier connaissances et expression en public. Au plus grand profit du CME, qu'il a transformé en une entreprise très intégrée.
« En huit ans, Craig Donohue a accompli un travail extraordinaire », reconnaît également Thomas Kloet, le directeur général de TMX. Et ce dernier sait de quoi il parle. Ancien dirigeant de Fimat, il fût par le passé membre du conseil d'administration du Mercantile Exchange et partagea notamment les heures de la démutualisation du CME, avant son entrée en Bourse en 2002 ? CME faisait alors figure de pionnière parmi les bourses américaines -.

Changement de culture

« Craig Donohue a contribué à changer la culture du Chicago Mercantile Exchange, une bourse mutualisée à son arrivée, sorte de bien collectif, pour en faire une véritable entreprise orientée vers la recherche du profit » , souligne Axel Pierron, chez Celent. D'ailleurs, l'opérateur boursier se fait fort de souligner dans ses communications une croissance annuelle moyenne de 32% de son résultat ces huit dernières années. CME, c'est 12,8 millions de contrats échangés par jour (selon la moyenne quotidienne du mois de février).
« La fusion avec le CBoT en 2007, puis le rachat de New York Mercantile Exchange en 2008 ont été des transactions majeures qui ont permis au groupe de faire évoluer sa palette de produits comme sa clientèle », souligne Thomas Kloet. Matières premières, devises, taux, actions, métaux et énergie : l'ensemble du spectre des dérivés était désormais couvert. « Peut-être certains diront-ils que CME a payé trop cher alors... mais en huit ans, les actionnaires de CME ont été très bien servis ».
Le parcours n'a pas été sans embuche. L'IntercontinentalExchange (l'ICE) a bien tenté une contre-offre sur le Board of Trade. Mais Craig Donohue et d'autres dirigeants du CME sont allés à la rencontre des actionnaires de la bourse visée, pour tenter de faire tomber un à un les arguments de l'ICE. Avec une certaine arrogance : la proposition de l'iCE limitait le potentiel de croissance du CBoT et les chances d'en accroître la valeur, elle surestimait les espoirs de recettes ainsi dégagées. Restaient certaines questions, de concurrence.
« Craig Donohue a su mener à bien la fusion CME-CBoT, qui posait pourtant des problèmes en matière de concurrence sur le marché des produits dérivés aux Etats-Unis et posait déjà la question du silo [ces entreprises intégrant l'ensemble des activités] », observe Jean-François Théodore, ancien patron d'Euronext et numéro 2 de Nyse Euronext. « Aucune condition n'a été imposée. Et pourtant, certains dans l'administration américaine avaient bien quelques réticences », se souvient-il.

Un dossier à dimension politique

«Le directeur général de CME a su utiliser les bons leviers. D'emblée, contrairement à Nyse Euronext et Deutsche Börse, il avait identifié la dimension politique du dossier », commente Axel Pierron. « Il est parvenu à vendre le concept selon lequel les dérivés échangés sur CME et CBoT appartenaient à un marché plus large, englobant les échanges de gré à gré et l'international », ajoute Thomas Kloet.
Depuis, d'autres ont connu moins de succès. Le 1er févier dernier, la Commission européenne a décidé d'interdire la fusion entre Nyse Euronext et Deutsche Börse, craignant une situation quasi monopolistique sur le marché des dérivés.
Mais pour Thomas Kloet, Craig Donohue n'était pas seul dans cette aventure. Terry Duffy, président du conseil d'administration alors, a su également intervenir. C'est d'ailleurs lui qui assurera la continuité dans les relations avec le gouvernement notamment, une fois Donohue parti.
« La volonté du dirigeant de positionner le groupe en tant que leader, sa capacité à attirer des talents se sont notamment traduites par une plus grande implication dans la réflexion sur les grands bouleversements réglementaires et enjeux de l'industrie  : le Dodd Frank Act aux Etats-Unis, mais aussi les répercussions des standards arrêtés par le comité de Bâle ».
Alors que d'autres ont tenté la diversification, lui a tenu bon, refusant de mettre un pied dans la sphère actions. « Les marchés d'action présentent moins d'intérêt. La fragmentation des marchés n'est pas un facteur propice à l'accroissement de la liquidité », avait-il expliqué début 2007, à l'occasion d'un voyage à Paris. Un bon choix, selon Axel Pierron : « aujourd'hui, le marché le plus porteur, c'est celui des dérivés».

CME, Bourse internationale sur les produits dérivés

La bourse de Chicago, jadis spécialisée sur les dérivés sur matières premières agricoles avant de s'attaquer aux devises, n'est donc plus. « CME doit être considérée comme une bourse internationale spécialisée sur les dérivés, ayant son siège aux Etats-Unis et non plus seulement comme un opérateur américain », appuie Thomas Kloet. Certains de ces contrats phare, parmi les plus échangés comme le contrat Eurodollar, sont davantage négociés en Europe.
En outre, l'opérateur a su nouer des partenariats stratégiques, notamment en Asie ou au Brésil ? CME détient aujourd'hui 10% du capital de BM&F Bovespa -. « Une vision d'avenir », nuance toutefois Axel Pierron. « Cette vision doit maintenant devenir réalité. Les partenariats internationaux limitent la capacité à sourcer les volumes pour les amener sur le CME », explique-t-il.
La suite sans Craig Donohue ? CME Group continuera à miser sur ce qu'il peut retirer des nouvelles règles en matière d'échanges de gré à gré et de compensation. Son sucesseur, Phupinder Gill, a d'ailleurs dirigé dans le passé la chambre de compensation du groupe, CME Clearing.

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