Après la crise... la guerre ?

Bienvenue dans le troisième tour, social et géopolitique, d'une crise qui, comme l'écrit Martin Wolf dans le Financial Times du 2 février, a pour principale conséquence "d'accélérer l'arrivée de notre futur". Accélération du basculement du monde, de l'Occident en déclin vers l'Asie en devenir ; accélération de la montée en puissance de la Chine, au détriment de l'Amérique ; mais aussi, en plus positif, accélération de la réaction politique de l'Europe face au risque d'éclatement de l'euro et de marginalisation économique... Les exemples ne manquent pas.
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Les récents événements de Tunisie et d'Égypte, pour très imprévisibles qu'ils soient encore, participent de la démonstration : pour le meilleur - l'émancipation démocratique des populations des pays arabes - comme pour le pire : l'apparition d'un risque géopolitique majeur dont l'ombre risque de planer longtemps sur le monde qui vient.

Deux déclarations récentes, de deux hauts responsables français et socialistes d'institutions internationales, éclairent cette nouvelle menace. La première émane de Pascal Lamy, le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, la bête noire des opposants à la mondialisation. "La hausse du prix des aliments provoque une inflation mondiale, sans compter des troubles politiques que nous aurions pu difficilement imaginer", a-t-il déclaré lundi. Une pierre dans le jardin de Nicolas Sarkozy qui a mis la spéculation sur les matières premières au coeur de sa présidence du G20.

Reste que, pour l'Occident, la crise égyptienne est un défi pour la stabilité du monde, en raison de la poudrière du Proche-Orient. La menace d'un blocage des routes stratégiques du pétrole (canal de Suez) ou d'une déstabilisation politique dans tous les pays arabes producteurs a déjà fait flamber le prix du baril à plus de 100 dollars. Le possible encerclement d'Israël par des régimes hostiles (Liban, Iran, demain Égypte peut-être) augmente le risque d'une guerre, régionale ou mondiale, donc de troisième choc pétrolier, craignent les plus pessimistes, comme pour justifier le mur de Realpolitics et d'hypocrisie qui accompagne, à l'Ouest, l'aspiration de la jeunesse arabe à se débarrasser de dirigeants "vieux, usés et fatigués".

Guerre ? Le mot tabou a été prononcé cette semaine par un autre haut responsable, français et socialiste, d'une institution internationale. Dans un discours prononcé à Singapour, Dominique Strauss-Kahn a mis en avant les nouvelles menaces économiques que craint le FMI : "Alors que les tensions entre les pays s'accroissent, nous pourrions assister à une montée du protectionnisme, sur le plan commercial et financier [...], voire une instabilité sociale et politique croître entre les nations, et même la guerre", a énoncé le directeur général du FMI. Entendre le probable candidat à la présidence de la République en France, et donc principal partenaire et compétiteur du président français du G20 au cours des douze prochains mois, évoquer publiquement le mot « guerre », même en anglais, n'est pas anodin.

DSK dénonce ainsi les vices d'une « reprise à deux vitesses » et souligne la persistance de dangereux déséquilibres économiques et sociaux. Déséquilibres entre les pays : la faible croissance aux États-Unis et en Europe, la surchauffe en Chine et dans certains pays émergents font réapparaître les déficits extérieurs à l'origine de la crise de 2008. Donc, pour le FMI, on sort de la crise à reculons. Mais déséquilibres croissants aussi à l'intérieur des pays : pour Dominique Strauss-Kahn, les niveaux du chômage et des inégalités de revenus ne permettent pas d'assurer une croissance soutenable à long terme. Si le directeur général du FMI voulait démontrer qu'il est de gauche, il ne s'y serait pas pris autrement !

Chacun pressent que la crise de 2008 a été un tournant. Tout le laisse entendre et pourtant ce n'est pas encore démontré. Après une phase de prise de conscience et de réparation, surtout réservée au système financier, la tendance au retour au monde d'avant prévaut, au risque de semer les germes d'une nouvelle crise. Au risque surtout d'être rattrapés par l'imprévisible, ou même, comme c'est le cas dans le monde arabe, de le provoquer...

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Commentaires 25
à écrit le 06/02/2011 à 7:23
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L'inflation inévitable qui va suivre pourrait permettre de réduire les dettes souveraines réelles. Les taux d'intérêts des obligations, surtout allemandes, étant plus bas que l'inflation à venir. Il n'y a guère que les obligations de quelques pays eu...

à écrit le 06/02/2011 à 0:43
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APRES LA GUERRE LA CRISE

à écrit le 05/02/2011 à 13:10
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Nous avons affaire à des apprentis sorciers; ces mondialistes envisagent la planète comme une mappemonde où l'on jouerait au monopoly. Quand on lit Pascal Lamy affirmer "la hausse des prix des aliments provoque une inflation mondiale, sans compter un...

le 05/02/2011 à 17:29
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Qu'auriez-vous dit à sa place, pour que les bras ne vous tombent pas ?

le 05/02/2011 à 19:03
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pour ma part, j'aurais affirmé que les injections massives de liquidités par les banques centrales ont pour conséquence une inflation massive, et qu'il est indispensable que les banques centrales luttent contre l'inflation plutôt que de jeter de l'hu...

à écrit le 05/02/2011 à 12:50
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C'est bien triste à dire mais maintenant que beaucoup de gens ont leur piscine privé avec leur 4*4 garé à coté des voitures des enfants . Autrement dit cette american way of life...Et bien pour garder ce niveau de vie individualiste faudra surement t...

le 07/02/2011 à 7:44
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D'accord avec vous, sauf concernant les religions. Nous on en avons pas besoin, elles tuent suffisamment comme ca, depuis trop longtemps et dans l'avenir également.

à écrit le 05/02/2011 à 12:31
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Finalement, les partisans de Moubarak n'auraient-ils pas raison en pourchassant les journalistes. Pour l'Egypte, ils se font l'écho d'un conflit. Mais, ici, ils se contentent de répéter comme des perroquets ce qu'on leur demande de répéter. Bref, jet...

à écrit le 05/02/2011 à 11:15
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Il y a guerre et guerre. Certains parlent même de guerre économique. D'autres, aussi, pour attirer l'attention sur eux, sont prêts à dire tout, n'importe quoi et son contraire.

à écrit le 05/02/2011 à 10:56
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Les guerres n'existent plus bien entendu, il n'y a que des conflits plus ou moins "appuyés". Mais ce n'est pas par ce que nous sommes en 2011, que tout danger est écarté, surtout avec les gouvernants actuels! et surtout, surtout avec les spéculateurs...

le 05/02/2011 à 19:00
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Il n'y a plus de guerres. Il y a juste, épisodiquement, des "dégâts collatéraux de frappes chirurgicales".

à écrit le 05/02/2011 à 7:39
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L'obsession du risque de guerre est une crainte ancestrale automatique, très accentuée chez des gens âgées insomniaques et oisifs... Recommandation: Aller vivre sous des cieux plus ensoleillés, et là, sur la terrasse d'un «Café du Commerce» bien plac...

le 05/02/2011 à 9:19
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Vivons heureux, vivons comme des imbéciles !

le 05/02/2011 à 10:43
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Certes, nous avons aussi le choix d'être des imbéciles amers et malheureux...mais...si vous êtes pas un magicien, soyez optimiste!!! Cela n'empêchera pas les guerres, mais, au moins vous serez plus vaillant sur le front...!

le 05/02/2011 à 11:24
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A civitas - Vous en voulez aux vieux. En conflit sans doute avec vos parents et grands-parents sans qui vous ne seriez pas là mais bien heureux de goûter aux délices de la non-existence.

le 05/02/2011 à 12:32
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A jlvdm -- Pourquoi serai-je contre les vieux, puisque j'en suis un (+65 ans) moi-même (ce que vous ne saviez pas) ?... et, heureux de ne pas être (encore) touché par l'affaiblissement des facultés cognitives. Par contre, ce qui est vrai, il m'insupp...

le 05/02/2011 à 14:27
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A Civitas - je lis toujours trop vite. J'ai lu "chez les gens agés" alors qu'il fallait lire "chez des gens agés", ce qui est plus restrictif.

à écrit le 05/02/2011 à 7:33
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Et si cela venait d'une stratégie de ceux qui "pilotent" le monde aujourd'hui déclin de l'europe ( sauf allemagne) déclin des USA renouveau de la CHINE , AMERIQUE SUD, INDONESIE Ne serions nous pas en train de vivre le déclin d'une vie...

le 05/02/2011 à 22:38
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Vous avez raison !!!! http://www.youtube.com/watch?v=API2Ek8NcnI

à écrit le 05/02/2011 à 6:52
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Les émeutes de la faim étaient prévisibles M. Lamy ! Vous n'êtes pas à votre place M. Lamy !

à écrit le 04/02/2011 à 22:51
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Les banques centrales, voulant à tout prix sauver les banques, pourtant responsables de cette crise, ont baissé les taux à presque zéro et ont injecté des quantités énormes de liquidités. Ces liquidités ont fait flamber les prix alimentaires, immobil...

le 05/02/2011 à 12:27
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J'aurai plutôt écrit 1919 et non 2919... mais, c'est bien. Votre nom de famille, c'est Irma?

le 05/02/2011 à 18:56
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Une erreur de frappe est vite arrivée. Je ne prédis pas l'avenir, je ne fais que commenter le présent : les émeutes en Tunisie, Egypte, sont en grande partie des conséquences de l'augmentation des prix, causée selon Patrick Artus, par les injections ...

le 06/02/2011 à 11:03
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C'est d'ailleurs ni 2919 ni 1919 mais sans doute 1929 dont vous voulez parler?

le 07/02/2011 à 23:59
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Pour parler de 1929: cela a crée une crise économique sans précédent ,une montée du protectionnisme et du nationalisme...cela a conduit Hitler et Mussolini au pouvoir et cela a débouché à la 2ème guerre mondiale...si on regarde ka situation aujourd'h...

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