Le secteur du bâtiment et des travaux publics, victime collatérale de la réforme territoriale ?

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Rien ne va plus dans le secteur du BTP
Rien ne va plus dans le secteur du BTP (Crédits : Reuters)
Le 1er janvier 2016, la France comptera 13 régions, contre 22 aujourd'hui. En attendant cette échéance, cette modification de la géographie administrative de la France, est-elle de nature à stimuler ou à freiner l'activité économique ? Le secteur du bâtiment et des travaux publics est inquiet.

Le compte à rebours a commencé. Le 1er janvier 2016, la France ne comptera plus 22 régions mais 13. Avec cette réforme, le gouvernement espère faire une pierre deux coups : créer des régions plus fortes économiquement capable de rivaliser avec les Länder allemands, tout en simplifiant leur gouvernance, ce qui permettrait aux collectivités territoriales de réduire leurs coûts de fonctionnement.

En attendant cette échéance, existe-t-il un risque que les régions actuelles soient paralysées dans le domaine économique ? La question se pose. Elle continuera à se poser tant que les responsabilités dans le domaine économique des prochaines régions n'auront pas été précisées. A condition qu'une collectivité ait les capacités financières de lancer un projet d'investissement, ce qui, compte tenu de l'état actuel des finances publiques de la plupart d'entre elles, est assez rare, quel élu prendra-t-il le risque de lancer un projet d'infrastructure d'importance ?

" Tant que les compétences économiques exactes des nouveaux territoires n'auront pas été précisées, le risque d'inertie est très élevé ", avançait jeudi Michel Didier, le président de l'institut COE-Rexecode, invité des Matinales des travaux publics organisée à la Fédération nationale des travaux publics (FNTP).

Certes, en mettant fin à la clause de  "compétence générale", le projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République - dite " loi NOTRe " -  actuellement débattue au Parlement confie de nouvelles compétences aux régions dans le domaine du développement économique, de l'attractivité, du développement des territoires et de l'emploi. Certes, les régions pourront adopter des " schémas prescriptifs " garantissant la cohérence des actions menées par les différents niveaux de collectivités pour le développement économique et l'aménagement du territoire qui seront financées par une adaptation de la fiscalité. Mais qui prendra le risque d'agir avant le 1er janvier ?

Suppression des départements : l'exécutif déjugé ?

Par ailleurs, le flou existant sur l'avenir des départements vient ajouter à la complexité du dossier. Le Sénat a en effet décidé de laisser aux départements la gestion de la voirie départementale, des collèges, des transports scolaires tout en reconnaissant aux Régions un rôle de chef de file en matière de politique économique. De fait, la suppression prévue en 2021 de l'échelon départemental n'est plus vraiment d'actualité, bien que François Hollande, le président de la République et Manuell Valls, le Premier ministre l'aient successivement annoncé.

" Il va en effet falloir clarifier tout ça. Tel qu'il se présente aujourd'hui après son passage au Sénat, le texte ne convient absolument pas aux Régions, et il dément la volonté et les engagements du Président de la République, du Premier ministre. Il faut un arbitrage clair. L'Association des Régions de France a d'ailleurs demandé à rencontrer le Premier ministre avant l'arrivée du projet de loi devant l'Assemblée nationale. Il faut un vrai texte de décentralisation, et que l'on sache réellement qui fait quoi ", déclare Alain Rousset, le président de l'Association des régions de France à La Tribune.

Le BTP est en panne

Pourtant, la construction et ,plus précisément, le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), auraient bien besoin d'une relance des commandes publiques. " La construction est un secteur clé dans notre économie, pesant pour 5% du PIB, 25% de l'investissement et plus de 5% de la population active en France. Or, elle représente également près d'un quart des faillites et sa situation semble se dégrader fortement depuis quelques mois. Sa sortie de crise est essentielle et requiert des mesures de soutien adaptées, pour à la fois relancer les grands travaux, les rénovations de logements et la construction de logements neufs", commente Nicolas Delzant chez Euler Hermes. Depuis 2012, ce sont environ 15.000 entreprises du secteur qui sont placées chaque année en redressement ou en liquidation judiciaire ou, plus marginalement, en procédure de sauvegarde.

Dans ce contexte, le climat des affaires est glacial. Si elle s'est légèrement améliorée entre octobre et janvier, la conjoncture reste très morose, conséquence logique de la chute des carnets de commande, qu'elle provienne du secteur public ou privé.

L'Union européenne à la rescousse ?

Le plan de relance de d'investissement annoncé par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, peut-il prendre le relais ? Rien n'est moins sûr. La mise en place de ce plan, dont on devrait connaitre les détails en juin, prendra du temps. En concurrence avec ceux portés par ses voisins européens, les projets que présentera la France devront séduire la Banque européenne d'investissement (BEI) en charge de la sélection. Enfin, les investissements d'infrastructures ne seront pas les seules priorités du plan Juncker. Les réseaux d'énergie, les, télécommunications et les réseaux numériques à haut débit sont également dans son viseur.

" En attendant une éclaircie conjoncturelle, les réseaux d'infrastructures se dégradent. Il va bien falloir investir pour entretenir nos routes, nos voies ferrées. La qualité de nos infrastructures est citée au premier rang de nos atouts par les investisseurs étrangers. Il ne faut pas céder de terrain dans ce domaine ", prévient Bruno Cavagné, le président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP).

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Commentaires
a écrit le 02/02/2015 à 8:45 :
A mon avis, il va falloir construire des palais en plein désert, à mi chemin des ex-capitales régionales, dans un souci d 'égalité !!! et une foule de bureaux annexes, pour soutenir administrativement ces nouveaux palais ( bâtis écologiquement !!!)...
des routes , des gares routières pour les autocars, des hotels des restaurants... etc des agences de presse ....une bénédiction pour le BTP et quoi pour nos impôts ?????
a écrit le 01/02/2015 à 15:52 :
Pratiquement ,le bâtiment est à l'arrêt à cause des Politiques.
Le cas en Id F est flagrant.
Tous les maires de Droite ont stoppé les chantiers.cf M. Pecresse,et son rassemblement.
Pour fayoter,les Elus de Droite non concernés par le Grand Paris,comme en Val d'oise en ont fait autant,cas Argenteuil.,alors que cette ville,véritable caricature du 18 eme siècle et de la période communiste Staline a le plus besoin de logements
alors ,qui font ces Elus,Falots,inconséquents,irresponsables,qui font vivre à leurs sujets ,la terreur des seigneurs du temps jadis???
Réponse de le 01/02/2015 à 16:04 :
Les entreprises du bâtiment doivent maintenant rechercher une clientèle privée, ce sera plus sain...
a écrit le 01/02/2015 à 12:14 :
Le bâtiment est en berne, mais aussi le PMI alors qu’il est positif ailleurs. On oublie le hors bilan, le déficit à 85 par an, on parle suppression d’allocations jeunes, on oublie les plans sociaux 2015… combien de pré-retraites pour les boomers quand on compte près de 6 millions de chômeurs ? On oublie les toxiques, combien y en a-t-il ? On oublie la chute de production et de consommation de viande, on fait de la malbouffe ? Pour la croissance, on stagne depuis 2008… à quand une application des traités Lisbonne sur la compétitivité et la r&d en entreprise et Maastriche avec le remboursement de la dette ? Que penser d’un modèle qui fait 40 ans sous la moyenne ? A quand le redressement de la balance des paiements qui se dégrade ? Et les prix du logement c’est du pouvoir d’achat ? On fait dans la vieille Europe de l’incurie en termes de croissance et rejet de 60% des diplômés. Après les machines, quelle filière filerons-nous à nos voisins ? On joue à Gaston avec un bilboquet et un casque à pointe ? Aurons-nous une politique industrielle alors que la part se réduit ? Pour l’export on nous annonce que nous faisons moins bien que nos voisins, y aura-t-il révision du portage ou embauche de fonctionnaires d’export ? On entend dire que l’on importe pour 20 milliards de gazole, alors on ne sait pas raffiner ? N’est-ce pas un dysfonctionnement de l’Etat ? Et comme emploi d’avenir aurons-nous des ingénieurs limeurs de quais ? Pour l’effacement des dettes, effacerons-nous celles de la France, de l’Italie… et pour le déficit doublerons-nous les impôts ? Si on fait une charrette de pré-retraite, aurons-nous une charrette de représentants locaux ? Si on voit des mouvements nouveaux au sud Europe, à quand une protestation nationale avec une législative à près de la moitié d’abstention ? A quand préfon pour la population ? Et pouvez-vous commenter les publications qui disent un besoin énergétique de 40% en plus et qui parlent de réduire les watts de 600 Mw 400 Mw ?
a écrit le 01/02/2015 à 9:35 :
La baisse des dépenses publiques ne concerne pas que les fonctionnaires. Il est évident qu'il faudra réduire drastiquement les achats externes et se demander un peu plus ce qu'ils rapportent. Bon nombre d'infrastructures devront être payées par les gens qui souhaitent les utiliser ce qui laisse place à une économie privée. Pour le reste, il faudra se recentrer sur les priorités c'est à dire les besoins vitaux des personnes (couverts par transferts dans les budgets publics).
a écrit le 01/02/2015 à 8:41 :
Pour le bâtiment, il faut redonner la main aux investisseurs privés.....c'est tout. Mais avec des avantages......
Réponse de le 01/02/2015 à 16:05 :
Pourquoi des avantages ?

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