Henri Sterdyniak : "ce n'est pas la grande réforme brillante qu'on pouvait attendre "

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(Crédits : DR)
Le très keynésien directeur du Département économie de la mondialisation de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) juge que le gouvernement fait un pari dangereux avec cette réforme. L'économie générée par le report de deux ans de l'âge légal de la retraite suppose, selon ce professeur associé à l'Université de Paris IX-Dauphine, que la croissance atteigne 3% durant les six années qui viennent.

Est-ce c?est une réforme a minima ?

Henri Sterdyniak : ce n?est pas la grande réforme brillante qu?on pouvait attendre mais en revanche, c?est, à peu de choses près, la réforme que demandait le Medef. Aucun dispositif sérieux n?a par exemple été introduit pour tenir compte des carrières pénibles et des disparités d?espérance de vie suivant les carrières. Il n?y a aucune garantie donnée sur l?évolution des taux de remplacement du niveau des retraites. Il n?y a même pas l?amorce d?une réforme systémique comme le demandait la CFDT. Les ressources dégagées sont extrêmement faibles. Le gouvernement n?évoque pas non plus la possibilité de recourir à une hausse des cotisations en cas de nécessité.

Passer de 60 à 62 ans l?âge légal de la retraite, va tout de même générer 18 milliards d?euros d?économies en 2018?

C?est le scénario rose. Les chiffres qui sont donnés dépendent de la situation dont va évoluer le marché du travail. Cela suppose notamment que les seniors concernés conservent leur emploi. Personne ne sait ce qu?il en sera en 2018. Pour que les chiffres présentés soit tenables, il faudrait augmenter l?emploi de 1,2 million de personnes, soit 4 à 5% de plus qu?aujourd?hui. Cela suppose que la France bénéficie d?une croissance de 3% pendant les six prochaines années. On ne peut donc exclure un scénario gris avec une progression du nombre des demandeurs d?emplois. Les économies générées sur le versement des retraites serait partiellement perdues du fait de l?augmentation du nombre des bénéficiaires de l?assurance-chômage. Les économies seraient alors réalisés sur les jeunes qui n?ont pas encore travaillé et qui donc ne bénéficient pas d?une assurance-chômage. Je crains qu?on soit obligé à terme de remettre en place des mesures de pré-retraites dans les entreprises.

Il n?y a donc rien dans cette réforme qui trouve grâce à vos yeux ?

Si, il y a quelques bons points. Dans la fonction publique, le fait de supprimer la possibilité pour les mères de plus de trois enfants de prendre leur retraite après quinze ans. C?était un peu vieillot et cela ne servait pas à grand-chose. Je me félicite également de la taxation au premier euro des plus-values de cessions mobilières. Cela supprime une niche fiscale qui coûtait cher.

Combien ?

Le gouvernement l?évaluait cela à 600 millions d?euros, nous pensions qu?elle représenterait plutôt 3 milliard d?euros. Mais tout cela dépend évidemment de l?évolution des marchés et du nombre de transactions.

Justement, comment vont réagir les marchés à cette réforme ?

Ils ne bougeront pas. Ils réagissent quand il y a une nouvelle. Si le gouvernement avait passé l?âge légal de la retraite à 65 ans, les marchés l?auraient trouvé énergique et cela aurait diminué à leurs yeux, la prime de risque. Finalement, la France fait comme tout le monde. On durcit le régime sans avoir garantie sur la situation de l?emploi en 2020.

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