SeaFrance, l'impossible équation

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L'opération de l'État est risquée, pour de multiples raisons, tant sur le montage que sur sa viabilité. Explications.

Une petite semaine. C'est le temps dont disposent toutes les parties prenantes du sauvetage de SeaFrance pour monter le dossier de la Scop (société coopérative participative) depuis la décision mardi du tribunal de commerce de Paris de repousser à lundi prochain l'examen du projet de reprise de la compagnie de ferries par ses salariés, prévu initialement mardi.

Si ce projet défendu par la CFDT Maritime n'avait aucune chance jusqu'ici de convaincre le tribunal en raison de l'absence de financement, la proposition du gouvernement de liquider l'entreprise et de permettre aux salariés de réinvestir leurs indemnités de licenciement (gonflées par la SNCF, l'unique actionnaire de SeaFrance) dans la création d'une Scop redonne de l'espoir aux salariés.

Chacun des 880 salariés recevra de l'ordre de 50.000 à 60.000 euros, selon la ministre de l'Écologie en charge des transports, Nathalie Kosciusko-Morizet. Selon elle, les indemnités permettront d'atteindre le montant nécessaire à la relance de SeaFrance, évaluée « entre 40 et 50 millions d'euros », sachant que la région Nord-Pas-de-Calais a déjà promis 10 millions d'euros (sous forme de garanties de prêts). « Un marché de dupes », a pourtant rétorqué le secrétaire national de la CFDT, Laurent Berger. Un projet qui « dépasse l'entendement », selon la compagnie britannique P&O, prête à déposer plainte à Bruxelles « au moindre signe de la poursuite des aides apportées par l'État français à cette entreprise ».

Les risques de cette opération sont multiples sur le montage de la Scop, puis sur sa viabilité. Le premier point dépend notamment de l'adhésion des salariés. Placeront-ils tout ou partie de leurs indemnités pour créer une Scop ? Les avis sont partagés. Beaucoup hésitent. Certains conditionnent leur contribution au fait que la Scop soit propriétaire des navires, et non la SNCF, comme le veut l'État, qui les louerait ensuite à SeaFrance.

Quand bien même la Scop se créerait, le défi de sa viabilité resterait à relever. « C'est un dossier franchement compliqué sur le plan économique », explique un proche dossier. Cela en raison d'une baisse des volumes de fret depuis la crise de 2008 et d'une farouche concurrence sur le trafic transmanche du britannique P&O, présent sur la même ligne que SeaFrance, Calais-Douvres, et du danois DFDS (ex-candidat à la reprise de SeaFrance avec Louis Dreyfus Armateur), présent sur Dunkerque-Douvres. Deux acteurs aux coûts de production inférieurs auxquels il faut évidemment ajouter la concurrence du tunnel sous la Manche. En quatre ans, SeaFrance a perdu 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Dans ce contexte, l'arrêt de l'activité de la compagnie depuis novembre ne fait qu'empirer la situation.

Trop de salariés

Pour beaucoup d'experts, un rapprochement avec un autre acteur s'impose. « Sans cela, c'est impossible », assure l'un d'eux. La compagnie française Brittany Ferries, par le passé intéressée par SeaFrance, aurait le profil. Autre problématique, l'emploi. Le projet de Scop veut sauver les 880 CDI et 200 CDD. Là aussi, les observateurs sont sceptiques. « Sans baisse d'effectifs, ce sera très compliqué. L'objectif n'est pas de passer la présidentielle et de fermer boutique dans un an. » Autre point crucial, la constitution d'une équipe dirigeante. Selon nos informations, une ancienne figure de Brittany ferries serait favorable pour en prendre les rênes.

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a écrit le 09/01/2012 à 13:07 :
Cette Scop, dans l'hypothèse où elle verrait le jour, ne pourra survivre sans réduire la voilure. Au moins déjà, s'aligner sur ses concurrents et diminuer ses coûts de production. Cela passe évidemment par une réduction drastique des effectifs. Alors, qui voudra investir sa prime de licenciement dans un entreprise qui risque de le congédier ?
C'est Kafka & cie !
a écrit le 05/01/2012 à 0:59 :
il me semble que récemment la firme automobile SAAB, en situation catastrophique, a été abandonnée à son sort par son gouvernement.
pourquoi n'explique-ton pas clairement les raisons de ce naufrage financier de Sea-France, alors qu'il y a plusieurs autres compagnies qui, elles, ne font pas faillite ?
peut-être les compagnies étrangères sont-elles gérées différemment ?
et pourquoi ce montage alambiqué pour sauver un canard boîteux aux frais de la collectivité ?
a écrit le 04/01/2012 à 16:35 :
Encore une foi les liches train à Sarko et lui meme à retourné sa veste sur l'idée de la cop!!!! Il veut gagner des voix??????? alors la trop tard , 4 mois pour faire ce qu'il n'à pas fait en 4,5 années .Il se regarde trop le nombril!!
a écrit le 04/01/2012 à 16:10 :
Bravo aux syndicats qui ont envoyé l'entreprise et ses salariés à l'abbatoir pour pouvoir exister mediatiquement et politiquement !
Après tout, les sundicats n'ont pu agir ainsi qu'avec le soutien des salariés.
Ils,parlent d'investir leurs indemnités, mais lesquelles ? Qui va les payer ? Certainement pas l'entrepsie liquidée mais les entreprises saines au travers des AGS !
a écrit le 04/01/2012 à 16:05 :
je pense que le projet d'une scop à du sens mais en ce qui concerne seafrance il aurait mieux fait d'accepter le plan DREFUS qui aurait sauvé 600 emplois alors que le projet SARKOZY est completement ridicule comment peut on être à la tête de l'état et accompagner un plan voué à l'echec même son ministre des transports la reconnu je crois quand incompétence plus les mois passes plus le bateau FRANCE coule avec son capitaine et son équipages et nous les passagers
a écrit le 04/01/2012 à 12:06 :
le meilleur pour les salaries sera de partir avec la prime de licenciement sinon dans un an ils auront tout perdu et leur cooperative ne peut survivre que s'ils reussissent a baisser le prix d'exploitation en supprimant des effectifs et en acceptant de travailler plus et de gagner moins et si leur cooperative doit dans un an deposer le bilas il n'y aura personne pour leur verser des indemnites de licenciement
Réponse de le 04/01/2012 à 13:03 :
L'entreprise n'est pas viable en l'etat et surtout avec un esprit fonctionnaire.prenez l'argent et abandonnez.
a écrit le 04/01/2012 à 9:38 :
j'espere que bruxelles va annuler tout ce montage qui risque de couter cher au contribuable.quand je pense que notre président veut une régle d'or QUEL EXEMPLE DE GASPILLAGE pour soutenir des syndicats irresponsables .ce qui n'est pas le cas en allemagne
a écrit le 04/01/2012 à 8:38 :
Ceci est cousu de fil. Pour des raisons bassement politiques et électorales l'état français va se retrouver assigné par Bruxelles pour subventions illégales et cette future SCOP en fait société zombie sera totalement liquidée en moins d'un an si tant est qu'elle voit le jour. En effet je serais très surpris que les salariés ne préfèrent pas "sécuriser" leurs 50k? d'indemnités de licenciement plutôt que de les investir dans cette société vouée à disparaitre. La CFDT a laissé passer la seule chance de sauver cette société ainsi que les 2/3 des emplois en torpillant le projet de reprise de Delmas le premier armateur français....

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