Super Bowl, un match qui vaut 9 milliards de dollars

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Plus de 150 millions d'Américains devraient regarder ce dimanche soir la grande finale de la NFL, la ligue professionnelle de football américain. Un véritable empire financier, dont le chiffre d'affaires est estimé à 9 milliards de dollars, mais qui doit désormais composer avec l'inflation des salaires de ses joueurs.

Tous les dimanches à Penn Station, c'est la même affluence. Des milliers de casquettes et de maillots bleus ou verts envahissent cette gare new-yorkaise. Direction le New Jersey voisin, où évoluent les équipes de football américain des New York Giants et des New York Jets. Trente minutes de train plus tard, au milieu de nulle part, voilà le New Meadowlands Stadium, une enceinte ultramoderne, inaugurée en avril dernier et capable d'accueillir près de 83.000 spectateurs. Malgré le froid et la pluie, ils sont encore 80.000 à s'être déplacés en ce premier dimanche de janvier pour supporter les Jets. Sur le parking, les spectateurs venus en voiture ont sorti leur barbecue, comme il est de tradition partout dans le pays. A l'intérieur, les "cheerleaders" sont déjà à la manoeuvre, l'hymne national s'apprête à retentir... Le show peut commencer.

Le dimanche, aux Etats-Unis, c'est le jour de la NFL (National Football League), le championnat professionnel. Impossible d'y échapper. A la télévision, dans les journaux, dans la rue, dans les bars... Et ce 6 février, le pays presque tout entier s'arrêtera de vivre pour le 45ème Super Bowl, la grande finale de la saison, qui se déroule près de Dallas (à partir de minuit en France, en direct sur W9). L'an passé, 153,4 millions d'Américains ont regardé au moins une partie du match. C'est plus que le nombre de votants lors de la dernière élection présidentielle. Et du jamais-vu dans l'histoire de la télévision américaine. Cette année, l'opposition entre les Pittsburgh Steelers et les Green Bay Packers pourrait encore faire mieux.

Plus qu'un événement sportif, le Super Bowl est une vraie institution outre-Atlantique, le deuxième jour le plus important en termes de consommation de nourriture. 14.500 tonnes de chips, 4.000 tonnes de pop-corn ou 49 millions de cannettes de bières seront engloutis ce dimanche. 4,5 millions d'Américains devraient aussi profiter de l'occasion pour changer de téléviseur. Selon la Retail Advertising and Marketing Association, ce sont au total 10,1 milliards de dollars qui devraient être dépensés ! Les Américains se retrouvent en famille ou entre amis pour regarder le match. Mais aussi, voire surtout pour certains, pour le concert de la mi-temps - l'honneur reviendra cette année aux Black Eyed Peas - et les publicités.

"Un quart des téléspectateurs disent qu'ils regardent le Super Bowl pour les publicités", explique Phil Rist, du cabinet d'études BIGresearch. Les annonceurs n'hésitent donc pas à dépenser des petites fortunes pour leurs spots, souvent diffusés une seule fois. Il faut rivaliser d'ingéniosité pour se démarquer, créer l'événement et être revisionné des millions de fois sur Internet. La marque de thé glacé Lipton Brisk aurait ainsi déboursé 1 million de dollars pour les services du rappeur vedette Eminem. D'autres préparent le terrain depuis plusieurs semaines, en diffusant des "teasers" donnant rendez-vous ce dimanche. Coca-Cola, PepsiCo, General Motors, Mercedes, Walt Disney ou encore Best Buy ont déboursé entre 2,8 et 3 millions de dollars pour 30 secondes de présence à l'écran. A ce prix-là pourtant, tous les emplacements disponibles ont été vendus dès le mois d'octobre.

Créée en 1920, la NFL a éliminé une à une toutes les ligues concurrentes. Surfant sur l'incroyable popularité de son sport, elle a bâti un véritable empire. Sportif mais surtout financier, avec un chiffre d'affaires annuel estimé à 9 milliards de dollars. Ses 32 franchises figurent dans le dernier classement des cinquante équipes sportives les plus riches du monde de Forbes. Rien qu'aux Etats-Unis, les contrats télévisés rapportent près de 4 milliards de dollars par an. Mais les chaînes y trouvent aussi leur compte : l'an passé, 8 des 10 meilleures audiences ont été réalisées par des rencontres de la NFL. Chaque dimanche, CBS, ABC ou Fox réunissent près de 20 millions de téléspectateurs

De plus en plus de fans regardent les matches à la télévision

"Je suis toujours surpris par ces performances, raconte Sean McManus, le président de CBS Sport. L'intérêt des fans semble atteindre des sommets jamais touchés." "Malgré un paysage audiovisuel de plus en plus fragmenté, le football continue de battre des records", note l'Institut Nielsen, qui chiffre à 3,5 millions le gain moyen de téléspectateurs au cours des cinq dernières années. Dans les stades, l'affluence progresse aussi : environ 18 millions de spectateurs cette saison, soit près de 70.000 par match.

Le tableau n'est cependant pas idyllique. La NFL se dirige même tout droit vers un "lock out", une paralysie générale faute d'accord salarial entre les propriétaires des franchises et les joueurs. Les négociations butent sur les salaires, qui représentent à eux seuls 60% des revenus générés par la ligue. Une part bien trop élevée, selon les clubs, qui menace de ralentir leur développement économique. Aucun projet de construction de nouveau stade- pourtant crucial pour générer de nouveaux revenus - n'a ainsi été lancé depuis 2006, date du dernier accord collectif. Malgré une hausse de 18% de son chiffre d'affaires, l'équipe de Green Bay, la seule à publier ses performances financières, a vu ses profits plonger de 71% sur cette même période. "C'est le moment d'ajuster notre modèle économique, juge Jerry Jones, le propriétaire des richissimes Cowboys de Dallas. Pas quand nous serons tombés de la falaise."

La recherche de nouvelles sources de revenus passe également par l'étranger. "Moins de 5% de notre chiffre d'affaires est réalisé hors des Etats-Unis, note Chris Parsons, vice-président de la ligue en charge du développement à l'international. Mais c'est une part qui va progresser dans les prochaines années." Pour cela, la NFL délocalise des matchs de saison régulière à Toronto et à Londres. Elle a identifié cinq marchés porteurs : le Royaume-Uni, la Chine, le Japon, le Mexique et le Canada. "Notre sport reste encore méconnu dans le monde, poursuit-il. La contrepartie, c'est que nous n'avons pas à rivaliser avec un championnat national pour nous imposer." Plus de 100 millions de téléspectateurs sont attendus à l'étranger pour le Super Bowl. Et la NFL espère bien les convertir définitivement.

Chiffres clès

- 153 millions de téléspectateurs américains pour la finale.
- 18 millions de personnes dans les stades durant l'ensemble de la saison.
- 10,1 milliards de dollars dépensés en consommation pour la finale :
- 14.500 tonnes de chips, 49 millions de boîtes de bière, 4,5 millions de nouveaux téléviseurs...
- 9 milliards de dollars de chiffre d'affaires estimé pour la NFL, dont 5 % en dehors des États-Unis.
- 4 milliards de dollars de contrats publicitaires par an aux États-Unis.

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Commentaires
a écrit le 06/02/2011 à 11:30 :
Si il y a quelqu'un qui veut attaquer l'Amérique, c'est aujourd'hui qu'il faut le faire. Pendant trois heures, ces américains seront obnubilés par ce match de gladiateurs modernes. J'ai été supporter des Denver's Broncos lorsqu'ils furent champions et des Seattle' Supersonics lorsqu'ils furent eux aussi champions du Monde (de la NBA). En ces jours, le reste du Monde n'existe pas et l'on voit une gentille Amérique; bien différente de ce que ses minables politiciens font voir habituellement... JCM
Réponse de le 07/02/2011 à 13:08 :
Petite précision: Comme chez nous, aux USA on pratique autant que possible la récupération politique: donc, l'"oncle" Tom Obama va recevoir les Green-Bay's Packers et certainement aussi les Steelers de Pittsburg. Le Rescapé de la Bombe

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