Une étude pointe les carences de l'éducation prioritaire

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Deux ingénieurs des Mines publient une étude sur l'inégalité des chances dans l'enseignement français. Ils préconisent le développement des structures périscolaires pour la petite enfance au profit des familles défavorisées.

Une nouvelle étude vient enfoncer un peu plus le clou s'il en était besoin. Deux ingénieurs des Mines, Valérian Pham Ngoc et Gilles Tauzin, respectivement polytechnicien et normalien, viennent de publier une enquête sur l'inégalité des chances dans l'enseignement français ("Liberté, (in)égalités, hérédité") qui pointe pour la énième fois les dysfonctionnement d'un système éducatif qui n'a rien de démocratique.

La dernière étude Pisa de l'OCDE sur les performances des élèves publiée en décembre dernier a d'ailleurs mis en évidence l'incapacité de la France à réduire la part des ses élèves en difficulté (au contraire, elle progresse) et à augmenter la part de ses élites. L'ascenseur social est en panne (La Tribune du 26 mai 2011) et à l'inverse des générations précédentes, les jeunes d'aujourd'hui n'arrivent plus à faire mieux que leurs parents. L'étude des deux ingénieurs rappelle d'ailleurs que si 89% des enfants d'enseignants accèdent à l'enseignement supérieur (ils sont les mieux placés devant les enfants de cadres), seulement 32% des enfants d'ouvriers non qualifiés y parviennent. Environnement socio-professionnel, familial, géographique (quartier, région) mais aussi classe et établissement fréquenté, offre locale d'enseignement et enseignants fréquentés sont autant de paramètres qui influent sur la réussite des élèves et leurs parcours.

Ainsi, un enfant de cadre a-t-il cinq fois plus de chance d'intégrer une classe de 2nde générale plutôt qu'une 2nde professionnelle qu'un ouvrier non qualifié. Un même dossier scolaire sera ainsi orienté plus facilement orienté vers une seconde générale si l'élève est non boursier et issu de milieu favorisé (cours particuliers, tennis, piano...) que s'il est boursier et issu de milieu défavorisé. Des effets des stéréotypes sociaux....

RAR et Eclair

Partant du constat que les écarts de traitement s'amplifient au fil des années, les auteurs de l'étude propose d'agir le plus en amont possible. "Les actions en faveur de l'égalité doivent intervenir en primaire voire avant. Pourquoi ? Parce que les inégalités apparaissent en début de chaîne et que le primaire est le parent pauvre du système éducatif français en matière d'investissements. Or plus les dépenses ont lieu tôt, plus le retour sur investissement est important. Mais cela demande du courage politique car les problèmes sont moins visibles en primaire", explique Valérian Pham Ngoc, citant notamment les chiffres de l'OCDE (la France dépense moins que la moyenne des pays de l'OCDE en primaire mais plus dans le secondaire). Des programmes ont bien été mis en place tant à l'initiative de l'institution (réseaux "ambition réussite", plan Espoir banlieue...) que des associations ou des écoles (Coup de pouce Clé, "une grande école, pourquoi pas moi ?"...) mais ils restent trop focalisés sur le secondaire et leurs résultats sont "mitigés" pointe l'étude. Pire, le ministre de l'Education nationale a récemment fait savoir son intention de supprimer les réseaux ambition réussite (RAR), qui concernent 254 établissements, au profit de son nouveau programme Eclair, expérimenté cette année sur 105 structures et déjà très critiqué.

Agir dès la petite enfance

Pour compenser les effets sociaux, les auteurs proposent notamment d'intervenir dès la petite enfance, en crèche, en agissant sur le périscolaire, en accompagnant les familles défavorisées et en "centrant l'action sur le langage et le développement". Une proposition qui se heurte aux disparités entre collectivités territoriales et à de moindres vocations pour l'enseignement en maternelle, peu valorisé. Autres pistes, améliorer la formation des enseignants (dont la réforme actuelle est très contestée) mais aussi celle de l'encadrement, l'orientation active afin de lutter contre l'autocensure et les biais des stéréotypes, mieux évaluer les savoirs et les connaissances et mieux adapter l'enseignement à l'historique des élèves. Les auteurs comptent promouvoir leur étude auprès des politiques. Le sujet, déjà mis sur la table par de nombreux rapport, cela sans nul doute au c?ur du débat présidentiel.

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Commentaires
a écrit le 17/06/2011 à 15:19 :
On parle de ce problème depuis 50 ans au moins et rien ne semble avoir bougé.
A la fin de ma maîtrise de psycho, mon mémoire a porté sur le sujet, principalement sur l?acquisition du langage dans les différents milieux. Après analyse de la littérature et avec l?expérience venue par après, j?aurais envie d?insister sur deux choses :

- Le milieu socio-culturel favorable à l?acquisition du langage et des codes qui l?accompagnent à l?école se définit
o soit par la culture véhiculée par le milieu familial (les enseignants par exemple)
o soit par les finances dont disposent les parents avec une différence colossale, selon moi, avec tous les programmes de financement de l?école : ce n?est pas l?argent en tant que tel qui permet la réussite mais l?individualisation que l?argent des parents amène dans l?éducation.

- Si des programmes de compensation doivent être élaborés, il paraît évident qu?ils doivent être entrepris très tôt et, si l?on ne veut pas de trop grande scission entre l?enfant et la famille, ces programmes doivent intégrer les parents .

Ce que j?écris est tellement synthétique que je suis peut-être un peu difficile à comprendre mais si cela intéressait quelqu?un, je pourrais essayer de développer ma pensée.
a écrit le 17/06/2011 à 13:30 :
Allons allons, à voir et entendre nos "rejetons " l'on sait que le problème date !! pas d'acquis , de l'anglais alors que le français est inconnu !! et bien d'autres qui ont stoppé le système éducatif !!! les volontés ne sont pas , alors soyons honnetes !!

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