Le gouvernement abandonne-t-il les pôles de compétitivité ?

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Bercy envisage de réduire de 30% en moyenne les crédits d'animation des 71 pôles de compétitivité
Bercy envisage de réduire de 30% en moyenne les crédits d'animation des 71 pôles de compétitivité (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Les 71 pôles de compétitivité verront leurs crédits d'animation versés par l'Etat réduits de 30% en moyenne, selon nos informations. Les pôles régionaux devraient être les plus touchés.

L'austérité signe-t-elle l'abandon par l'Etat des pôles de compétitivité? La question se pose depuis le 16 octobre, date à laquelle la Direction générale des entreprises (DGE), dépendante de Bercy, a précisé par écrit aux 71 pôles de compétitivité que les crédits d'animation versés par l'Etat seront réduits de 30% en moyenne en 2015.

En moyenne ? Selon nos informations, les pôles à vocation mondiale verraient cette dotation réduite de 10%. Pour les pôles à dimension régionale, le choc pourrait être bien plus rude puisqu'elle pourrait être diminuée de 50% !

Or, en coupant les vivres des structures et des équipes qui animent les pôles et qui définissent leur pilotage stratégique, Bercy risque de les faire péricliter.

Deux critères retenus par Bercy

Bercy a retenu deux critères pour mener ses arbitrages : "le nombre de projets de R&D labellisés par les pôles et sélectionnés par les principaux guichets nationaux sur les dernières années et le taux de financement public du pôle, témoins de la bonne mise en œuvre de deux principes qui ont présidé à la mise en place de la politique des pôles de compétitivité", explique la DGE dans un courrier adressé aux présidents de pôles et dont La Tribune s'est procurée la copie.

Des montants en jeu assez faibles

Quelles sont les sommes en jeu ? Elles sont faibles. Chaque année, la Direction générale des entreprises, l'ex-Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS) accorde environ 16 millions d'euros de crédits d'animation aux pôles de compétitivité, sur une enveloppe globale d'environ 25 millions d'euros pour ce poste. Un montant comparable est versé par les régions. Est-ce le fruit d'une politique générale ? Même pas. La ligne de crédit versée par la Direction générale de l'armement (DGA) n'est pas réduite.

"Avec cette manœuvre, motivée par la volonté de réduire la dépense, le gouvernement commence le transfert de la gestion budgétaire mais aussi des compétences des pôles aux Régions. Mais les collectivités territoriales n'ont plus un sou ! Or, sans animation, les pôles de compétitivité n'existent plus", explique une source proche du dossier.

Or, cette animation était déjà considérée comme le parent pauvre du soutien de l'Etat aux pôles. En 2009, deux rapports du Conseil économique, social et environnemental et du Sénat constataient déjà la faiblesse des crédits d'animation, crédits que les deux institutions souhaitent sécuriser et augmenter ! "Ces données [fournies par les pôles de compétitivité] expliquent que le Conseil économique et social ait estimé que les moyens [des pôles] restent insuffisants ». La faiblesse des budgets de fonctionnement conduit à ce que les équipes d'animation des pôles de compétitivité sont elles-mêmes particulièrement réduites. (...) Ces données confirment celles évoquées par le Conseil économique et social qui estimait que, en moyenne nationale, ces structures comptent trois ou quatre personnes pour un budget de fonctionnement de 650.000 euros par an.(...) Le faible nombre de salariés permanents conduit d'ailleurs nombre de pôles de compétitivité à fonctionner essentiellement grâce au bénévolat", avançait le rapport du Sénat.

Or, depuis la publication de ces rapports, les crédits d'animation n'ont pas progressé. Et c'est la modestie des structures et des équipes qui a notamment permis à l'ensemble des pôles d'afficher jusqu'ici des budgets annuels régulièrement équilibrés.

Trouver d'autres ressources financières

Selon nos informations, les Régions ont assuré aux responsables des pôles qu'elles pourront maintenir leurs efforts en direction des pôles en 2015. Et après ? Les pôles de compétitivité devront trouver des ressources financières ailleurs.

Plusieurs pistes sont envisageables, notamment en attirant des fonds européens. Certains pôles ont commencé à multiplier les lignes de revenus en commercialisant des services jusqu'ici gratuits à leurs adhérents, en se lançant dans l'événementiel...

"Il est normal et logique que l'Etat demande aux pôles de faire la preuve de leur capacité à créer de la valeur ajoutée, à la monétiser, et donc, in fine, à s'autofinancer. C'est en partie l'objet de la phase 3 des pôles qui s'étend de 2013 à 2018. Mais cette phase ne fait que commencer ! Au regard des montants en jeu, et des conséquences catastrophiques que leur réduction peut entraîner, il aurait été plus sage de lisser cet effort sur quelques années", estime un expert du dossier.

Concrètement, cette troisième phase oriente l'action des pôles de compétitivité vers les produits et services à industrialiser. Objectif ? Accroître l'impact économique des pôles, pour davantage de croissance des entreprises et plus d'emplois.

"Tout le monde comprend et s'accorde sur la nécessité de réduire la dépense publique. Mais, si elle était maintenue, cette décision fragiliserait l'animation des pôles et donc leur dynamique même. Concrètement, au titre de la rationalisation budgétaire, on casserait un outil qui contribue à créer de la richesse en France. Quel paradoxe!", estime Jean-Luc Beylat, le président de l'Association française des pôles de compétitivité et du pôle francilien Systematic.

Plus de 1.200 projets de R&D cofinancés depuis 2005

Pour mémoire, créés en 2005 par Dominique de Villepin, alors Premier ministre, les 71 pôles de compétitivité ont permis au 1er janvier 2014, via le Fonds unique interministériel, de cofinancer 1.264 projets de R&D collaboratifs issus de la dynamique des pôles. Ces projets représentent près de 5,8 milliards d'euros de dépenses de R&D, pour un soutien financier public de 2,3 milliards d'euros dont 1,4 milliard d'euros par l'État.

Quant tombera le verdict ? A priori, en décembre, une fois les arbitrages réalisés et le volet dépenses du projet de loi de finances 2015 voté par le Parlement.

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Commentaires
a écrit le 31/10/2014 à 10:10 :
A quand des recettes pour ces pôles de dépenses publiques ?
a écrit le 31/10/2014 à 7:29 :
Combien d'élus en France savent ce qu'est une entreprise ?
Seule l'administration a une croissance pérenne.
a écrit le 30/10/2014 à 20:39 :
La politique de la recherche actuelle est désastreuse : on crèe beaucoup de machins administratifs avec beaucoup de personnel administratif qui coute cher : Comue, ANR, PRES, etc, avec des secrétaires généraux, président, directeurs de cabinet etc. On fait des rapports, des demandes de financement, etc. Mais par contre on n'a plus d'argent pour payer des chercheurs !!! Et ceux qui reste, on leur demande de passer leur temps à faire des demandes de financement et de remplir des documents d'évaluation !!! Plus le temps de faire de la recherche !!!! Et plus d'argent pour le matériel et l'emploi des chercheurs !!!
Réponse de le 01/11/2014 à 16:40 :
Vous n'avez qu'à trouver plus vite. CQFD
a écrit le 30/10/2014 à 18:15 :
Les Poles de Compétitivité, c'est comme le CIR et le CICE, ce sont des machins trucs bidules almabiqués, brouillons, approximatifs, et in finé inutile ;
Il faut arrêter toutes inventions énarquiennes toutes plus stupides les unes que les autres.
Le besoin des entreprises ne réside pas dans les aides ruineuses à fonds perdus, mais dans l'apport de fonds propres en capital ...
Réponse de le 31/10/2014 à 8:56 :
100% d'accord avec votre remarque. Pôles de compétitivité, emplois d'avenir(sic) (pour "jeunes" illettrés comme dirait le bon docteur Macron), internats d' excellence (sic)... cela n'est que communication politique creuse faute d'action. Que l'Etat remplisse en priorité ses missions régaliennes et laisse enfin la liberté aux personnes et aux entreprises.
a écrit le 30/10/2014 à 15:59 :
Pour avoir, en début d'année, pris contact et rencontré un responsable du pôle "Eurasanté" pour un projet médical innovant, je ne suis guère surpris que décision ait été prise de réduire notablement les crédits d'animation. Manque de suivi et de compétences sont en effet deux caractéristiques qu'il m'a été donné d'observer. Il n'est donc pas étonnant que les auteurs de projets innovants partent à l'étranger.

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