A Tunis, le face-à-face entre la rue et les autorités prend un tour plus violent

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Alors que des manifestants venus de zones rurales déshéritées ont brisé plusieurs vitres du ministère des Finances, la police et l'armée sont intervenues pour tenir la foule à distance.

La police tunisienne a fait usage de gaz lacrymogène lundi contre des manifestants qui s'étaient installés devant les bureaux du Premier ministre pour réclamer la démission d'un gouvernement qu'ils jugent toujours lié au président déchu Zine ben Ali.

Des membres de cette "caravane de la liberté" venue de zones rurales déshéritées ont passé la nuit sur place et brisé des vitres au ministère des Finances voisin.

La police et l'armée ont bloqué environ 500 manifestants dans l'enceinte des bâtiments gouvernementaux de la casbah tandis qu'un millier d'autres, rassemblés dans un parc voisin, étaient tenus à distance.

"Pourquoi est-ce qu'on ne nous laisse pas briser les barrières et rejoindre nos frères ? Pourquoi nous disent-ils qu'ils vont nous laisser protester si c'est pour nous en empêcher ? Est-ce qu'ils ont peur que le gouvernement soit vraiment malmené ? On dirait que le régime de Ben Ali est de retour", s'est indigné un Tunisois nommé Kamal Achour .

Des manifestants se rassemblent depuis plusieurs jours sous les fenêtres du Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, mais les forces de l'ordre, elles-mêmes dans l'expectative quant à leur avenir, toléraient jusqu'ici leur présence.

Depuis la fuite sous la pression de la rue du chef de l'Etat, le 14 janvier, elles n'avaient eu recours qu'une fois au gaz lacrymogène, à l'occasion d'une manifestation sur l'avenue Habib Bourguiba, dans le centre de la capitale .

Outre le chef du gouvernement, plusieurs anciens hiérarques du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Ben Ali ont conservé des ministères-clés comme ceux de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères.

Dans un entretien publié lundi par Le Figaro, Kamel Morjane, chef de la diplomatie, exclut de démissionner. "Mon poste de ministre, je le vois comme un moyen d'aider mon pays dans une période délicate", dit-il.

"MARGINALISÉ"

"Je ne tiens absolument pas à rester au gouvernement mais je veux mettre mes compétences à son profit", explique-t-il, précisant avoir quitté le bureau politique du RCD, qu'il compare au gaullisme français.

"Je reste fidèle à ses valeurs d'origine (...) Je resterai toujours sensible à cette mouvance même si je reconnais aujourd'hui qu'elle a dévié", ajoute Kamel Morjane.

La "caravane de liberté" est arrivée dimanche à Tunis au terme du deuil national de trois jours décrété en mémoire des victimes de la "Révolution de jasmin", dont le bilan s'élève 78 morts, selon le gouvernement, et à 117, d'après les Nations unies.

Parmi les marcheurs, beaucoup viennent de la région de Sidi Bouzid, à 300 kilomètres au sud de Tunis, où le suicide le mois dernier du jeune chômeur diplômé Mohamed Bouazizi a été l'élément déclencheur de la révolte populaire.

"On est marginalisé. Notre terre appartient au gouvernement. Nous, nous n'avons rien", a expliqué l'un d'eux, nommé Mahfouzi Chouki, alors que les manifestants scandaient des slogans réclamant la démission du gouvernement.

Pour calmer les esprits, Mohamed Ghannouchi a promis de quitter la vie politique à l'issue des prochaines élections, que le gouvernement a promis d'organiser au plus tôt.

L'agence de presse nationale a annoncé dimanche le placement en résidence surveillée de deux proches collaborateurs de Ben Ali. Il s'agit de son porte-parole et plus proche conseiller, Abdelaziz bin Dhia, et de l'ancien ministre de l'Intérieur et président de la chambre haute du parlement Abdallah Qallal.

Larbi Nasra, propriétaire de la chaîne de télévision privée Hannibal TV a en outre été arrêté pour "trahison".

Pour Saleh Attia, éditorialiste au quotidien Assabah, c'est le signe que les manifestations commencent à agacer des autorités divisées sur l'attitude à adopter.

Avec Ashraf Fahim et Tarek Amara, Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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