L'OCDE tire la sonnette d'alarme sur les résultats scolaires français

Avec la progression de nouvelles régions asiatiques mais aussi du Portugal ou de la Pologne, la France, dont la part des élèves en grande difficulté a augmenté de 5%, recule à nouveau dans l'enquête sur les performances scolaires que publie ce mardi l'OCDE.

Encore une fois le chiffon rouge du recul de la France sur la scène internationale ne manquera pas d'être agité ce mardi en réaction de la publication par l'OCDE de ses fameux classements Pisa (programme international pour le suivi des acquis des élèves). Ceux-ci analysent, pour la quatrième fois depuis 2000 (l'étude Pisa paraît tous les trois ans) les systèmes éducatifs de 65 pays ou territoires membres ou partenaires de l'OCDE, selon les compétences de leurs élèves de 15 ans en compréhension de l'écrit, mathématiques et sciences. L'édition 2009 est donc particulièrement intéressante puisqu'elle permet de dégager pour la première fois des tendances sur près de dix ans.

La France rétrograde au-delà des 20ème places

Peu considérée et critiquée tout d'abord en France (l'OCDE véhiculant une image "libérale"), l'enquête PISA est depuis 2006 nettement plus prise en compte, notamment à cause de la position très moyenne de la France, marquée par de fortes inégalités. Le crû 2009 devrait avoir de fortes répercussions, la France aggravant encore son cas. De fait, en compréhension de l'écrit, les élèves français passent de la 13ème place à la 22ème place ; de la 16ème en 2003 à la 22ème en mathématiques ; quant aux sciences, la France rétrograde du 25ème au 27ème rang.

Des résultats catastrophique à première vue, à tel point que le ministre de l'Education nationale dès la publication de l'OCDE en évoquant une "mobilisation générale" face aux deux fléaux que sont en France la part importante d'élèves en difficulté et le déterminisme social. Il en a profité pour confirmer l'annonce d'un "plan sciences", qui devrait être présenté en janvier 2011. Luc Chatel devait initialement annoncer ce plan fin octobre à l'occasion de la fête de la science.

Interprétation prudente

Pour autant, il convient d'interpréter ces résultats avec prudence. Tout d'abord sont comparés des systèmes éducatifs sans commune mesure. La Corée par exemple, toujours en tête de tableau, a un système où la compétition, alimentée par de nombreux cours du soir payants, est la règle. Par ailleurs, la France se situe toujours dans la moyenne des pays de l'OCDE tant en lecture qu'en mathématiques et en culture scientifique. Enfin, si la France recule, c'est aussi parce que nombre de pays ont progressé, après avoir mise en ?uvre des réformes à la suite de mauvais résultats Pisa. "La tendance depuis 2000 est marquée par le fait que des pays sont passés d'un rang inférieur à la moyenne OCDE à un rang dans la moyenne OCDE. Et ces pays ont rattrapé la France", relève Eric Charbonnier, analyste à la direction de l'éducation à l'OCDE.

C'est le cas de l'Allemagne, qui a augmenté le temps scolaire et beaucoup travaillé sur la préscolarisation ; de la Pologne, qui a créé une sorte de collège unique et revu ses programmes scolaires ; ou encore du Portugal, qui a investi dans l'aide aux élèves défavorisés (cantine subventionnée, soutien scolaire gratuit) et réformé la formation de ses enseignants. Autant de réformes différentes qui ont conduit à une amélioration. A l'inverse, la Suède, qui a libéralisé sa carte scolaire, entraînant un creusement des performances entre établissements, note Eric Charbonnier, a rétrogradé.

Même la Finlande, éternel premier de la classe, voit sa position se déprécier. De fait, ses performances en valeurs absolue reculent mais le fait qu'elle ne soit plus en première ou deuxième position (elle est désormais 4ème en lecture, 7ème en mathématique et 3ème en sciences), est aussi dû au fait que non seurlement de plus en plus de pays participent aux tests PISA (65 en 2009 contre 43 en 2000) et qu'apparaissent en tête de classement des pays ou régions asiatiques qui ont nettement amélioré leurs performances, à commencer par Shangaï (20 millions d'habitants) championne toutes catégorie qui n'a pas participé aux précédentx classements, suivie de près par Singapour, Hong Kong ou la Corée. Il est évident que si la Chine avait été étudiée dans sa globalité, ses résultats auraient été nettement moins bon. Par ailleurs nombre de pays partenaires de l'OCDE, telle la Turquie, progressent beaucoup car partant d'un niveau relativement bas. Autre biais, dans ces pays seule une élite est encore scolarisée à 15 ans...

20% d'élèves français en grande difficulté

A cet égard, si le système éducatif de la France a été considéré comme étant l'un des meilleurs jusqu'à récemment, c'est aussi parce qu'il n'a bénéficié pendant longtemps qu'à une petite élite. Cette dernière ne s'étant pas ouverte, la massification a apporté son lot de nombreux élèves moins favorisés. Ce sont ces élèves que l'école n'a pas réussi à tirer vers le haut et qui provoquent donc une baisse de la France en valeur absolue. "Ce qui est significatif est l'augmentation de 5% des élèves en difficultés en compréhension de l'écrit et en mathématiques", indique Eric Charbonnier, qui n'hésite pas à tirer la "sonnette d'alarme" au nom de l'OCDE.

Ainsi, la proportion d'élèves de 15 ans les moins performants est-elle passée de 15% en 2000 à 20% en 2009. En même temps, la proportion des élèves les plus performants a très peu évolué, passant de 8,5% en 2000 à 9,6% en 2009. L'école française de 2010 et prédictive et déterministe. "Le système français est performant pour une petite élite. Il y a une dégradation par le bas, avec un nombre plus important d'élèves en échec scolaire", analyse l'expert de l'OCDE. C'est un fait maintes fois souligné, le déterminisme social joue encore plus aujourd'hui qu'autrefois en France.

"Il y a toujours 8% d'élite et 40% d'élèves en grande difficulté à la sortie du CM2. En même temps, les enfants d'enseignants ont quatorze fois plus de chance aujourd'hui d'avoir le bac que les enfants d'ouvriers. Accepterait-on autant d'inégalités dans d'autres secteurs ?", s'indigne Laurent Bigorgne, nouveau directeur de l'Institut Montaigne. Selon l'ancien directeur adjoint de Sciences Po, le pilotage est déficient et les personnels dépourvus d'outils vraiment efficaces. Autres faiblesses, la formation initiale et continue des enseignants, le manque flagrant de recherche en éducation et surtout des dépenses en éducation pas assez déployées dans le primaire. "Nous avons un lycée parmi les plus riches du monde et le primaire parmi les plus pauvres de l'OCDE. L'enjeu est de savoir comment redéployer et mieux allouer les moyens dans les zones difficiles et conférer aux acteurs la capacité à expérimenter", estime Laurent Bigorgne. Des questions formulées depuis plusieurs années déjà...

Les résultats du PISA 2009 (en anglais) :

Volume 1 : Les performances en compréhension de l'écrit, en mathématiques et en sciences

Volume 2 : L'impact de l'environnement social

Volume 3 : Les stratégies et pratiques d'enseignement

Volume 4 : Les ressources et les politiques mises en oeuvre

Volume 5 : les évolutions depuis 2000