Le patron de Pôle Emploi table sur une stabilisation du nombre de chômeurs

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(Crédits : Reuters)
Dans une interview publiée ce lundi par La Tribune, Christian Charpy estime qu'après la hausse du nombre d'inscrits à Pôle Emploi au premier semestre, on devrait assister à une stabilisation d'ici à la fin de l'année. Il fait également le point sur la fusion de l'Unedic et de l'ANPE.

Le gouvernement veut revenir à un taux de chômage de 9 % en 2012. Quelle est votre appréciation de la situation récente du marché de l'emploi ?

Nous avons connu en 2008 et 2009 une situation dramatique avec plus de 300.000 emplois détruits et une progression du chômage en catégorie A de juillet 2008 à décembre 2009 supérieure à 600.000. Cela n'était jamais arrivé. Depuis 2010, la situation n'est plus la même. On a une légère augmentation du nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A au premier semestre (+32.000 ) et nous tablons sur une stabilisation du nombre d'inscrits d'ici à la fin de l'année. Le taux de chômage baisse pour sa part depuis deux trimestres. La prévision de Christine Lagarde de passer d'ici 2012 sous la barre des 9 % est tout à fait raisonnable.

 

Où crée-t-on le plus d'emplois?

On observe que la région Languedoc-Roussillon qui est celle qui a le plus haut taux de chômage est également celle qui crée le plus d'emplois. Dans les régions très touchées par la crise, comme le Poitou ou la Lorraine, l'emploi redémarre. En termes de secteurs, l'industrie connaît encore des difficultés en termes de créations d'emploi, tandis que le bâtiment n'est pas encore rétabli. En revanche, le secteur des services redémarre assez fortement. S'agissant du type d'emplois, plus 40 % des offres d'emploi collectées sont des CDD de plus 6 mois et des CDI. La marque de fabrique à Pôle emploi, c'est d'essayer de récupérer le maximum d' emplois durables.

 

Le projet de budget pour 2011 prévoit de reconduire la subvention à Pôle emploi au niveau de 2009 (1,36 milliard d'euros) mais pas les CDD et contrats aidés créés pour faire face à la crise. Est-ce raisonnable alors que le chômage reste toujours haut ?

Le gouvernement et le conseil d'administration de Pôle emploi avaient acté en 2009 et 2010 une augmentation importante des effectifs, dont il était clairement indiqué qu'ils étaient temporaires. Au budget 2010, le renfort temporaire était de 1.000 CDD. Comme le transfert du recouvrement des cotisations à l'Urssaf se fera à partir du 1er janvier 2011, nous pourrons alors compter sur la reconversion du millier de personnes supplémentaires actuellement chargées du recouvrement. L'effort à faire en 2011 sera important, alors que la charge est lourde. D'où la nécessité pour Pôle emploi de continuer sa réforme et de poursuivre toutes les synergies pour dégager des économies qui peuvent être redéployées sur les demandeurs d'emploi et les entreprises.

Le 24 septembre, lors du dernier conseil d'administration de Pôle emploi, l'Etat a annoncé qu'il ne compenserait pas le coût (52 millions d'euros) du transfert d'un millier de salariés de l'Afpa vers Pôle emploi. Quelle est votre réaction ?

Une partie du conseil d'administration a été heurtée par cette annonce. Il y a une réaction négative sur 2010 car il n'y a pas de compensation et une interrogation forte sur 2011 pour savoir si ce transfert sera compensé. Ces réactions sont compréhensibles et même prévisibles. Reste qu'il faudra trouver une solution pour que le conseil d'administration puisse se pencher sur le budget 2010 modifié de Pôle emploi, mais également trouver un accord pour le budget 2011.

La mise en place de sites mixtes est-elle effective sur l'ensemble du territoire ?

A ce jour, 907 sites mixtes ont été installés. Parfois, le site est localisé sur un lieu unique, avec tous les personnels de Pôle emploi ; parfois il est installé sur deux sites avec un front office où sont reçus demandeurs d'emploi et entreprises et un back office pour le travail administratif. Le conseil d'administration vient de valider le schéma territorial d'implantation de Pôle emploi pour les prochaines années. L'un des contraintes était que 80 % des demandeurs d'emploi soit à moins de trente minutes d'une agence ; nous sommes à 92 %. L'autre était le maintien des implantations dans les zones urbaines sensibles (ZUS) ; leur nombre a été augmenté. Au final, nous aurons trois types d'implantation : des agences de proximité proposant l'ensemble des services (indemnisation, placement, relations aux entreprise) ; des agences spécialisées (cadres et intermittents du spectacle) et des plates-formes pour l'accompagnement des demandeurs d'emplois éloignés de l'emploi (CRP, CTP, licenciés économiques...) qui accueilleront également les psychologues transférés de l'Afpa et les plates-formes de vocation. Cela se traduit par une restructuration importante du réseau. Environ 60 % des agences devront être relogées, les autres devant quant à elles être étendues ou réaménagées. L'effort financier se monte à 490 millions d'euros sur quatre ans.

Où en êtes-vous de la mise en place du plan « rebond pour l'emploi » destiné aux chômeurs en fin de droits ?

Nous avons envoyé près de 700.000 courriers aux chômeurs en fin de droits pour leur indiquer qu'ils peuvent bénéficier du plan. Celui-ci permet à ceux qui n'ont ni l'ASS, ni le RSA, de bénéficier d'un contrat aidé, d'une formation ou d'une allocation (si les deux premiers ne sont pas possibles). Nous présenterons un premier bilan d'étape aux partenaires sociaux et au gouvernement dans les prochaines semaines. Mais sans attendre que les demandeurs d'emploi se retrouvent en fin de droits, nous avons mobilisé l'ensemble des moyens qui sont à notre disposition, notamment en matière de contrats aidés ou de formations.

Jean-Claude Mailly (FO) a écrit à Nicolas Sarkozy pour demander le maintien en 2011 de l'Allocation équivalent retraite (AER). Est-ce une bonne initiative ?

Cette allocation a été supprimée, puis rétablie à plusieurs reprises. Je constate qu'elle est utilisée, puisque fin juillet Pôle emploi la versait (environ 980 euros par mois) à 49.400 bénéficiaires. Mais je ne sais pas ce que le gouvernement va faire.

Comment se passe la consultation des 500.000 demandeurs d'emploi et entreprises sur le fonctionnement de Pôle emploi lancée par Laurent Wauquiez ?

Pôle emploi a terminé l'envoi des questionnaires. Laurent Wauquiez présentera les résultats à la mi-octobre. Nous avons déjà un fort taux de réponse. Il dépassera nettement les 10 %, constatés en général pour ce type d'enquête. Cette démarche est complétée par l'envoi de questionnaires aux entreprises ainsi qu'aux demandeurs d'emploi à la sortie des agences. Ceci doit permettre d'avoir une vision assez nette du degré de satisfaction des demandeurs d'emploi et des entreprises à l'égard de Pôle emploi et du sentiment d'utilité des services qui sont mis en ?uvre mais également d'améliorer la qualité de nos services.

Quel est votre sentiment ?

2009 a été une année compliquée jusqu'à l'automne avec les chocs de la crise et de la fusion. Aujourd'hui, la situation s' est rès nettement améliorée : plus de 80 % de taux de réponse au premier appel sur le 3949, 96 % des demandes d'allocation traitées en moins de 15 jours, un nombre de dossiers en instance équivalent à 2 jours de traitement, un 3995 pour les entreprises qui reçoit chaque jour 500 nouvelles offres d'emploi ... En revanche, nous avons des progrès à faire sur la personnalisation et l'intensité de l'accompagnement. Chaque conseiller suit en moyenne 105 demandeurs d'emploi, mais beaucoupen suivent davantage. Nous concentrons les moyens sur ceux qui sont le plus en difficulté, comme les 200.000 en CRP , en CTP ou en accompagnement renforcé. Là, le portefeuille est de un conseiller pour 50 demandeurs d'emploi.... Pour les autres, nous allons alterner les rendez-vous physique et téléphonique.

Vous envoyez à partir d'aujourd'hui une newsletter à environ 1,5 million de demandeurs d'emploi. Quel est son but ?

Cette newsletter doit aider les demandeurs d'emploi à mieux connaitre nos services, à découvrirles secteurs qui recrutent, les modalités de formation, à avoir des informations sur l'indemnisation, etc. tout cela pour mieux les accompagnerdans leur recherche d'emploi. Elle sera adressée, les premiers lundi de chaque mois, aux demandeurs d'emploi qui nous ont laissé leur mail.

Quels sont les grands thèmes de négociation à Pôle emploi ?

En 2009, nous avons beaucoup négocié. Notamment sur la mise en place de la nouvelle convention collective. La nouvelle convention a été choisie par 55 % des agents de droit public. Aujourd'hui, sur les 50.000 fiches de paie rédigées chaque mois par Pôle emploi, 12.000 sont de droit public et 38.000 de droit privé. C'est un vrai basculement. Les ex-ANPE ont jusqu'à la fin 2011 pour opter pour la nouvelle convention. Sur la prévention des risques psychosociaux dans l'entreprise, nous n'avons pu trouver un accord. Un plan unilatéral de prévention sera mis en place. Il reposera notamment sur la formation des managers et sur une meilleure définition des métiers. Nous avons renoncé à l'idée un peu illusoire d'avoir un métier unique au sein de Pôle emploi. Les conseillers en charge de la clientèle devront avoir un socle de compétences pour répondre à toutes les questions et 20 à 25 % des d'entre eux pourront avoir la double compétence : gestion des droits et l'intermédiation. Nous avons également signé un accord sur le temps de travail. Il unifie le décompte du temps de travail des agents qu'ils soient de droit public ou de droit privé et permet de garantir la présence d'agents quelque soit leur statutpendant la durée d'ouverture des agences. L'accord est national et prévoit des négociations régionales. A défaut d'accord sur le plan régionalc'est l'accord national qui s'applique. Le nouveau système doit être mis en place le 1er février 2011.

Laurent Wauquiez a annoncé un dispositif pour aider les seniors à trouver un emploi inspiré de ce qui se fait en Allemagne. De quoi s'agit-il ?

Tout ce qui permet d'aider les demandeurs d'emploi séniors à retrouver un emploi doit être activé. Nous avons un accompagnement renforcé pour les séniors puisqu'ils sont reçus tous les mois par leur conseiller dès le premier mois suivant leur inscription. Nous avons testé des clubs de chercheurs d'emploi séniors dans plusieurs régions. Il s'agit de réunions hebdomadaires animées par un conseiller qui permettent d'activer et de développer les réseaux des participants Ils donnent de bons résultats et nous allons renforcer leur rôle. Parallèlement, nous multiplions l'organisation de journées de recrutement pour les séniors.

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