A Shanghai, dans un taxi Volvo, avec Erik Izraelewicz

Erik Izraelewicz, directeur du Monde et ancien directeur de la rédaction de La Tribune, est décédé mardi soir d'une crise cardiaque. Je l'avais rencontré il y a vingt-deux ans, à Shanghai.
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C'était il y a vingt-deux ans, en Chine. Nous dévalions dans un taxi Volvo les rues encore peu fréquentées de la nuit de Shanghaï. L'accident menaçait à chaque feu rouge brûlé sans le moindre doute par un chauffeur très habile, mais assurément dingo. Entassés sur la banquette arrière, nous étions terrifiés, nos éclats de rire ayant du mal à masquer la certitude que tout cela allait mal finir. Erik Izraelewicz n'en pensait certes pas moins, mais se contentait de sourire, ce qui était déjà pour lui la marque d'une profonde émotion.
Ma première rencontre avec Erik, donc. Il était à l'époque journaliste au Monde, j'écrivais moi dans une Tribune encore toute jeune. Il devait quitter Le Monde quelques années plus tard pour finalement revenir le diriger. Ce que j'ai fait, moi aussi, certes beaucoup plus modestement, avec La Tribune. Là s'arrête la similitude de nos histoires. Erik s'est passionné pour la Chine, y est revenu, je n'y ai malheureusement jamais remis les pieds.
Ce voyage avait été pour nous tous très déstabilisant. C'était le premier déplacement en terre chinoise d'une délégation française après le massacre de la place Tien an Men. François Périgot, président du CNPF, devenu depuis le Medef, la conduisait. Ses approximations, son amateurisme, nous avait amusés. Et agacé les industriels français installés depuis longtemps sur place. Les autorités nous avaient vanté la future ville nouvelle de Pudong, de l'autre coté du fleuve, où devait pousser une forêt de gratte-ciel. Sceptiques nous étions, un rien méprisants, même. On connaît la suite...
En réalité, nous n'avions pas bien compris ce qu'il était en train de se passer. L'escale de retour dans la vibrionnante Hong Kong aurait dû pourtant nous alerter.
Je me souviens de la réaction d'Izra (oui, on l'appelait Izra) lorsque je lui avais annoncé avoir envoyé un papier au journal pour publication le lendemain. Un « Ah bon » légèrement traînant, à peine étonné. Même si au « Monde », on s'estime parfois affranchi des contingences de la compétition, parce qu'après tout c'est « Le Monde » , il semblait s'être dit que peut-être aurait-il dû...Mais surtout ne rien montrer.
Il était comme ça, Izra. Nous n'avons jamais travaillé ensemble, nos tempéraments n'auraient probablement pas collé. Beaucoup disaient sa personnalité complexe, histoire de dire qu'il était difficile. Qui ne l'est pas dans notre métier ? Ou plutôt qui ne peut pas l'être? 

On se croisait de temps en temps. Chaque fois ou presque, nous reparlions de cette virée chinoise. « Ah oui, oui, c'était incroyable », osait-il. Un voyage qui nous avait un peu plus appris (de) notre métier. Je ne regrette pas de l'avoir fait avec Izra.

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Commentaires 11
à écrit le 28/11/2012 à 12:54
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Du grand journalisme !!!!

à écrit le 28/11/2012 à 9:05
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Cet article n'a absolument aucun intérêt. Il est mort , j ai pris le même taxi que lui il y a vingt ans; La belle affaire. Et de quelle couleur était ce taxi? combien avez-vous payé pour la course ? et qui a payé ? avez-vous partagé en deux avec "Izr...

le 28/11/2012 à 9:31
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si vous confondez article et éditorial, testimonial ou témoignage c'est que vous n'êtes pas très doué ! Ici c'est un témoignage, un souvenir nostalgique et ému d'un directeur de la rédaction de la même génération qui est triste. Si vous n'êtes pas ca...

le 28/11/2012 à 10:10
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Pardon de n'être "pas très doué" et de n'être "pas capable de comprendre" mais je persiste à penser que ce "témoignage, souvenir nostalgique et ému d'un directeur de la rédaction de la même génération qui est triste." n'a strictement aucun, mais aucu...

le 28/11/2012 à 10:18
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un "souvenir nostalgique et ému" ? vous, pour le coup, vous êtes doué pour voir l'émotion...là où il n'y a qu'auto-satisfaction nombriliste. Ainsi donc, mes compliments à l'auteur : réussir à parler autant de soi et si peu - et si pauvrement - du dé...

le 28/11/2012 à 16:33
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Les bras m'en tombent lorsque je lis certains commentaires, effectivement affligeants, pour reprendre ce merveilleux terme. L'actuel chef de file de La Tribune se fend d'un billet (publié à minuit) pour raconter le souvenir de son prédécesseur. Et ce...

le 28/11/2012 à 17:25
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bien d'accord avec vous

à écrit le 28/11/2012 à 1:31
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Un homme de valeurs (financières) et de convictions est parti. Cet ami des grands patrons n?a sans doute pas supporté les déchirements de l?UMP, qui lui ont fendu le c?ur. Le MEDEF perd un ami en même temps qu?un défenseur des valeurs libérales. Que ...

le 28/11/2012 à 3:34
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Quel commentaire de mauvais goût...

le 28/11/2012 à 8:03
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M. Duroux, Qu'un docteur en économie pondère ses idées de gauche, appréhende la réalité et valide la nécessité d'une dose de libéralisme dans tout système, a certainement de quoi vous énerver ! Votre laisse, la vôtre, est un tissu de dogmes et autres...

à écrit le 28/11/2012 à 1:04
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Beau témoignage

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