Métier d'enseignant : pourquoi les chiffres d'inscriptions aux concours sont en trompe l'oeil

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Les inscriptions aux concours 2012 progressent de 6% dans le second degré et de 20% en maths. Mais cela ne préjuge en rien d'un maintien de l'attractivité de la profession chez les jeunes titulaires d'un master. Explications.

Réforme de la formation, dégradation d?entrée dans le métier, conditions de travail plus difficiles, suppressions de postes, faible rémunération... Cela fait plus d?un an que les syndicats d?enseignants prédisent un risque de désaffection pour la vocation d?enseignant. Or les chiffres d?inscriptions aux concours 2012 viennent prouver le contraire, a estimé le ministère de l?Education nationale en fin de semaine dernière.

De fait, pour les concours externes 2012, 111.611 candidats se sont inscrits, soit une progression de près de 7 % par rapport à l?an dernier. Cette afflux supplémentaire est surtout perceptible dans le second degré où la hausse est de 6 % (+ 11,3 % pour l?agrégation ; + 5,3 % pour le Capes). Fait notable, les mathématiques, discipline désertée depuis des années, affichent un bond de 20 % du nombre d'incriptions. Pour le ministère, ces chiffres, qui certes mériteront d?être confirmés les années suivantes, démontrent que "les métiers de l?enseignement continuent d?attirer les jeunes diplômés". Selon le ministre Luc Chatel, interrogé par "Le Parisien", la campagne - très critiquée - de 17.000 recrutements (dont 11.600 enseignants) lancée en juin n?y est pas pour rien.

Soubresaut

Mais ces chiffres recouvrent une réalité plus nuancée. Dans le 1er degré, les inscriptions aux concours se tassent encore (-2,3 % à 42.260) après une forte chute en 2011 (- 48,5 %). Par ailleurs, le nombre de candidats suit généralement celui des postes offerts aux concours. Ceux-ci passant de 11.600 en 2011 à 13.600 en 2012, il est logique qu?il y ait un peu plus de candidats. En revanche, les postes ouverts dans le secondaire stagnent à 8.600. Surtout,  "il y a eu un tel trou d?air pour le concours 2011 que cette légère amélioration relève du soubresaut", ironise Daniel Robin, co-secrétaire général du Snes-FSU (principal syndicat du secondaire). En 2007, ce sont 22.000 postes qui étaient ouverts... Autre bémol, "il faut bien faire la différence entre les inscriptions aux concours et les candidats présents aux épreuves", nombre d?entre eux s?inscrivant à plusieurs concours, rappelle Christian Chevallier, secrétaire général du SE-Unsa. En 2010, dans le second degré, 47.000 candidats se sont présentés aux épreuves sur... 85.000 inscrits. L?obligation nouvelle d?être titulaire d?un master, aussi, limite mécaniquement le vivier (on compte 330.000 étudiants de moins en master qu?en licence) et l?appétence pour une profession qui promet 1.500 euros de rémunération les 10 premières années d?exercice et qui a vu 65.000 postes supprimés depuis 2007.

Signe annoncé d'un début de désaffection ? La session 2011 des concours vient de s?illustrer par un nombre sans précédent de postes non pourvus : 978 places offertes aux Capes externes sont ainsi restées vacantes (dont 376 en mathématiques, 132 en anglais et 108 en lettres classiques). Résultat, un recrutement accru de contractuels.

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Commentaires
a écrit le 09/08/2011 à 11:43 :
Il y a un autre paramètre permettant de tricher sur les chiffres : les inscriptions pour les concours 2011, et ce sera la même chose pour 2012, ont été closes AVANT les résultats. Donc, les lauréats des concours sont inscrits pur la session suivante, et leur table sera bien entendu vide...
a écrit le 25/07/2011 à 23:18 :
Pour 2011, les nouveaux arrivants (les dipômés de licence) ne pouvaient pas se présenter aux concours, car le niveau demandé est passé de licence à master 12 validé. Seuls les doublants passaient donc les concours (et ceux qui se réorientaient après, par exemple, un diplôme d'ingénieurs), ce qui a artificiellement diminué le nombre d'inscrits. En 2012 ce sera différent, puisque l'on aura des non doublants. L'augmentation des inscrits tant vantée par le ministère est donc simplement due à des effets purement techniques; ili est donc totalement hypocrite de s'en vanter. Au contraire, l'augmentation des inscrits aurait dû être beaucoup puls forte qu'annoncé par le ministère, ces chiffres sont donc très très décevants et inquiétants. Pour les mathématiques, les étudiants comparent avec les salaires (meilleurs) et les conditions de travail (plus confortables) offerts par les autres masters (statistiques, assurances, finance, cryptographie...), et ils fuient de plus en plus l'enseignement qui a été beaucoup dévalorisé ces dernières années. Pourquoi ne pas payer d'avantage les enseignants des matières qui ont du mal à recruter, en offrant une prime, par exemple, aux profs de maths et de physique qui sont si durs à recruter ?
a écrit le 25/07/2011 à 20:55 :
pas de greve a l . E .N .en ce moment ....
a écrit le 25/07/2011 à 9:20 :
Je suis enseignant et je déconseillerai ce métier à mes enfants: ce métier ne tolère aucune faiblesse ni la moindre fatigue sinon 35 gosses s'engouffrent dans la brèche pour vous faire tomber: pas de réconfort dans la rue où vous êtes traités de nantis par le quidam qui , inconsciemment, se venge de ses années mal vécues à l'école.
Avis contre avis... mais les chiffres parlent: si ce métier était un métier de planqués bien payés, les gens se battraient pour passer le concours...C'est loin d'être le cas!!!!
Réponse de le 25/07/2011 à 12:12 :
les enseignants récoltent leurs fruits ( manifs...greves ..arrogances) etc...leurs motivations est ...vacances et statuts
Réponse de le 25/07/2011 à 18:18 :
à mormal (noeud) je suis persuadé que vous seriez incapable de tenir une seule journée face à des collégiens de 3ème, et même pas dans une zone d"éducation prioritaire!
les enseignants comme vous le confirmez sont déconsidérés par des personnes incapables d'assurer leurs tâches et envieux de conditions de travail contractuelles! et qui de plus conditionnent leurs progénitures à déconsidérer les profs, d'où le manque de respect!
a écrit le 25/07/2011 à 7:34 :
Effectivement, à part les vacances et des horaires permettant (parfois) une certaine souplesse dans la vie quotidienne, plus grand chose n'attire dans ce métier totalement dévalorisé. Pour le même salaire et des études moins longues, d'autres postes dans le public ou le privé sont bien moins stressant.
a écrit le 25/07/2011 à 6:35 :
Merci beaucoup à la Tribune pour cet article plus nuancé et fouillé que ceux sur le même sujet dans d'autres journaux (dont notre quotidien nationanl vesperal) qui ne font que reprendre mot pour mot la propagande de Luc Chatel.
a écrit le 24/07/2011 à 20:42 :
Etudes longues, salaires médiocres, formation sur le tas, conditions de travail incertaines, fermetures de classes et suppressions de matières optionnelles : il faut saluer le courage (ou l'inconscience) de ceux qui passent les concours de l'enseignement.
Réponse de le 24/07/2011 à 21:50 :
Jifanes, pourquoi tout ça pour faire partie de la grande de l'éducation national, en plus ils sont bien au courant des désavantages, çe qu'ils voyent c'est qu'ils ont la garantie de l'emploi.
Réponse de le 25/07/2011 à 5:04 :
Et les vacances, j'ai un collegue qui veut devenir prof et c'est en grande partie pour ça.
Après la dégradation des conditions de travail n'est pas du que a l'état mais aussi aux parents qui laissent tous faire a leur gamin.
Réponse de le 25/07/2011 à 7:43 :
La garentie de l'emploi ? Plus depuis l'an dernier ou une loi authorise l'état à se debarasser des profs refusant d'etre muté ou affecté sur un poste. Pour virer un prof il ne suffit plus que de le muter a Cayenne...
Réponse de le 25/07/2011 à 16:51 :
Triste de constater que mon département est encore considéré comme le Bagne par l'administration!!!!!! franchement c'est décevant!! ne vous inquietez pas, on ne veut pas de vous non plus
a écrit le 24/07/2011 à 20:20 :
metier de mer.e
jeunes diplômés, tournez-vous vers autre chose!
signé : un enseignant qui regrette de l'être
Réponse de le 25/07/2011 à 7:22 :
voir ailleur si vous etes COURAGEUX ....et prendre des RISQUES (.'mais)
a écrit le 24/07/2011 à 18:53 :
Personnellement je pense que Chatel a tout faux :
Le professorat n'intéresse plus personne car la profession est mal payée, travaille dans des conditions de plus en plus difficile alors que des élèves en viennent aux insultes, menaces et atteintes physiques.... sans pour autant être soutenu par sa hiérarchie...

a quoi sert d'être diplômé pour servir dans ces conditions ?
S'il y a encore des jeunes qui s'inscrivent à ce concours, c'est uniquement par nécessité alimentaire.
Réponse de le 24/07/2011 à 21:53 :
r421 et au commençement de leur carrière les salaires sont plafonnés au smic mais peu importe leur motivation c'est la garantie de l'emploi qui est au bout, après bonjour les dégats pour les profs faibles.

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