La France a perdu son triple A, et alors ?

La dégradation, cette nuit, de la note souveraine de la France par Moody's a un impact limité sur les taux d'emprunt très bas dont elle bénéficie, comme des économistes l'annonçaient dès hier, en plein débat sur la fragilité de la deuxième économie européenne. Cela n'empêche pas le marché de se préparer à "shorter" la France. "C'est le trade auquel tout le monde veut participer, les gens en parlent depuis un mois ou deux. Ils cherchent un déclencheur", prévient un opérateur de marché.

5 mn

Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

La dégradation de la note souveraine de la France par Moody's cette nuit a un impact limité sur les taux d'emprunt très bas dont elle bénéficie, comme les économistes cités par Reuters hier le prévoyaient, en plein débat sur la fragilité de la deuxième économie européenne. Avant la communication de cette agence de notation sur la France, l'hebdomadaire britannique The Economist a dépeint le pays en bombe prête à exploser.

"Il faut arrêter de penser que c'est la dernière chance pour la France, on a un peu de temps devant nous"

Ce diagnostic est démenti par plusieurs économistes, qui confirment cependant les interrogations des investisseurs. "Nous recevons beaucoup de questions sur la possibilité que la France soit le prochain problème de l'Europe", déclare Michel Martinez, chef économiste chez Société générale CIB. "On sent des interrogations sur la capacité du pays à se réformer et sur la direction prise par le gouvernement." Mais, ajoute-t-il, "j'ai du mal à imaginer quels peuvent être les déclencheurs d'une crise majeure pour la France. Il faut arrêter de penser que c'est la dernière chance pour la France, on a un peu de temps devant nous". Quant à Moody's, "je pense qu'un éventuel 'downgrade' aurait un impact limité sur les rendements actuels".

La France emprunte actuellement à des taux extrêmement faibles

Dégradée de AAA à AA+ en janvier par Standard and Poor's, la France emprunte actuellement à des taux bas record, ce qui contribue à réduire son déficit public, les dettes arrivant à échéance étant remplacées par des emprunts moins coûteux. Les rendements des titres de dette française, qui reflètent les taux auxquels le pays emprunte, sont proches de leurs plus bas historiques. Il était d'environ 2,07% lundi pour la dette à 10 ans sur la plate-forme de transaction Tradeweb contre un plus bas d'environ 2,01% début août. Du fait de taux encore plus bas pour la dette allemande, le "spread" franco-allemand (l'écart de rendement entre les dettes françaises et allemandes de même maturité) est moins favorable. Il était d'environ 72 points de base lundi pour la dette à 10 ans contre 50 un mois plus tôt, mais ce niveau reste très inférieur aux plus de 150 points atteints au mois d'avril.

Sur les marchés, "la France est déjà cotée moins favorablement qu'un 'triple A'".

"Je ne pense pas qu'au lendemain d'un changement de notation, les spreads bougeraient de façon significative", déclarait hier Fabrice Montagné, économiste chez Barclays. "Le marché est en général en avance sur les agences de notation et ajuste les prix bien avant la publication des ratings", ajoutait-il, en soulignant qu'à la vue des spreads, "la France est déjà cotée moins favorablement qu'un 'triple A'". "S'il devait y avoir de nouvelles informations défavorables sur l'état de l'économie alors oui, le spread s'écarterait pour refléter un nouveau diagnostic, mais cela dépend évidement plus des évolutions réelles que des agences de notation."

Et de fait, ce mardi matin, le taux d'emprunt à 10 ans de la France n'affiche qu'une légère hausse sur le marché obligataire, signe que la dette française n'était pas affectée outre mesure par la décision de Moody's de retirer au pays son triple A. Vers 8h30, le taux de référence français progressait à 2,096%, contre 2,073% lundi à la clôture, et l'écart avec l'Allemagne se creusait très légèrement à 0,75 point de pourcentage, puisque le taux allemand reculait à la même heure à 1,349% (contre 1,355%).

Tout le monde s'en fiche

Selon un trader basé à Londres, "une dégradation de la part d'une agence n'est peut-être pas suffisante pour bouleverser le paysage". "Nos équipes ont fait le tour de plusieurs clients récemment et tout le monde s'en fiche. En fait, il y a même plus d'acheteurs qui attendent en coulisses."

Pour Nicolas Spiro, directeur du cabinet Spiro Sovereign Strategy, "la France reste l'une des plus grandes anomalies dans le paysage du crédit souverain européen". "Les problèmes de l'Espagne et de l'Italie maintiennent les rendements français à un niveau bas", écrit-il. "La résilience du marché obligataire français devrait persister."

Des ventes automatiques d'ampleur limitée

La dégradation déclenchera des ventes automatiques de titres de dette française de la part d'investisseurs qui ne détiennent que des titres "triple A". Mais ces ventes devraient être d'une ampleur "très limitée", selon plusieurs économistes. "Même si la France perdait son 'triple A' auprès de Moody's ou de Fitch, le montant des ventes liées aux indices obligataires serait proche de zéro", écrivaient en particulier les stratégistes taux de Morgan Stanley hier, dans une note.

Perspectives

Moody's, comme Fitch et Standard and Poor's, conserve une perspective négative sur la note qu'ils donnent à la France (Aa1 pour Moody's, AAA pour Fitch et AA+ pour S&P), ce qui signale qu'une autre dégradation est possible à moyen terme. Les analystes de Citi estiment que le spread franco-allemand devrait s'écarter l'an prochain, en raison d'un équilibre moins favorable entre l'offre de titres français et la demande des investisseurs pour ces derniers. Pour ceux de Bank of America Merrill Lynch, "le rythme et l'ambition des réformes doivent être élevés pour que la France reste une coqueluche des marchés". Moins positif, Lyn Graham-Taylor, stratégiste chez Rabobank, à Londres, s'attend à un écartement des spreads franco-allemands. "Nous pensons que le marché se prépare à 'shorter' la France en 2013", déclare-t-il. "C'est le trade auquel tout le monde veut participer, les gens en parlent depuis un mois ou deux. Ils cherchent un déclencheur."

Pour aller plus loin :

Comparez les taux d'emprunt de la France avec ceux des principaux pays

5 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 38
à écrit le 21/11/2012 à 10:28
Signaler
Plus que la Note, dont effectivement aux vues de mouvement boursiers la grand majorite se fout, cela renvoie les politiques et tous les politiques a leur responsabilité: Depuis 40 ans on ne voit qu'augmentation de la sphere publique et para-publique,...

à écrit le 20/11/2012 à 15:34
Signaler
Et alors ? Et alors ? Et bien la descente aux enfers va commencer. La situation de la France va se dégrader avec encore plus de chômage, de misère. Ceux qui le peuvent ont tout intérêt à acheter de l'or. L'Euro risque d'imploser.

le 20/11/2012 à 18:26
Signaler
n'importe quoi lol

à écrit le 20/11/2012 à 14:32
Signaler
Et alors?alors c'est une lapalissade;ça ne sert à rien d'en discuter,il faut réformer très vite.

le 20/11/2012 à 18:07
Signaler
depuis le temps que l'UMP tient ce discours, pourquoi ne l'ont ils pas fait ?

à écrit le 20/11/2012 à 12:20
Signaler
Résultat: si personne ne prète plus au Gouvernement français (donc à son Parlement et à ses Collectivités Locales), je ne paye plus mes impôts. Et TOC! Je ne vais pas donner des sous à un trou percé.

à écrit le 20/11/2012 à 11:30
Signaler
Vue de l'extérieur: http://agefi.com/dossiers/hollande-en-suisse.html et télécharger le PDF

à écrit le 20/11/2012 à 11:00
Signaler
http://www.youtube.com/watch?v=MxYQb-WmB3g&feature=youtu.be

à écrit le 20/11/2012 à 9:42
Signaler
C'est marrant il n'y a que Fitch qui garde le AAA pour la France, Or Fitch appartient à FIMALAC, qui est une entreprise financière française...

à écrit le 20/11/2012 à 9:21
Signaler
Suite à une discussion avec mon professeur de finance internationale sur les agences de notation, voici son avis que je partage: Aujourd'hui tout le monde a accès aux compétences et aux informations pour faire sa propre évaluation sur un pays, une ac...

à écrit le 19/11/2012 à 21:41
Signaler
Et la dette d'un pays dont la dette dépasse largement les 110% du PIB, qui a un déficit de 7% (même la Grèce fait mieux), qui a une croissance "bricolée", qui a elle aussi perdu son industrie en délocalisant en masse , par contre les investisseurs v...

le 20/11/2012 à 9:38
Signaler
qui achète la dette US pas les investisseurs, les US sont protégés par le dollar ils exportent l'inflation qu'ils créent, dans le monde entier mais ça ne durera pas éternellement. Merci Obama.

à écrit le 19/11/2012 à 18:05
Signaler
Les investisseurs ne sont ps des idiots, si il achÚte de la dette c est pour gagner de l argent au moindre risque, pas pour faire plaisir au Français. Comment de plus peut on croire que les mêmes investisseurs ont besoin de pseudo agence, qui non ...

à écrit le 19/11/2012 à 17:48
Signaler
"les marchés veulent shorter la dette française"!c'est a mourrir de rire!s'ils veulent perdre leur chemise qu'ils continuent!sont ils seulement au courant des derniers plans compétivité?

le 19/11/2012 à 18:34
Signaler
oui et c'est là le problème ! insuffisants et inadaptés.

à écrit le 19/11/2012 à 17:42
Signaler
En sommes nous à l'emballement des taux? On parle dans la presse de décadence... on devrait dire mort économique programmée par les pouvoirs publics.

à écrit le 19/11/2012 à 17:16
Signaler
Les agences de notation sont très très gentilles avec la France qui a un déficit abyssal, un appareil étatique qui sclérose l'économie, l'entreprise. Il y a une risque énorme pour les investisseurs

le 19/11/2012 à 21:44
Signaler
110% du PIB comme dette, et 7% de deficit , c'est qui ? c'est qui ? c'est les USA que tu adores et achètes sans regarder ... Hummm Eleonore serais tu un peu à l'ouest ?

le 20/11/2012 à 10:21
Signaler
Sauf que les USA impriment des billets pour payé leur dette et exportent leur inflation pour pas que le dollar baisse... Donc ne t'inquiete pas, encore de beaux jours pour la dette us, en tous cas, tant que l'europe va mal, la dette us se portera bie...

à écrit le 19/11/2012 à 17:04
Signaler
Quand je regarde l'état de pays comme les US, UK, Japon avec leurs indicateurs de dette dans le rouge foncé. Je que nous sommes relativement pas trop mal, même si certaines réformes structurelles tardent toujours trop en France.

le 19/11/2012 à 17:13
Signaler
Ceux qui voient le plus leur dette s'accroitre sont les pays qui usent le plus de la planche à billets. Cherchez l'erreur...

à écrit le 19/11/2012 à 17:00
Signaler
marché se prépare à 'shorter' la France en 2013 que veut dire "shorter" la france

le 19/11/2012 à 17:30
Signaler
shorter = vendre ils shortent dans l'anticipation d'une baisse de la note française et donc de l'appétit des investisseurs pour la dette FR, donc une baisse des prix des obligations tricolores.

à écrit le 19/11/2012 à 16:50
Signaler
de toute façon on pourra pas rembourser

à écrit le 19/11/2012 à 16:37
Signaler
En attendant, force est de constater que la croissance a repris au dernier trimestre. Preuve que la politique économique de Sarkozy était une catastrophe, une fois de plus....

le 19/11/2012 à 16:52
Signaler
La croissance a repris au 3ème trimestre....On rêve !

le 19/11/2012 à 16:59
Signaler
En attendant, il y a eut une croissance du PIB, chose qui avait disparu sous le règne calamiteux de Sarkozy et de ses sbires d'arrivistes et de prétentieux.

le 19/11/2012 à 16:59
Signaler
Vous parlez de "croissance"? Vous faites erreur, seul les dépenses de l'état +0.4 % au 2eme et 3eme trimestre ont augmenté et soutenu cette "croissance" (0 % au dernier trimestre 2011 puis 0 % au 1er / -0.1 % 2eme trimestre /+0.2 % au 3eme et vous pa...

le 19/11/2012 à 18:34
Signaler
au risque de vous décevoir : 1) il y a souvent plusieurs trimestres de décalage entre mesures de compétitivité et retour de la croissance ; donc si retour à la croissance il y a au au 3ème trimestre, il serait d'avantage dû à la présidence Sarkozy ...

le 19/11/2012 à 19:16
Signaler
Il ne peut pas y avoir retour de la croissance, c'est une structure anesthésiée par l'Etat. Vous voyez le nombre d'entrprises exportatrices se réduit progressivement. De plus l'Etat plombe les ménages et les entreprises, 10 milliards, c'est un quart ...

à écrit le 19/11/2012 à 16:33
Signaler
Les investisseurs ont été échaudés par ces agences de notation depuis la crise des subprimes.

à écrit le 19/11/2012 à 16:29
Signaler
la france s'en sort car l'italie et l'espagne sont dans la merde. c'est ce qu'il faut retenir de l'article.

le 19/11/2012 à 18:41
Signaler
Si l'Italie est "dans la merde", ce pays est sur la voie d'un assainissement sans précédent de ses comptes et sortira plus fort qu'il ne le fut jamais au 21ème siècle. Dans la même période, la France finira par se trouver dans une situation similaire...

le 19/11/2012 à 19:22
Signaler
Je suis bien de cet avis, les fondamentaux de l'Italie sont bon, les notres sont mauvais... c'est la déroute de 40.

le 19/11/2012 à 21:48
Signaler
la dette Italienne c'est 120% du PIB , nous 90% et même si on a un an ou deux de retard pour avoir le même déficit structurel on y arrivera. Par contre les USA avec une dette à 100% du PIB et un déficit de 6,5% , c'est moins sûr.

à écrit le 19/11/2012 à 16:27
Signaler
la France actuelle devrait perdre le triple A !

le 19/11/2012 à 21:50
Signaler
Seuls les paradis fiscaux et les dictatures comme la Chine devraient pouvoir garder un triple A.

le 19/11/2012 à 22:24
Signaler
Quel rapport ????

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.