Le Grand Paris, une métropole de techniciens sans vision politique

Une métropole frileuse, technicienne et sans vision politique. Frédéric Gilli, économiste et chercheur sur le Grand Paris, mène des enquêtes avec l’agence Campana Eleb Sablic où il est directeur. Pour lui la nouvelle loi sur le Grand Paris étouffe tout espace politique pour débattre d’un projet métropolitain et reste à des encablures des fortes attentes des habitants et des enjeux de la transformation des territoires

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On ne sait pas quelle métropole on veut, la question n'a toujours pas été tranchée, observe Frédéric Gilli.
"On ne sait pas quelle métropole on veut, la question n'a toujours pas été tranchée", observe Frédéric Gilli. (Crédits : reuters.com)

La Tribune. Le gouvernement vient de produire un amendement actuellement en débat au Sénat qui définit la manière dont il souhaite organiser la métropole du Grand Paris. Les 25 pages de ce texte vous paraissent-elles répondre enfin aux enjeux ?

Frédéric Gilli : Cet amendement atteint un tel degré de complexité que, même si je suis plutôt armé intellectuellement sur le sujet, je n'arrive pas à comprendre les effets qu'il pourrait avoir. En matière de redistribution notamment. Cette loi, pour être à la hauteur, devrait répondre aux besoins de redistribution entre les territoires et aux besoins de péréquation entre les services publics. Je suis tout à fait conscient que cela ne peut pas se faire rapidement et facilement tant les disparités fiscales sont énormes. Mais on pourrait au moins fixer un objectif de réduction des écarts de taxations sur une dizaine d'années. Il n'y a rien dans le texte. Qu'on ne s'intéresse pas aux considérables inégalités acquises peut éventuellement se comprendre. Mais pour l'avenir ? La convergence fiscale, la vitesse de convergence, l'objectif même de convergence, je ne les vois pas. Pas plus qu'un objectif sur les services publics. Même l'exposé des motifs n'en parle pas. Au nom de quelles valeurs construit-on alors cette métropole?  Personne ne peut comprendre que le législateur et les élus locaux cherchent avec cette loi.

Pour vous, il n'exprime aucune vision politique de la métropole ?

On ne sait pas quelle métropole on veut, la question n'a toujours pas été tranchée. Logiquement une loi devrait mettre en place un cadre métropolitain dans lequel les politiques pourront ensuite se déployer. On pose les fondations et après on voit comment on vit dans la maison. Et dans ce cadre, aux élus de mener campagne en 2020 sur leur vision de la métropole. Savoir si l'on souhaite une métropole libérale ou une métropole solidaire c'est de la politique, cela ne relève pas de l'institution. Mais avec le cadre actuellement proposé par la loi, je n'arrive pas à comprendre comment on va pouvoir faire de la politique. On est arrivé à un niveau de détails techniques tel qu'en 2020, il n'y aura aucune place pour un débat politique métropolitain, aucun débat de projets. On ne voit pas naître cet espace politique et démocratique où pourra se poser la question du projet métropolitain, alors que cela devrait l'enjeu de la loi.

Mais cette métropole est-elle vraiment un enjeu pour les citoyens ?

Bien évidemment. Ce sont les élus qui disent que la métropole n'intéresse pas les gens. Ce n'est pas vrai. Les élus n'en parlent simplement pas à leurs électeurs. Toutes nos enquêtes montrent que le Grand Paris fait débat chez les citoyens. Les habitants viennent systématiquement sur cette question de la métropole, car ils ont parfaitement conscience de la dynamique qu'elle va engendrer. Certes ils ne sont jamais très précis, ils parlent de ce qu'ils lisent ou entendent dans les médias. Mais ils ont parfaitement compris que leur territoire avait complètement muté, que sa croissance venait de plus en plus des ecosystèmes qui se créaient autour de Paris, qu'il était de moins en moins administré centralement par l'Etat et qu'il fonctionnait de manière de plus en plus horizontale. Nos enquêtes le montrent : les habitants savent que le développement du territoire vient de l'émergence de multiples polarités économiques ailleurs qu'à Paris. C'est à la marge de Paris, c'est en banlieue que se trouvent les territoires qui se transforment le plus vite et le plus radicalement. En plus on assiste une émergence d'une nouvelle génération d'élus et d'entrepreneurs avec une mentalité différente : la métropole est en train de s'horizontaliser complétement et elle est confrontée à la transformation de ses modes de gouvernement politiques et économiques. Les citoyens le voient parfaitement comme ils voient que les lieux changent

Le législateur est-il capable de comprendre ce changement?

Aujourd'hui c'est un peu une revanche de la banlieue. Mais ce n'est pas une revanche contre Paris. Or cette question du rapport Paris banlieue n'est jamais traitée, elle est taboue. Je rencontre constamment cette nouvelle génération d'élus et d'entrepreneurs qui ne sont plus dans la vieille logique de soumission à Paris. Ils ont grandi dans le Grand Paris et n'ont pas, chevillé au corps, 20 ans de vie politique dominés par la ville de Paris. Ce changement dans les rapports Paris-banlieue est aussi dans la tête des populations mais pas dans celle du législateur, pas dans les rapports politiques traditionnels entre territoires. Et cela complique tout. A tel point que l'on peut légitimement se demander si nous ne sommes pas en train de produire des cadres institutionnels imprégnés de méfiance alors qu'il faut justement la surmonter. Et qu'elle est déjà surmontée par beaucoup. La métropole doit être un espace où les gens se font confiance.

Les élus locaux sont-ils un frein au développement de cette métropole moins frileuse, plus ouverte et intégratrice ?

Pas seulement eux. Il est frappant de voir à quel point ce qu'il s'est passé depuis 2007 est symbolique de la crise institutionnelle politique en France. Toutes les institutions qui ont touché au Grand Paris se sont décrédibilisées. En 2007 cela a d'abord été le Président de la République qui dit vouloir révolutionner le Grand Paris .... et cela se termine par un métro. Un très beau discours mais in fine, un métro. En 2012 le Président suivant, ayant compris que la capacité pour le locataire de l'Elysée de transformer les choses était faible,  donne le bébé aux élus locaux et leur demande un livre blanc. Les élus locaux s'en révèlent incapables. Faillite également. Le gouvernement reprend la main mais son texte est refusé par le Sénat. Le gouvernement fait preuve de son incapacité à transformer les choses, et le Sénat tout autant, puisqu'il renvoie une page blanche. Les députés proposent alors un nouveau texte et le votent. Ce texte c'est précisément celui qu'aujourd'hui on est en train de déconstruire méthodiquement. Sur ce seul dossier en quelques années on a épuisé la légitimité à porter une politique de transformation du Président de la République, du gouvernement, du Parlement et des élus locaux. Est-ce que la classe politique est encore capable de transformer durablement l'organisation publique ? Toute seule, elle n'y arrive pas. Peut-être va-t-elle devoir songer à mettre les habitants dans la boucle ....

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Commentaires 14
à écrit le 21/01/2015 à 15:58
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Un métro c'est déjà ça et c'est concret au moins.

à écrit le 19/01/2015 à 8:09
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une antite adminstrative de plus tout comme les regions on vas avoir encore plus de de taxes pour subvenir a cette administration

le 19/01/2015 à 11:56
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Pour rappel, la métropole du grand paris va prendre la place de toutes les intercommunalité de la petite couronne et également des départements. on se retrouve donc avec un échelon de moins qu'ailleurs.

à écrit le 16/01/2015 à 19:52
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Ce projet de grand Paris est le fait de mégalomanes qui quand ils sont en face de la réalité tombent dans le lilliputien ultratecnique et inconcrétisable:échec annoncé à nouveau!Par ailleurs aucune évaluation sérieuse des couts ce qui explique que le...

le 19/01/2015 à 12:08
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Je passe rapidement sur vos élucubrations concernant l'appartenance religieuse du maire de Rotterdam pour vous rappeler la liberté de culte en France. Sinon l'ile de France produit près d'un tiers de la richesse nationale annuelle, la productivité d...

à écrit le 16/01/2015 à 14:22
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le mille feuille administratif ne produit plus que du bruit, de la complexité et des dépenses supplémentaires. L'administration ne vit plus que pour elle-même. Même un expert n'y comprend plus rien! Seule certitude, les impôts et la dette vont enco...

à écrit le 16/01/2015 à 11:29
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C'est simple. Comme tout projet purement politique, il n'est pas mis en oeuvre pour une quelconque vision à 50 ou 100 ans mais pour opacifier un peu plus le système et rendre la recherche de "prise illégale d'intérêt" ou "détournement de fonds public...

le 16/01/2015 à 12:20
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Tous des traitres et des incapables !

à écrit le 16/01/2015 à 9:53
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Regardez actuellement Paris et Banlieues , il suffit de rajouter des métros , Et l'on sera dans même marasme , rien aura changer à par le nom . Plutôt s'interroger pourquoi certains politiques s'accrochent à ce projet .

le 19/01/2015 à 12:23
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Parce justement les solutions politiques actuelles sont inadaptés : le PLU détenu par les maires ne permet pas de densifier (comme on dit : maire bâtisseur = maire battu) et donc de baisser le prix de l’immobilier et donc de rendre du pouvoir d'achat...

à écrit le 16/01/2015 à 9:49
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"vision politique" est aujourd'hui un oxymore.

le 16/01/2015 à 13:12
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Pas de "Gros mots".... vous risqueriez d'être incompris..!

à écrit le 16/01/2015 à 9:26
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Très bon constat.C'est un sujet intéressant et même potentiellement passionnant pour les Franciliens, mais les élus l'ont rendu illisible, techno au possible bref assez repoussant. Le pire c'est que je ne vois pas trop les habitants se saisir du dos...

le 16/01/2015 à 19:56
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Lire mon commentaire s'il est publoé plus développé mais qui v dans le meme sens que tous les autres:ce projet est aberrant!

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