Le gouvernement cherche à mieux cibler la jeunesse

Par Clarisse Jay  |   |  680  mots
Jeannette Bougrab, secrétaire d'Etat à la Jeunesse et à la Vie associative.
La secrétaire d'Etat à la Jeunesse a lancé mardi la 1ère fête de la Jeunesse. Un comité interministériel doit se tenir en septembre.

Maigre consolation. La jeunesse française est, avec un taux de chômage de "seulement" 24%, moins précaire que les Indignés espagnols de la Puerta del Sol, à Madrid, qui frise les 43%. Mais dans l'échelle de la galère, les jeunes français sont malheureusement bien placés. Et si le mouvement de la place de la Bastille ou de Bayonne n'a pas la même ampleur, il est symptomatique d'un malaise général et durable (La Tribune du 26 mai 2011). Et pousse le gouvernement à agir.

Alors que le parti socialiste a fait de la jeunesse l'une de ses priorités pour 2012, l'UMP est donc monté au front il y a 10 jours en organisant un grand « forum sur la jeunesse » destiné à alimenter son programme pour 2012 (le patron de la majorité Jean-François Copé y a vendu son idée d'un service civique obligatoire). Ce mardi, c'était au tour de la secrétaire d'Etat à la Jeunesse et à la Vie associative, plus discrète que ses prédécesseurs Martin Hirsch et Marc-Philippe Daubresse, de lancer à Paris la première fête de la jeunesse à l'occasion un colloque consacré à "l'engagement 2.0" en présence de personnalités tunisienne. "Cette fête avait été créée sous la révolution mais n'a jamais réellement pris. Elle a d'ailleurs été supprimée par Napoléon. Mais l'esprit n'a pas changé. Il s'agit de montrer que l'Etat s'engage pour sa jeunesse. C'est d'autant plus important aujourd'hui quand on sait que 50 % des adultes ont une image négative de la jeunesse et quand on voit les Indignés espagnols", explique Jeannette Bougrab.

Au-delà du côté festif de cette initiative, le gouvernement compte donc prouver son engagement à la veille de la présidentielle de 2012 et aussi parce que les mouvements de jeunes peuvent très vite dégénérer, a fortiori à l'ère du 2.0. "C'est une génération participative, sans compromis, au fort poids économique et qui peut influencer la situation politique. Il y a une rupture aujourd'hui avec les jeunes. Il est donc nécessaire d'avoir un geste fort envers eux", analyse Jeannette Bougrab. "C'est une question fondamentale de la politique moderne : quel monde allons-nous laisser à nos générations futures ? Une dette de 30.000 euros par personnes", s'est indigné l'ancien ministre de l'Education Luc Ferry.

Perdus de vue

Le président du conseil de l'analyse de la société doit remettre à l'automne au Premier ministre un rapport sur le sujet. Objectif : "prendre en compte les légitimes attentes de la jeunesse pour continuer à faire évoluer [la] politique en faveur des jeunes", les mesures du plan Agir pour la jeunesse de 2009 (service civique, lutte contre le décrochage, réforme de l'orientation, RSA jeunes) n'ayant pas encore réussi à inverser la tendance. Récemment, le ministère de l'Education nationale recensait 254.000 jeunes sortis du système éducatif sans diplômes entre juin 2010 et mars 2011, dont 180.000 "perdus de vue".

Micro-local

Autre point fort : un comité interministériel sur la jeunesse à la rentrée, qui devrait acter un certain nombre de mesures. Mais l'heure n'est plus aux grands plans. "La jeunesse est aujourd'hui compartimentée. Il fait donc faire du chirurgical, du micro-local", insiste Jeannette Bougrab. Les préoccupations des jeunes diplômés sans emploi ne sont de fait pas les mêmes que celles des jeunes de banlieue en difficultés. Les mesures présentées à la rentrée seront donc issues des expérimentations en cours (300 sont financées par le fonds d'expérimentation pour la jeunesse). "La centralisation conduira à l'échec. Nous devons aujourd'hui faire de l'essaimage", estime la secrétaire d'Etat. Les cellules jeunes, quartiers, entreprises qui vont être mises en place d'ici à la fin de l'année participent de cette stratégie. Le gouvernement compte aussi développer le micro crédit et réfléchit à un système de cautions mutuelles pour faciliter l'accès au logement. Autres pistes : la mise en place de structures bancaires dédiée sur le modèle des Youth Bank britanniques ainsi qu'un mécanisme de financement du permis de conduire.