Comment les banques britanniques font payer cher la gratuité

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Outre-Manche, on peut ouvrir un compte rémunéré sans rien avoir à payer. Mais les banquiers britanniques ont trouvé de nombreux filons pour compenser cette apparente générosité.

Officiellement, les banques britanniques sont gratuites pour les particuliers. Ouvrir un compte courant ne coûte rien, et il n'y a pas de frais annuels à débourser. Mieux encore, les comptes courants sont rémunérés. Même si, avec des taux d'intérêt au plancher, la rémunération actuelle est quasiment nulle. Pas besoin d'être un économiste très chevronné pour se douter que le système ne peut pas fonctionner. Quelqu'un, quelque part, doit payer. Cette fausse gratuité a été mise à nu la semaine dernière, quand les banques ont finalement reconnu leur culpabilité sur les assurances emprunteurs. Pendant des années, elles ont vendu de façon très clairement abusive ces produits qui permettent de couvrir le remboursement d'un crédit (immobilier, consommation...) en cas de décès ou d'invalidité grave, ou parfois en cas de perte d'emploi. Pour les banques, c'était l'une de leurs principales sources de revenus dans la banque de détail. Le prix de ces assurances était démesuré : dans une majorité des cas, les primes versées étaient plus élevées que les intérêts du prêt. Pour le client, cela revenait à doubler le prix de son emprunt ! Tout ça pour une assurance de peu d'utilité : en moyenne, les versements ne représentent que 15 % des primes collectées, selon une enquête de la commission sur la concurrence. En plus du prix, les banques ont utilisé des pratiques de vente dignes d'un VRP aux abois. La vente d'une police était le plus souvent concrétisée par une simple case cochée dans le formulaire du prêt. Plus incroyable encore, de nombreuses assurances ont été vendues à des gens qui ne pouvaient pas en bénéficier, par exemple parce qu'ils étaient sans emploi ou à leur compte. Face à ces pratiques, les banques ont reçu un déluge de plaintes qu'elles ont rejeté en bloc... Ce qui a mené à une poursuite judiciaire entamée en 2005... Qui s'est finalement conclue par une condamnation des institutions financières le mois dernier. Celles-ci voulaient faire appel mais il aura fallu que le nouveau patron de Lloyd Banking Group, António Horta-Osório, se désolidarise des autres pour que les banques perdent finalement l'affaire. Il a en effet renoncé à faire appel et il a provisionné dans ses comptes 3,6 milliards d'euros pour dédommager ses clients. Furieuses, les autres banques ont suivi, pour une facture qui pourrait frôler les 8 milliards d'euros !

Fort heureusement, les banques disposent d'une autre manne, les taux d'intérêt sur les découverts bancaires. En moyenne, pour tout découvert autorisé, les Britanniques doivent payer un intérêt de 14 % au-dessus du taux directeur de la Banque d'Angleterre. En 2006, le niveau était de 8 %. Quant au taux sur les découverts non autorisés, il est en baisse (à 19 % tout de même) sous la pression de l'autorité de la concurrence qui a lancé une enquête sur les abus dans ce domaine. Bref, les Britanniques, comme tout le monde, paient pour leur compte en banque. Simplement, ils ne s'en rendent pas compte. « Il faut que nous ayons un vrai débat sur les comptes gratuits, parce que c'est clairement un nom qui induit en erreur », estime Linda Weatherhead, du panel de consommateurs de la FSA, le régulateur financier. La gratuité est un mythe qui vit ses derniers jours outre-Manche.

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