Loraine Donnedieu de Vabres : "ce qui est sûr, c'est que le masculin a failli"

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Avocate à la Cour, Loraine Donnedieu de Vabres-Tranié est l'une des rares femmes à la tête d'un cabinet d'avocat de renom. Associée-cogérante du cabinet JeantetAssociés, où elle est entrée en 1985, cette spécialiste du droit de la concurrence, mère de sept enfants, a reçu la médaille de chevalier de l'Ordre national du mérite des mains de Christine Lagarde, ministre de l'Économie.

Loraine Donnedieu de Vabres, vous êtes avocate à la Cour. Croyez-vous que la crise nous fasse entrer dans un monde nouveau ?

Chaque millénaire engendre des mouvements profonds de la société et des peurs. Ce que nous vivons n'est pas une crise comme celle de 1929, c'est une mutation profonde, une transformation complète à l'échelle planétaire, une révolution technologique. Le monde nouveau, c'est celui de nos enfants. Où vont-ils travailler ? Dans quelle partie du monde ? Dans quel secteur d'activité ? La vraie nouveauté, c'est d'inclure dans notre horizon les pays émergents. Tout en assistant, ce n'est pas incompatible, à la résurgence des identités. Nous vivons une redistribution des cartes, à l'échelle de la planète, entre les pays qui détiennent la finance, le savoir et les ressources naturelles. Cela peut engendrer des comportements de repli protectionniste. Face à des opinions inquiètes, les États mettent en place des filets de sécurité, pour défendre les entreprises et les secteurs stratégiques.

Cette crise a démarré par la finance. C'est la crise d'un monde d'hommes ?

Ce qui est sûr, c'est que le masculin a failli. La preuve ? On a édité un amusant jeu de cartes intitulé « Financial Crisis Most wanted » avec la photo des acteurs de la crise : il n'y a là que des hommes ! Cette crise a été celle de l'endettement, de l'effet de levier. On a investi de l'argent que l'on n'avait pas en espérant se couvrir sur les gains futurs. C'est l'inverse de la stratégie de la « ménagère ». Jamais une femme ne va jouer avec l'argent qu'elle n'a pas. C'est une question génétique : l'homme est dans l'instant, la femme dans la durée. Pour avoir vraiment un monde nouveau, il faut donc donner plus de pouvoir aux femmes. Ce sont d'ailleurs des femmes qui ont joué un rôle clef dans la gestion de la crise : Nelly Kroes, la commissaire européenne à la Concurrence, qui a su monter en urgence des dispositifs d'aides publiques aux banques ; Angela Merkel, la chancelière allemande, réélue magnifiquement ; Christine Lagarde, notre ministre de l'Économie, dont plus personne ne conteste la légitimité et qui connaît une trajectoire spectaculaire. Pour l'instant, les acteurs du monde de la finance, des hommes, ne rêvent que de refermer la parenthèse et revenir au « business as usual ». De ce point de vue, je me demande si les banques ne remboursent pas trop vite les aides d'État... Le rapport McKinsey a montré en 2007 le lien entre la présence de femmes dans les conseils d'administration et la performance des entreprises. L'aversion au risque, la préférence pour le long terme contre la spéculation financière à court terme est un caractère féminin. Il y a trop peu de femmes à la tête de notre système économique. Mon sentiment, c'est que plus de mixité ne ferait pas de mal aux milieux financiers. Je suis mal à l'aise avec l'idée d'une loi. C'est surtout une question d'éducation, de responsabilité des femmes, aussi.

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Commentaires
a écrit le 25/12/2009 à 11:35 :
Emprunter pour rembourser avec les gains futurs, c'est aussi se projeter dans l'avenir. C'est ce que font les ménages pour se loger, les états ... Une aversion au risque exagérée est aussi dommageable
a écrit le 13/11/2009 à 14:17 :
Les femmes sont des hommes comme les autres. Elles aussi aiment le pouvoir, la puissance, la force et méprisent le faible, le perdant... Ainsi est la nature humaine: Détestable. Ne sommes-nous pas finalement de grands singes parlants, des brutes sous des apparences de velours. Hypocrites et vains. La coupe est pleine...

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