L'Irlande sauvée in extremis, le Portugal et l'Espagne à leur tour sur la sellette

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L'objectif est d'éviter que les inquiétudes sur la dette irlandaise ne se portent ensuite sur d'autres pays confrontés à d'importants déficits budgétaires, tels que l'Espagne et le Portugal, au risque de déclencher une crise de toute la zone euro. Les deux pays de la péninsule ibérique démentent vivement avoir besoin d'une quelconque aide.

L'aide de l'Union européenne à l'Irlande peut apaiser les marchés à court terme mais elle ne devrait pas les empêcher de contraindre le Portugal à réclamer à son tour une assistance de l'UE, sauf si une solution plus générale est rapidement trouvée pour tous les pays de la zone euro.

Le Portugal "n'a besoin d'aucune aide" pour surmonter ses difficultés financières, a en tout cas déclaré ce lundi le Premier ministre José Socrates, affirmant qu'"il n'y a aucun rapport entre le Portugal et l' Irlande". "J'entends beaucoup parler du FMI. Le pays n'a besoin d'aucune aide, ce dont il a besoin, c'est de faire ce qu'il a à faire, d'approuver le budget. Ce dont le pays a besoin, c'est de l'aide des Portugais", a insisté le chef du gouvernement. "J'espère que le fait que l' Irlande fasse appel au fonds de l'Union européenne va permettre de normaliser la situation sur les marchés, car le Portugal subissait un effet de contagion très net", a encore dit le Premier ministre. "Le Portugal n'a aucun problème avec son système financier. Le Portugal n'a jamais eu de bulle immobilière et nous avons une situation budgétaire sans comparaison" avec l' Irlande.

Côté espagnol, la ministre de l'Economie Elena Salgado a déclaré ce lundi sur la radio publique que le pays n'avait "absolument pas" besoin d'un plan d'aide de la zone euro. "Quand on compare avec l'Irlande, le principal élément est que notre secteur financier est solide. Non seulement les "stress tests" l'ont montré, mais nous avons créé un fonds pour permettre la fusion des caisses d'épargne, duquel seulement 11 milliards d'euros ont été pris", a-t-elle souligné. Dans le cadre de son plan de consolidation du secteur bancaire, très affecté par l'éclatement de la bulle immobilière, l'Espagne a favorisé la fusion de plusieurs caisses d'épargne non cotées. Le Fonds de restructuration ordonnée de banques (Forb) a consacré environ 11 milliards d'euros à ces opérations.

Sur le marché des changes, l'euro a accentué en tout cas sa baisse face au dollar ce lundi, la décision de l'UE et du FMI d'attribuer une aide financière à l'Irlande ne calmant pas les craintes d'une contagion de la crise au sein de la zone euro. Vers 18 h, l'euro valait 1,3614 dollar contre 1,3673 dollar vendredi soir, après avoir atteint 1,3786 dollar lundi matin, son niveau le plus élevé depuis le 11 novembre. Mardi dernier, l'euro avait chuté jusqu'à 1,3447 dollar, au plus bas depuis fin septembre. L'euro était aussi en baisse face à la devise nippone à 113,65 yens contre 114,11 yens vendredi soir.

L'Irlande s'est tournée dimanche vers l'UE et le Fonds monétaire international (FMI) pour leur réclamer une aide financière afin de redresser ses comptes publics et de couvrir d'éventuels besoins en capitaux de son système bancaire à l'avenir.

Les ministres des Finances de l'UE ont approuvé cette demande d'aide, dont le montant devrait être compris entre 80 et 90 milliards d'euros. L'objectif est d'éviter que les inquiétudes sur la dette irlandaise ne se portent ensuite sur d'autres pays confrontés à d'importants déficits budgétaires, tels que l'Espagne et le Portugal.

"A court terme, cela devrait être favorable aux prises de risque", prédit Peter Chatwell, stratégiste au Crédit Agricole à Londres. "Je ne pense pas que cela permette en aucune manière au Portugal ni peut-être à l'Espagne de sortir de la ligne de mire."

Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, a exprimé dimanche l'espoir exactement inverse. "Si nous apportons maintenant la bonne réponse au problème irlandais, nous aurons de grandes chances d'éviter des effets de contagion", a-t-il dit à l'antenne de la ZDF.

"Un peu de temps pour respirer"

L'effet pourrait être de courte durée. "Cela empêchera-t-il la contagion? A court terme, mais pas à moyen terme. Cela ne fait que calmer les marchés et accorder aux autres pays un peu de temps pour respirer. Le Portugal, notamment, n'est pas encore tiré d'affaire", prévient Carsten Brzeski, économiste à ING.

Les problèmes de dette de l'Irlande et du Portugal ont des origines différentes: l'Irlande a dû voler au secours de son secteur bancaire frappé de plein fouet par l'effondrement du marché immobilier tandis que le Portugal souffre d'une croissance faible et d'un manque de compétitivité.

Mais au bout du compte, le résultat est le même: une dette que les marchés jugent difficile à supporter.

"Je pense que cela veut dire que le Portugal sera le prochain (à demander une aide)", commente l'économiste portugais Filipe Garcia, de la société de consultants Informaçao de Mercados Financeiros à Porto.

"J'ignore si cela se produira avant la fin de l'année ou après, mais c'est presque inévitable, maintenant", poursuit-il. "Je pense que nous avons probablement franchi le point de bascule au niveau de ce qu'il est supportable de payer en taux d'intérêt de la dette."

Si les marchés s'attaquent au Portugal, l'Espagne pourrait se retrouver rapidement en première ligne à son tour.

"Si le Portugal est contraint de passer par un renflouement, ils (les marchés) porteront ensuite leur attention sur l'Espagne et j'ignore quelle sera la réaction du gouvernement", avance Pedro Schwartz, de l'université San Pablo à Madrid.

"L'Allemagne pointée du doigt"

La méfiance des marchés à l'égard de la dette de certains pays de la zone euro pourrait n'être vraiment apaisée que par le biais d'une solution rapide et détaillée pour tous les pays de la zone euro, plutôt que par une approche au cas par cas, jugent des économistes.

Le problème, c'est que la zone euro semble faire fausse route depuis le début.

Pour de nombreux économistes et dirigeants politiques, la crise actuelle est de la responsabilité de l'Allemagne en raison de la volonté allemande de créer un mécanisme de soutien dans la zone euro au sein duquel les investisseurs privés seraient sollicités, ce qui a effrayé les investisseurs et porté les écarts de rendement entre les emprunts portugais ou espagnols et ceux allemands à des niveaux trop élevés.

"Je persiste à penser que la principale cause de contagion vient de la proposition allemande d'inclure le secteur privé dans un futur mécanisme permanent de règlement des crises", dit Carsten Brzeski.

"Tant que cette question restera dans le flou, la spéculation et le risque de contagion resteront vivaces", ajoute-t-il. "Les dirigeants européens devraient maintenant profiter de la courte fenêtre d'opportunité que leur procure le renflouement de l'Irlande pour présenter un plan clair et détaillé de mécanisme permanent de règlement des crises."

Les dirigeants de l'UE doivent examiner à la mi-décembre les contours d'un tel mécanisme dessinés par la Commission européenne.

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