L'Autriche se veut un modèle d'orthodoxie financière pour l'Europe

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Le parlement autrichien a adopté un plan financier qui pourrait ramener l'équilibre budgétaire en 2015. Mais les leçons de Vienne agace ses partenaires.

"Un modèle pour l'Europe entière". C'est ainsi que la ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter, a présenté devant le Conseil national, la chambre basse du parlement viennois, son plan quadriennal de Finances. Le gouvernement fédéral de la République danubienne entend officiellement réduire le déficit budgétaire au sens du traité de Maastricht à 2 % en 2015, mais Maria Fekter a affirmé ce mercredi que, compte tenu de la conjoncture, un budget équilibré à cette date était "vraisemblable". A Vienne, où gouverne une grande coalition, le chancelier social-démocrate Werner Faymann a soutenu sa ministre conservatrice, affirmant ne pas vouloir "mettre en danger le triple A et la stabilité du pays"

Ce plan (cliquez ici pour le découvrir dans son intégralité en allemand) vise aussi à donner un peu de crédibilité au pays qui est, pour l'instant, surtout en pointe dans son refus d'aider la Grèce. Attisée par les, tabloïds locaux, l'opinion locale rejette cette aide et les responsables publics autrichiens semblent suivre avec une fermeté qui ferait passer, en regard, les politiques allemands pour d'odieux laxistes méditerranéens.

Même le patron de la banque centrale n'hésite pas à tancer les Grecs

"Pas un centime ne sera versé avant que la Grèce ne fasse ses devoirs", a ainsi tonné ce week-end Maria Fekter qui s'est montré accusatrice envers Athènes et ses "vaines promesses de privatisation". Lundi, c'était le chef de la banque centrale, Ewald Nowotny, qui se voulait sévère en affirmant que "pour le moment, la Grèce n'a pas encore rempli les objectifs qui lui ont été fixés". Et lui aussi de soumettre toute future aide à une action plus énergique des Hellènes. Un ton assez tranchant dans l'univers prudent des banquiers centraux.

Cette fermeté ne se comprendrait pas sans le sentiment de modèle que l'Autriche entend donner au reste du Vieux continent et que vient de rappeler Maria Fekter. Un sentiment qui agace parfois, à commencer par le grand voisin allemand. Ce mercredi, le Financial Times Deutschland (FTD) a d'ailleurs ouvertement fait part de cet agacement. Le chef de l'euro-groupe, Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois, s'est lui aussi emporté contre les critiques de la république alpine. "Pour le moment, la Grèce n'a pas coûté un centime à l'Autriche. Bien au contraire, l'Autriche a touché des intérêts du plan d'aide à la Grèce. L'Autriche n'est donc pas pour le moment sur le chemin de l'hospice pour nécessiteux".

Un secteur bancaire fragilisé par son exposition aux pays émergents de l'Union Européenne

En réalité, les leçons autrichiennes cache une réalité bien moins brillante que les politiques viennois voudrait el faire penser. « Là-bas aussi, tout ce qui brille n'est pas d'or », rappelle le FTD qui cite une récente mise en garde du chef économiste de Citigroup, Willem Buiter qui a jugé que le triple A autrichien n'était guère mérité au regard de l'importance et de la fragilité du système bancaire local. L'Autriche, plate-forme de financement de l'Europe centrale et orientale, dispose en effet d'un secteur bancaire démesuré exposé aux émergents européens. Et qui n'est pas à l'abri de sérieuses déconvenues comme l'a prouvé l'affaire Hypo Alpe Adria, une banque régionale ruinée par ses investissements dans le Balkans et qui a dû être nationalisée en 2009.

Vienne table sur une croissance annuelle de 4% qui lui permettrait d'augmenter son budget

Quant au déficit public, il s'est situé à 4,6 % du PIB. Un niveau certes bien inférieur à la France, mais loin de l'Allemagne (3,5 %) et qui est équivalent au chiffre affiché par une République italienne souvent suspecte aux yeux des marchés financiers. Et ce chiffre pourrait même être révisé à la hausse dans le cadre de la prochaine réforme des statistiques de l'UE. Au reste, le plan de consolidation du gouvernement lui-même laisse un peu songeur lorsque l'on s'aperçoit qu'il est fondé sur une croissance annuelle de 4 % qui lui permet de continuer à faire progresser les dépenses de 1,8 %.

Jadis, la maison de Habsbourg s'enorgueillissait de cette devise : "Bella gerant alii, Tu, felix Austria, nubi" (Que les autres fassent la guerre, toi, Heureuse Autriche, tu te maries). Les dirigeants autrichiens voudraient aujourd'hui prétendre à ce mot : "Que les autres creusent leurs déficits, toi, Heureuse Autriche, tu économises". Mais comme la démesure des palais viennois renvoie surtout à la réalité modeste des frontières actuelles de la république, cette orgueilleuse fierté financière renvoie surtout aux fragilités de l'Autriche contemporaine.


 

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Commentaires
a écrit le 19/05/2011 à 11:13 :
L'Autriche est une économie de casino basée sur ses banques qui recyclent l'argent sale de Russie et investit en Europe de l'Est sans grand discernement
a écrit le 19/05/2011 à 0:05 :
Sauf qu'en cas de crise, ils sont out!
a écrit le 18/05/2011 à 20:05 :
Oui du classique on détourne les regards, pour ne pas que fouine sous le tapis et qu'on y découvre ici comme ailleurs qu'il y a de la poussière... Ce n'est pas l'esprit européen de solidarité entre les Etats. Mais il est vrai que cette petite république n'est entrée dans l'Union qu'en 1995 (et la Grèce en 1984) avec l'idée je suis européen tant que ça me profite, je suis autrichien le reste du temps. Mais nous même prenons le même chemin à en croire certains politiques... Pour les 4%, je ne connais pas les prévisions de la BCE ou de l'OCDE pour ce pays tout dépendra de l'écart pour savoir si elles sont réalistes ou pas...
a écrit le 18/05/2011 à 17:42 :
C'est sûr, lorsqu'on a un secteur financier exposé (Ce qui saurait être le cas de la France, les banques françaises n'investissant exclusivement qu'en France...), c'est encore mieux d'être en sérieux déficit! Sans blague, le gouvernement autrichien montre qu'il sait tenir un budget. C'est une leçon. Et si cette leçon agace, c'est parce que les autres pays se réfugient derrière l'excuse de la conjoncture économique pour continuer de faire courir les déficit. Et au fait, comment vont les finances suisses? L'Autriche n'est pas un cas isolé.

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