La gauche a-t-elle entendu le message des « Pigeons » ?

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Face la révolte des « Pigeons », certains élus de gauche se sont  réveillés, décidés à ne pas laisser l'opposition continuer à écorner leur image dans le domaine économique / DR
Face la révolte des « Pigeons », certains élus de gauche se sont réveillés, décidés à ne pas laisser l'opposition continuer à écorner leur image dans le domaine économique / DR (Crédits : Reuters)
Secoués par la révolte des entrepreneurs, le gouvernement et la majorité parlementaire ont compris la nécessité d'une meilleure écoute. Mais la confiance n'est toujours pas pleine et entière.Notre dossier spécial anniversaire des "Pigeons".

D'abord, il y a Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, dont les moulinets permanents ont agacé. Quand, dès son arrivée à Bercy, il vole au secours des industries en difficulté, rares sont ses interventions qui ne pointent pas du doigt les méfaits présumés des banquiers et des « méchants » capitalistes à la tête des multinationales, si différents des bons patrons de PME. Une posture politique pour asseoir sa popularité dans l'électorat ouvrier ? Sans doute.

Un jour, Arnaud Montebourg choque les investisseurs étrangers en dénonçant Mittal ou en interdisant le rachat de DailyMotion par Yahoo. Un autre jour, il se veut architecte, avec ses 34 plans pour les industries d'avenir, et réaliste, refusant de soutenir les « canards boiteux », tel Heuliez. Un jour noir, un jour blanc. Mais quelle est la ligne, se demandent, avec quelques arguments, les entrepreneurs inquiets de ces zigzags permanents ?

Les ravages des gaffes ministérielles

Coincée entre Arnaud Montebourg, son ministre de tutelle, et Matignon, qui ne veut pas froisser l'aile gauche du PS et les alliés Verts, Fleur Pellerin est sans doute la ministre la plus plébiscitée. Un effet positif des Assises de l'entrepreneuriat, qu'elle a menées à bien. Mais Fleur Pellerin peine à convaincre les chefs d'entreprise et les leaders patronaux interrogés par La Tribune. Sa capacité d'action est jugée trop faible. Ce qu'elle dit est bien, mais politiquement faible ; elle est inaudible.

La nouvelle cible est Benoît Hamon, le ministre de l'Économie sociale et solidaire. Avec son projet de loi sur la transmission, qui prévoit d'imposer un délai de deux mois avant la cession d'une petite entreprise afin que les salariés puissent déposer une offre, il provoque une levée de boucliers, surtout à la CGPME.

Au Parlement, au sein de la majorité, la révolte des « pigeons » a fait évoluer les mentalités

Quant à Sylvia Pinel, ministre du Commerce et surtout de l'Artisanat, sa volonté de limiter le régime de l'auto-entrepreneur lui a permis de réussir un tour de force : mécontenter tout le monde, à savoir les professionnels du bâtiment qui jugent son projet de loi trop timoré et le million d'auto-entrepreneurs recensés, qui se défendent bec et ongles, réunis sous l'appellation de « poussins ».

Au Parlement, au sein de la majorité, la révolte des « pigeons » a fait évoluer les mentalités. Dès son arrivée au perchoir de l'Assemblée nationale, conscient du handicap d'affection de la gauche auprès des chefs d'entreprise, son président, Claude Bartolone, a déclaré que la chambre basse du Parlement devait - enfin - s'ouvrir au monde entrepreneurial. Il veut mettre en place des clubs auxquels participeraient les députés, les chefs d'entreprise, le monde associatif, les chercheurs et les partenaires sociaux, clubs qui n'ont pas encore vu le jour...

« Notre déficit d'image auprès des entrepreneurs est en train d'être résorbé »

Dans la foulée de la révolte des « pigeons », certains élus de gauche se sont aussi réveillés, bien décidés à ne pas laisser l'opposition continuer à écorner leur image dans le domaine économique. Composé d'une dizaine de députés, dont deux sont chefs d'entreprise, le groupe « Entreprendre à gauche » a cette ambition.

« Chaque mois, nous nous entretenons et testons nos idées avec des entrepreneurs, des économistes, des responsables patronaux et syndicaux pour avancer sur les questions qui préoccupent nos entreprises », explique Laurent Grandguillaume, le député PS de la Côte-d'Or, l'un des chefs de file de ce groupe. « Notre déficit d'image auprès des entrepreneurs est en train d'être résorbé », assure-t-il.


>> DOSSIER SPÉCIAL "PIGEONS"

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