Qui doit réaliser les prévisions de croissance ?

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Le Fonds monétaire internationale (FMI) et plusieurs parlementaires souhaiteraient confier l'élaboration des prévisions de croissance de la France à un institut indépendant. C'est déjà le cas en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et au Canada.

C'est une idée qui fait son chemin. La semaine dernière, le Fonds monétaire international (FMI) a invité la France à se montrer réaliste dans ses prévisions de croissance pour la construction du budget 2012. "Les prévisions de croissance et les autres paramètres clés sur lesquels sera bâti le budget de l'an prochain devraient être réalistes et ne pas sous-estimer les futurs besoins d'ajustement", a expliqué l'institution. Pour atteindre ces objectifs, le FMI recommande que les prévisions de croissance sur lesquelles est bâti le budget, et qui dépassent souvent le consensus des économistes, soient confiées à une "agence indépendante", afin de renforcer "la crédibilité du processus budgétaire".
 

Fin avril, Philippe Marini et Nicole Bricq, respectivement rapporteur général du Budget à la commission des finances du Sénat et présidente de ladite commission, avaient fait une proposition similaire. "La réalisation des hypothèses de croissance doit résulter d'une estimation neutre et prudente. Il faut donc changer complètement la manière d'élaborer les scénarios d'évolution des comptes publics, avaient-ils expliqué d'une même voix, citant en exemple certains pays étrangers où ce cadrage macro-économique est élaboré par des structures indépendantes ou un ensemble d'économistes.

Une méthode déjà employée à l'étranger

Quelques exemples. En Grande-Bretagne, l'Office for Budget Responsibility (OBR) a été créé en mai 2010 en vue de doter le Royaume Uni d'un organisme capable de rendre des avis indépendants en matière de prévisions macroéconomiques et budgétaires. « Le premier cadrage macroéconomique du budget établi par l'OBR a été bien accueilli par les principaux commentateurs, ce qui a permis au gouvernement de concentrer le débat sur les mesures d'économies et les hausses d'impôt nécessaires pour engager le redressement de ses finances », explique l'Institut Montaigne. Composé d'un nombre restreint d'économistes et d'experts en finances publiques issus de l'administration et du privé, ce bureau est chargé de rendre un avis à chaque proposition de budget soumise par le gouvernement.

Aux Pays-Bas, les hypothèses économiques sont formulées par le bureau d'analyse de la politique économique, un organisme central indépendant dont l'indépendance est assurée par une loi de 1945. Le bureau propose deux scénarios économiques au gouvernement. Le premier correspond au taux de croissance économique qu'il considère comme le plus vraisemblable. Le second correspond à une prévision prudente de taux de croissance économique à retenir aux fins de la politique budgétaire. « Le gouvernement applique le scénario prudent préférant, d'un point de vue politique, les bonnes surprises budgétaires aux mauvaises », observe le think tank.

On préfère le consensus au Canada

Au Canada, ce n'est pas l'administration qui réalise les prévisions économiques. Elles sont déduites des résultats d'une enquête réalisée par le ministère des Finances canadien auprès du secteur privé. Pour garantir la crédibilité de son budget et se prémunir contre les erreurs de prévision et les événements imprévisibles, le Conseil du Trésor et le ministère des Finances utilisent la moyenne des prévisions économiques du secteur privé, c'est-à-dire le consensus.

Un objet de communication

Pourquoi ces recommandations ? Evidemment, faire appel à un ou plusieurs instituts indépendants ne serait pas une garantie contre les erreurs de pronostics. En revanche, cette méthode permettrait d'utiliser la prévision comme un objet de communication.

Lors du quinquennat précédent, deux stratégies ont été employées par le ministère de l'Economie. La première consistait à déborder d'optimisme, optimisme justifié par les effets attendus des nouvelles mesures. Ainsi, la loi Travail emploi et pouvoir d'achat (TEPA) votée en août 2007 devait immédiatement apporter 0,3% de croissance supplémentaire. Adoptée un an plus tard, la loi de modernisation économique (LME) était sensée apporter 1 point de PIB à la croissance au cours des années suivantes. Cet optimisme ayant été douché, Bercy a ensuite joué de prudence en affichant des prévisions plus réalistes qu'il était plus facile de relever ensuite. Déclenché à l'automne 2008, la crise a bouleversé la donne, aucun économiste n'ayant une vision assez claire de l'évolution de l'activité. En effet, il n'y a pas qu'à Bercy que les approximations se sont multipliées.

Résultat, pour toutes ces raisons, Bercy a dû réviser ces calculs à de nombreuses reprises ces dernières année. Le gouvernement actuel ne déroge pas à la règle. Ce ne serait pas si grave si la trajectoire future des finances publiques ne dépendait pas de ces prévisions de croissance. Or, en raison de la crise de la dette souveraine des pays européens, toute approximation est désormais mal vue des institutions internationales et des marchés.

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Commentaires
a écrit le 10/08/2012 à 2:03 :
En parlant de prévisions de croissance... on entend dire que l'assèchement de l'Europe en terme d'investissements américains, sachant l'antiaméricanisme primaire et l'idéologie socialiste, vu les prévisions de prélèvements, notre ami américain qui n'est pas stupide va logiquement retirer rapidement ses investissements, afin de produire, chose normale une crise en Europe relative au mépris du travail, en particulier chez nous, et ma foi, que cela aide une élection républicaine, ça compte. L'obscurantisme sur les dépenses et leur effiscience, ça commence à peser... Roosevelt est efficace, c'est la question.
a écrit le 10/08/2012 à 2:01 :
En parlant de prévisions de croissance... on entend dire que l'assèchement de l'Europe en terme d'investissements américains, sachant l'antiaméricanisme primaire et l'idéologie socialiste, vu les prévisions de prélèvements, notre ami américain qui n'est pas stupide va logiquement retirer rapidement ses investissements, afin de produire, chose normale une crise en Europe relative au mépris du travail, en particulier chez nous, et ma foi, que cela aide une élection républicaine, ça compte. L'obscurantisme sur les dépenses et leur effiscience, ça commence à peser...
a écrit le 07/08/2012 à 14:49 :
Prévisions de croissance? L'OCDE nous a bien dit que l'administration française devait se réformer... notre Etat opprime la société civile par son poids excessif. Heureusement qu'il existe des organismes internationaux pour permettre à la population de se rendre compte de la réalité de la situation. Ainsi on constate l'autisme des pouvoirs publics alors que notre production chute et que le chômage augmente prend des décisions funestes: celles d'empirer la situation. C'est une agression contre la population doublée d'une mise en faillite. Devons-nous suivre ces politiques qui nous conduisent à l'extinction de notre civilisation? La survie de nos entreprises est bien évidemment en jeu, à 51 points de prélèvements, c'était déjà pas glorieux en terme de création d'emplois et de richesses, mais à 56, nous n'avons plus aucune chance. On est entrain de virer à la dictature qui condamne les chômeurs!
a écrit le 06/08/2012 à 14:18 :
Je trouve de plus en plsu rérangeante l'attitude du FMI... Car en l'espèce, cette recommandation s'appuie sur une mise en perspective totalement biaisée. Il ne faut pas aller bien loin pour le comprendre: le FMI, et c'est une de ses principales missions, suit les prévisions de chaque pays. Il a pour cela toute une organisation dédiée d'économistes, spécialistes "pays" et "zones". Il publie d'ailleurs ses propres prévisions, comme tout un tas d'autres organismes internationaux (OCDE etc...) sans compter les analyses et études privées (banques, assureurs etc...).
Il ne manque donc pas au marché d'éléments pour prendre ses décisions. Cet argument est donc évidemment fallacieux. Que reste-t-il alors, si ce n'est la création d'un hâvre de plus pour belles gens et un lieu d'influence supplémentaire? Il ne reste donc qu'une seule justification à une telle mesure: la fin de l'indépendance signifiée à la France quant à l'établissement de ses propres prévisions. Les politiques sont parfaitement capables d'assumer les conséquences de prévisions inexactes (et l'ont souvent prouvé). D'ailleurs ces prévisions n'ont jamais eu de sens qu'en politique intérieure. Que vient faire le FMI dans un tel débat? On peut se le demander...
a écrit le 06/08/2012 à 13:36 :
autant se baser sur une prévision de croissance objective semble le bons sens même, autant il n'est pas la peine de créer un machin supplémentaire pour loger des économistes bien en cour ou en mal d'emploi. IL suffirait de définir un panel d'instituts (FMI, OCDE, ...) à partir duquel le Ministère des Finances définirait le consensus à un moment donné.
Même si le contexte économique peut bouger sensiblement cela éviterait probablement de refaire des prévisions tous les 3 mois avec son cortège de mesurettes le plus indolore possible et cela aurait enfin le mérite de mettre nos "chers dirigeants" face à leur responsabilité économique bien avant leur idéologie politique.

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