Comment la France a perdu son triple A pendant quelques minutes...

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L'agence de notation Standard and Poor's (S&P) a reconnu jeudi avoir diffusé par erreur à certains de ses abonnés un "message" faisant état d'une dégradation de la note de la France. Une enquête est ouverte.

Une incroyable bourde de l'agence de notation Standard and Poor's (S&P), annonçant par erreur en pleine crise de la dette que la France avait perdu son précieux "triple A", a suscité jeudi la colère de Paris et l'ouverture d'une enquête du gendarme français des marchés.

L'agence S&P, dont chaque communication est scrutée à la loupe dans le contexte d'extrême nervosité des marchés, a fait savoir que "suite à une erreur technique, un message" faisant état d'une dégradation de la note de la France avait "été automatiquement diffusé" à certains de ses abonnés.

"Ce n'est pas le cas. La note de la République française est inchangée à +AAA+, assortie d'une perspective stable, et cet incident n'est pas lié à une quelconque activité de surveillance de la note", a assuré S&P. "Nous enquêtons pour déterminer la cause de cette erreur." "Si les destinataires avaient cliqué sur le lien dans l'alerte, ils auraient vu que la note de la France était inchangée", a déclaré un porte-parole de S&P par courrier électronique.

Il n'a pas voulu en dire plus.

Enquête ouverte

La mise au point n'a pas suffit et le ministre français des Finances François Baroin a aussitôt demandé une enquête sur les "causes et les éventuelles conséquences de cette erreur" qu'il a qualifiée de "rumeur assez choquante d'informations qui ne correspondent à aucun fondement". "On ne laissera aucun message négatif passer. On a une stratégie, on a un rendez-vous en matière de déficits qui est fixé. On ne variera pas d'un iota", a-t-il ajouté à Lyon en marge d'une conférence sur l'économie.

L'Autorité des marchés financiers (AMF) a annoncé l'ouverture d'une telle investigation dans la foulée. Elle a précisé dans un communiqué avoir contacté l'autorité de supervision financière européenne (ESMA), au titre de ses compétences de contrôle des agences de notation.

Le couac, sur lequel Standard and Poor's a elle aussi promis de faire toute la lumière, est survenu alors que l'écart entre le taux des obligations à 10 ans de l'Allemagne et de la France sur le marché de la dette a atteint un nouveau record historique jeudi, au-delà des 170 points de base.

Cet écart reflète la différence de traitement entre les deux pays, pourtant l'un et l'autre notés triple A, la note la plus élevée, par les trois grandes agences de notation S&P, Moody's et Fitch.
Cette note permet à la France d'emprunter aux meilleures conditions sur les marchés. Mais Paris vit dans la hantise de la perdre depuis un premier coup de canif infligé le mois dernier par Moody's.
L'agence rivale de S&P a annoncé mi-octobre qu'elle se donnait trois mois pour déterminer si la perspective "stable" de la note française était toujours justifiée, au vu de la dégradation de la situation économique du pays.

Conséquences

Suite à cette erreur, le rendement de l'emprunt à dix ans a bondi d'environ un quart de point, sa plus forte hausse depuis le lancement de l'euro en 1999. La clarification de S&P a été émise en anglais à 17h40 à Paris (16h40 GMT), après la clôture des marchés. L'euro a toutefois monté après cela, signe du soulagement des investisseurs.

La bourde n'a pas du tout fait rire le commissaire européen chargé des services financiers, Michel Barnier, qui a qualifié vendredi cette gaffe d'«incident grave». «Dans la situation extrêmement volatile et tendue des marchés actuellement, les acteurs de ces marchés doivent faire la preuve d'une rigueur et d'un sens particulier de la responsabilité», a-t-il indiqué dans une déclaration.
 

Garder à tout prix le triple A

Cet avertissement a pesé lourd dans la décision du gouvernement français de mettre au point un nouveau plan de rigueur, annoncé lundi et qui prévoit des économies de 7 milliards d'euros en 2012. Il vient s'ajouter à un précédent train de mesures d'austérité annoncé fin août.

"La France a toujours démontré sa capacité à respecter strictement ses objectifs et je ne vois aucune raison pour qu'elle ne fasse pas de même cette fois-ci", a estimé de son côté le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, dans un entretien au Figaro à paraître vendredi, récusant l'idée d'une dégradation de la note française.

Même si le gouvernement se démène pour sauver le triple A de la France, l'"erreur technique" de S&P nourrit le soupçon que le communiqué de l'agence annonçant la dégradation de la note de la France était prêt à être diffusé.

Un triple A "déjà perdu" ?

Pour certains, à en juger par l'écart entre les taux français et allemands sur le marché obligataire, la France a déjà perdu de facto sa note triple A.

"Ne nous faisons pas d'illusion: sur les marchés, la dette (française) n'est déjà plus AAA", a estimé jeudi Jacques Attali, l'ancien président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) dans une interview accordée à "La Tribune". Un peu plus tard dans la journée, la ministre du budget Valérie Pécresse a qualifié ces propos d' "irresponsables".

 

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