Qu'attendre de FUN, le Mooc public à la française ?

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Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a évacué toute idée de « Gosplan à la française » à propos de FUN. / DR
Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a évacué toute idée de « Gosplan à la française » à propos de FUN. / DR
"FUN", pour France université numérique, lancée ce lundi par Geneviève Fioraso. Cette plate-forme nationale recevra 12 millions d'euros via le programme d'investissements d'avenir. Reste à faire en sorte que les PME innovantes puissent s'intégrer dans ce mouvement...

Le gouvernement a donc lancé ce lundi FUN (France université numérique), sa plate-forme nationale de cours en ligne dont les premiers contenus seront disponibles en janvier 2014. Objectif de ce Mooc (Massive Open Online Course) : 100 % des étudiants disposant de cours numériques en 2017 !

L'annonce, le 2 octobre, par Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur, de cette initiative publique qui sera financée à hauteur de 12 millions d'euros dans le cadre du programme d'investissements d'avenir n'a pas manqué de provoquer de vives réactions.

Le Syntec Numérique, notamment, a dénoncé l'exclusion « de nombreuses start-up qui développent actuellement des plates-formes Mooc ». Les moyens mobilisés ont été aussi jugés insuffisants au regard des montants levés par les Mooc américains Coursera (65 millions de dollars) et edX (60 millions).

Les Mooc sont-ils une opportunité ou un défi pour la France ? FUN arrive-t-elle trop tard ?

« Je ne pense pas que l'initiative française intervienne tardivement, car le modèle des Mooc n'est pas encore clair. L'américain Coursera n'a pas encore de modèle économique bien arrêté et n'est pas encore rentable », explique Guillaume Miquelard-Garnier, maître de conférences au Cnam et cofondateur du groupe de réflexion l'Alambic.

Et les Mooc américains s'adressent pour l'heure en majorité à un public en formation continue.

Quoi qu'il en soit, FUN devra relever de multiples défis, à commencer par celui du modèle économique. Son financement sera porté par une fondation de coopération scientifique (FCS) et les Mooc des établissements feront l'objet d'appels à projets et seront « fondés sur des partenariats public-privé » qui associeront des start-up, précise à La Tribune la ministre de l'Enseignement supérieur, évacuant toute idée de « Gosplan à la française ».

Le maître d'ouvrage est la SSII Capgemini et les données seront hébergées par l'Inria, mais FUN s'appuiera en fait sur la technologie d'edX, elle-même portée par Google...

« La solution OpenEdX a l'avantage d'être ouverte et pérenne. Par ailleurs, Google porte nombre de portails d'universités et personne ne trouve rien à y redire », nuance Yves Epelboin, chargé de mission sur les Mooc auprès du président de l'université Pierre et Marie Curie.

Ce choix est d'ailleurs « non définitif », précise le ministère, qui souhaitait avant tout « donner une impulsion au niveau national ».

Certaines universités américaines "freinent"

Cela dit, « un Mooc n'est pas gratuit », prévient Ludovic Legris, senior manager éducation chez Kurt Salmon. Pour les établissements, un tel projet implique des charges en matière de conception des cours, de ressources humaines :

« De 6 à 8 heures de cours nécessitent entre 50 et 150 jours de travail, soit 20.000 à 40.000 euros », détaille Ludovic Legris, sachant que les Mooc américains coûtent de 100.000 à 200.000 dollars.

La ministre a promis la création de 500 emplois sur cinq ans.

Cela sera-t-il suffisant ? « Beaucoup d'universités vont rencontrer des difficultés par manque de ressources humaines », prévoit Yves Epelboin.

Pour les opérateurs, trois modèles économiques coexistent : l'hébergement, comme edX ; la « Mooc agency » avec un positionnement éditorial, telle FUN, où l'on peut imaginer que les établissements paient la prestation de services à terme ; et enfin, le « freemium », tel Coursera, gratuit, mais dont les enrichissements sont payants et qui revend une partie des données personnelles des étudiants aux recruteurs (une solution que le Syntec Numérique souhaite voir débattue).

Pour l'heure, FUN se fonde sur un modèle gratuit-gratuit qui, selon Ludovic Legris « devrait évoluer dans la durée avec, par exemple, la facturation de services ». Les établissements pourront gagner ainsi en visibilité et développer leurs offres de formation continue, rémunératrices. Le modèle économique est donc appelé à évoluer.

« L'innovation n'en est qu'à ses débuts et il faut donc essayer de maintenir le plus ouvert possible les choix. Beaucoup de start-up ont démarré des projets de Mooc et FUN leur coupe l'herbe sous le pied », réagit Bernard Ourghanlian, président du comité e-éducation du Syntec Numérique, qui souhaite une concertation.

La question est de savoir « comment faire en sorte que les PME innovantes puissent s'intégrer dans le mouvement ».

Autre question, celle des droits d'auteur des enseignants-chercheurs et de la financiarisation des certifications obtenues via le Mooc. L'avenir dira quels modèles sont les plus pertinents sachant qu'outre-Atlantique, des universités, dont la motivation première reste la diminution des coûts et la réduction de la masse salariale, sont finalement en train de « freiner », encore peu convaincues, rapporte Yves Epelboin.

500 emplois seront créés en cinq ans dans les Mooc, a promis la ministre.

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Commentaires
a écrit le 29/10/2013 à 14:35 :
40.000 euros / 150 jours : 266 ? par jour ... Les consultants ne sont pas très chers chez Kurt, ou les journalistes de la Tribune ne savent plus compter ? Vite un MOOC sur la règle de trois !

Extrait : "De 6 à 8 heures de cours nécessitent entre 50 et 150 jours de travail, soit 20.000 à 40.000 euros », détaille Ludovic Legris, senior manager éducation chez Kurt Salmon.
Réponse de le 15/05/2014 à 17:26 :
Je suppose que c'est 150 jours de travail, pour avoir un cours de 8 h sur le Mooc.
Il faut compter la planification et la conception des cours et , la mise en place sur la plateforme choisie, l'enregistrement des vidéos, etc...
Un Mooc demande bcp de travail et un grand investissement personnel et financier.
a écrit le 29/10/2013 à 12:44 :
Et que coûteront les mises-à-jour en fonction de l'évolution forcément interactive de ces types d'enseignements en ligne ?
L'idée d'une démocratisation (que pour ceux se la payant) inévitable des enseignements sur le web est bonne. Mais elle devrait être simplifiée à tous niveaux. Car la plupart des gens n'ont nul besoin d'un bagage approfondi en une seule discipline (élitiste et trop hermétique), et ont bien plus besoin d'un survol de toutes connaissances permettant de tout comprendre et se sentir à l'aise pour décortiquer n'importe quel domaine estimé passionnant et utile.
Cela passerait par des résumés clairs des matières exposées sur le web !

Ainsi, l'enseignement du futur sera plus clair, accessible au maximum de cursus scolaires, UTILE..., enfin réellement pragmatique..., plus tant à chapelles ne menant nulle part ! Quel changement, surtout en France !
a écrit le 29/10/2013 à 8:59 :
POURQUOI NE PAS CREES UN FICHIER NATIONAL DES INNOVATEURS RECHERCHANT DES CAPITAUX POUR INVESTIRS A LHEURE D INTERNET TOUS EST A INVENTE???

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