L'assaut international contraint Kadhafi au cessez-le-feu

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Face à l'opération militaire contre Kadhafi baptisée "Aube de l'odyssée", Tripoli annonce un nouveau cessez-le-feu. La ville, voire le quartier général du leader libyen, a été touchée. La zone d'exclusion aérienne a été mise en place par la coalition. D'emblée, une vingtaine d'avions français avaient détruit des blindés libyens. Des navires de guerre et des sous-marins britanniques et américains ont tiré plus de 110 missiles Tomahawk contre plus de vingt sites libyens.

La Libye annonce ce dimanche soir un nouveau cessez-le-feu après les frappes de la coalition occidentale. Une grosse explosion a été entendue à Tripoli et un panache de fumée s'élèverait de la zone du quartier général du leader libyen Muammar Khadafi.

Plus de 8.000 Libyens qui luttaient dans le camp des insurgés ont été tués depuis le début de la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi, a déclaré dimanche à la chaîne de télévision Al Djazira un porte-parole de l'insurrection. "Nous déplorons plus de 8.000 tués", a dit Abdel Hafiz Ghoga.

Les frappes menées par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne contre les forces terrestres libyennes au sud de Benghazi ont été couronnées de succès, a déclaré dimanche au Pentagone le vice-amiral Bill Gortney, directeur de l'état-major interarmes américain.

"Nous estimons que ces frappes ont été très efficaces, en détruisant grandement le potentiel antiaérien du régime", a dit le vice-amiral.

La surveillance aérienne libyenne a d'autre part fortement diminué, a-t-il ajouté, en assurant que les forces de la coalition n'avaient perdu aucun appareil.

"Il n'y a pas eu de nouvelle activité aérienne de la part du régime et nous n'avons pas décelé de signaux radar provenant de l'une des batteries antiaériennes que nous avons prises pour cibles", a-t-il expliqué. "Une forte diminution de l'utilisation de l'ensemble des radars de surveillance aérienne libyens a été constatée".

Il a estimé toutefois qu'en dépit de l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, les forces fidèles à Mouammar Kadhafi allaient sans doute chercher à faire voler des hélicoptères.

Il a dit d'autre part douter de la sincérité du cessez-le-feu décrété aux alentours de 19h00 GMT par l'armée libyenne, tout comme des déclarations du numéro un libyen Mouammar Kadhafi plus généralement, dont il a réaffirmé qu'il n'est en rien une cible des Occidentaux.

"Je me méfie de tout ce que préconise Kadhafi. Il avait instauré un cessez-le-feu puis avait dit à ses troupes d'entrer dans Benghazi, après quoi il a à nouveau décrété un cessez-le-feu".

Pour l'heure, des avions français, américains et britanniques patrouillent dans le ciel libyen, et ils seront rejoints "chaque jour" par des avions d'autres pays, a-t-il dit. La coalition, qui a regroupé à l'origine Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie et Canada, s'est élargie à la Belgique et au Qatar, a-t-il continué.

La coalition occidentale dit avoir réussi à faire appliquer dimanche la zone d'exclusion aérienne en Libye mais elle a subi un revers diplomatique majeur avec les critiques du chef de la Ligue arabe.

Moins de 24 heures après le début de l'opération "Aube de l'odyssée", le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a dénoncé des bombardements de civils et convoqué une réunion extraordinaire de l'organisation, dont le soutien à l'intervention militaire est essentiel pour l'Occident.

Conséquences des frappes aériennes françaises dans l'Est de la Libye, les bataillons fidèles à Mouammar Kadhafi ont fui les abords de Benghazi, bastion de la rébellion. Les insurgés ont progressé en direction d'Ajdabiah, dont ils ne seraient plus qu'à une dizaine de kilomètres.

Mais les blindés de l'armée régulière sont entrés dans le centre de Misrata, la plus grande ville tenue par les insurgés à l'ouest du golfe de Syrte. Ce type d'opération est le moins risqué pour les forces kadhafistes, car les avions occidentaux ne peuvent les viser sans risquer la mort de civils.

La France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis sont entrés en action samedi en fin de journée en Libye. La coalition dit cibler des objectifs militaires, notamment des bases aériennes et défenses antiaériennes, pour tenter de contraindre les forces de Mouammar Kadhafi à cesser les attaques contre l'insurrection.

Mais le régime libyen affirme que des civils sont visés par ces frappes et que 64 d'entre eux sont morts depuis samedi.

Il n'était pas possible de vérifier l'information mais Moscou, opposé à l'intervention militaire, lui a donné du crédit en reprenant les chiffres officiels libyens et en demandant à Paris, Londres et Washington de "cesser le recours non sélectif à la force".

IMPASSE ?

Plus grave pour la coalition, Amr Moussa a demandé un rapport sur les opérations en Libye "qui ont provoqué la mort et les blessures de nombreux civils libyens".

"Ce qui se passe en Libye diffère de l'objectif d'imposition d'une zone d'exclusion aérienne, et ce que nous voulons est la protection des civils et non le bombardement de davantage de civils", a dit Amr Moussa, cité par l'agence égyptienne Mena.

Un haut responsable américain a rétorqué que "la résolution approuvée par les Arabes (...) incluait une zone d'exclusion aérienne tout en allant au-delà".

Le soutien de la Ligue arabe à la résolution 1973 de l'Onu a grandement facilité la mise en place de la plus grosse intervention militaire dans le monde arabe depuis l'invasion de l'Irak en 2003.

Si l'organisation désapprouvait son déroulement, cela compliquerait grandement la tâche des Occidentaux. Certains analystes militaires soulignent déjà que cette campagne sera dans tous les cas difficile, et son issue incertaine.

L'amiral Mike Mullen, chef d'état-major interarmes de l'armée américaine, a concédé que l'opération pourrait déboucher sur une impasse. Il s'est cependant réjoui de la rapidité avec laquelle la coalition avait imposé la zone d'exclusion aérienne.

"Il (Kadhafi) n'a pas fait voler d'avions ou d'hélicoptères ces deux derniers jours. Donc, dans les faits, une zone d'exclusion aérienne a été imposée", a-t-il dit sur CBS.

L'état-major français a affirmé dimanche que la quinzaine d'avions de chasse n'avait rencontré aucune difficulté particulière lors de ses premières missions.

Vingt des 22 objectifs visés samedi par les missiles Tomahawk des armées américaine et britanniques ont été atteints, a déclaré le porte-parole du commandement Afrique de l'armée américaine, qui assume le commandement de l'opération.

Les Etats-Unis le transféreront "dans les tous prochains jours", a dit un haut responsable militaire américain, sans préciser à qui il échouerait.

Les raids aériens vont se poursuivre, a-t-il ajouté.

"LONGUE GUERRE"

D'autres pays devraient y contribuer dans les heures à venir: Italie, Danemark et surtout Qatar, dont la coalition s'est empressée d'annoncer le déploiement de quatre chasseurs, comme pour souligner le soutien arabe.

Le monde arabe ne s'est pas ému des appels de Kadhafi à la solidarité mais se méfie également des mobiles qui animent la coalition militaire occidentale.

"Il s'agit d'une croisade contre le peuple musulman, particulièrement contre le peuple libyen", a affirmé Kadhafi dimanche dans une allocution.

"Nous sommes prêts à une longue guerre. Vous serez vaincus et vous battrez en retraite", a-t-il ajouté à l'intention de "l'alliance des croisés".

Le contrôle de Misrata faisait l'objet d'une violente bataille dimanche, après l'incursion des forces kadhafistes dans le centre-ville. Selon un porte-parole des insurgés, Abdelbasset, Kadhafi "recourt à la stratégie de la terre brûlée, incendiant et détruisant tout ce qui se trouve sur son chemin".

En revanche, entre Benghazi et Adjabiah, dans l'Est, ses véhicules ont essuyé des pertes et les rebelles semblent avoir repris le contrôle de cette route stratégique. Tandis qu'à Benghazi, on saluait généralement l'intervention occidentale tout en appréhendant la suite, la population de Tripoli manifestait ouvertement sa colère.

UNE VINGTAINE D'AVIONS FRANCAIS

Une vingtaine d'avions français opérant au-dessus de la Libye ont détruit dès samedi plusieurs blindés des forces fidèles à Mouammar Kadhafi lors de leur premier engagement, a déclaré un responsable du ministère de la Défense. La chaîne d'information panarabe Al Djazira parle de quatre chars détruits prêts de la ville de Benghazi, bastion de la rébellion contre Mouammar Kadhafi. Le responsable français a déclaré ne pas pouvoir confirmer ce chiffre mais a indiqué que plusieurs chars et véhicules blindés avaient été détruits lors de la frappe.

La France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l'Italie et le Canada participent  à cette opération baptisée "Aube de l'odyssée", la plus grosse intervention militaire dans le monde arabe depuis l'invasion de l'Irak en 2003. Son objectif est, en application de la résolution 1973 adoptée par le Conseil de sécurité de l'Onu, de faire respecter une zone d'exclusion aérienne et un cessez-le-feu en Libye. Outre les avions français, des navires de guerre et des sous-marins britanniques et américains ont tiré plus de 110 missiles Tomahawk contre plus de 20 sites libyens, afin notamment de mettre hors d'état les défenses antiaériennes de Kadhafi.

BOUCLIER HUMAIN

Dans l'Ouest, des frappes aériennes ont visé la base aérienne de Mitiga près de Tripoli, rapporte la chaîne Al Djazira, et une base aérienne à sept kilomètres de Misrata, selon des habitants. Les médias officiels libyens affirment que des objectifs civils, dont un hôpital, ont été bombardés à Tripoli, Syrte, Benghazi, Zouarah et Misrata et qu'il y a des victimes civiles dans la capitale. Ces affirmations n'ont pu être vérifiées de source indépendante. Dans la banlieue sud de Tripoli, des milliers de partisans du colonel ont convergé vers le camp militaire de Bab al Azizia, formant un bouclier humain dans la base de Kadhafi. Quelques heures avant le déclenchement de l'opération alliée, les forces de Mouammar Kadhafi étaient entrées samedi matin dans les faubourgs de Benghazi, deuxième ville de Libye avec 670.000 habitants et "capitale" des insurgés. Les insurgés ont dit avoir repoussé cette attaque terrestre et aérienne contre Benghazi, désertée par de nombreux habitants.

L'opération internationale a suscité les réprobations de la Russie et du Venezuela et les réserves de l'Allemagne - qui ne participe pas à l'opération mais réclame l'application de la résolution 1973 - et de plusieurs analystes militaires, qui craignent une guerre civile prolongée. Le Premier ministre canadien Stephen Harper a espéré que l'intervention militaire suffise à retourner le cours du conflit entre la rébellion et le régime libyen. "Nous pensons que si M. Kadhafi perd la capacité à imposer sa loi grâce à des forces bien supérieures, il ne pourra tout simplement plus tenir le pays", a dit Harper.

CHAMP DE BATAILLE

Le numéro un libyen Mouammar Kadhafi a affirmé samedi soir, lors de sa première intervention depuis le début de l'intervention occidentale, que la Méditerranée et l'Afrique du Nord étaient devenues un "champ de bataille" et que les intérêts des pays de la région étaient désormais en danger. Dans une allocution diffusée par la télévision d'Etat libyenne, il a ajouté qu'il allait faire ouvrir les arsenaux afin que tous types d'armes soient distribués à la population dans le but de défendre le pays. "Il est désormais nécessaire d'ouvrir les dépôts et d'armer toutes les masses, avec tout type d'armes, pour défendre l'indépendance, l'unité et l'honneur de la Libye", a-t-il dit. Les Libyens feront ainsi face par les armes à l'agression "coloniale, des croisés", a-t-il continué en demandant aux Africains, aux Arabes, aux Asiatiques et aux Latino-Américains de se ranger aux côtés du peuple face à l'ennemi. "Nous appelons les peuples et citoyens des pays arabes et musulmans, mais aussi d'Amérique latine, d'Asie et d'Afrique, à se tenir aux côtés du peuple héroïque libyen face à cette agression, qui ne fera qu'accroître la force, la détermination et l'unité du peuple libyen", a continué le colonel Kadhafi.

Un peu plus tôt, à Paris, un sommet international avait décidé d'une action commune ce samedi après-midi. Elle se fait avec la France et la Grande-Bretagne comme fer de lance. L'Allemagne n'interviendra pas. L'opération militaire aérienne pour empêcher les forces de Mouammar Kadhafi de s'en prendre à la population libyenne a commencé mais la porte de la diplomatie reste ouverte, avait toutefois déclaré le président de la république française. Il a fait état dans une courte déclaration de l'accord intervenu lors du sommet de Paris regroupant des pays européens, arabes et nord-américains pour obliger le dirigeant libyen à respecter la résolution du conseil de sécurité des Nations unies adoptée jeudi soir. "Les participants sont convenus de mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires, en particulier militaires, pour faire respecter les décisions du conseil de sécurité des Nations Unies", a-t-il dit.

ULTIMATUM NON RESPECTE

"C'est pourquoi, en accord avec nos partenaires, nos forces aériennes s'opposeront à toute agression des avions du colonel Kadhafi contre la population de Benghazi", a-t-il ajouté. "D'ores et déjà, nos avions empêchent les attaques aériennes sur la ville de Benghazi. D'ores et déjà, d'autres avions français sont prêts à intervenir contre des blindés qui menaceraient des civils désarmés", a-t-il poursuivi. Nicolas Sarkozy a toutefois laissé une porte ouverte . "Il est encore temps pour le colonel Kadhafi d'éviter le pire en se conformant sans délai et sans réserve à toutes les exigences de la communauté internationale. La porte de la diplomatie se rouvrira au moment où les agressions cesseront", a-t-il expliqué dans son allocution.

Mais, pour les participants au sommet de Paris, le dirigeant libyen n'a pas respecté l'ultimatum lancé jeudi soir par la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et des pays arabes, qui ont exigé un cessez-le-feu immédiat et le retrait des forces libyennes qui ont attaqué les populations civiles. "Le colonel Kadhafi a méprisé cet avertissement", a souligné Nicolas Sarkozy. "Au cours des dernières heures, ses forces ont intensifié leurs offensives meurtrières." L'objectif de la coalition réunie au sommet samedi n'est pas de prendre le contrôle de la Libye, a-t-il poursuivi en insistant à plusieurs reprises sur la participation de pays arabes à l'opération militaire en cours . "L'avenir de la Libye appartient aux Libyens. Nous ne voulons pas décider à leur place", a expliqué Nicolas Sarkozy.

Le seul objectif est de venir en aide à un peuple en "danger de mort", "au nom de la conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes", a-t-il dit. "Nous le faisons pour protéger la population civile de la folie meurtrière d'un régime qui, en assassinant son propre peuple, a perdu toute légitimité."

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Commentaires
a écrit le 22/03/2011 à 21:29 :
Plutôt facile d'intervenir en Libye: proximité des cibles de la côte, peu d'opposition aérienne, peuple soulevé et armé, pas de nation building, pas de troupes au sol. Et peu coûteux: les avions et les pilotes s'entrainent de toute façon. Tout le contraire de l'Afghanistan. Et ce sera toujours mois cher que de prendre en charge 500 000 réfugiés libyens en Europe...

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