Poutine et Medvedev, vraie ou fausse rivalité pour la présidentielle de 2012 ?

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A quelques mois des élections législatives de décembre 2011 et des présidentielles de mars 2012, la rivalité entre le président Dmitri Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine s'exacerbe. Medvedev voudrait, comme l'y autorise la Constitution, briguer un second mandat, mais Poutine entend récupérer le siège qu'il a laissé contre son gré en 2008.

Les relations entre Dmitri Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine sont-elles à un tournant ? Depuis septembre 2010, les piques et les déclarations contradictoires sur la politique intérieure ou internationale se multiplient dans la presse, faisant penser que les deux têtes de l'Etat russe avaient du mal à se partager le pouvoir. Jusqu'à récemment la plupart des commentateurs refusaient pourtant d'y croire, estimant que les deux hommes entretenaient eux-mêmes cette fausse rivalité. L'objectif  : pimenter la vie politique nationale et, surtout, détourner l'attention de la "vraie" opposition, qui, elle, peine à exister.

Mais depuis quelques mois, cette vrai-fausse concurrence prend de l'ampleur, alors qu'approchent les élections législatives de décembre 2011 et, surtout, la présidentielle de mars 2012. D'un côté, Dmitri Medvedev aimerait briguer un second mandat. De l'autre, Vladimir Poutine, poussé par son entourage, voudrait diriger à nouveau le pays. La semaine dernière, cette rivalité s'est accentuée. Selon le quotidien économique et financier russe Vedomosti, réputé pour sa rigueur et son indépendance, le président Medvedev aurait, lors d'une réunion à huis clos le 12 juillet, demandé aux dirigeants de vingt-sept importantes entreprises publiques et privées de choisir entre lui et son Premier ministre, leur candidat à la présidentielle de mars 2012. "Le président nous a fait comprendre, de manière délicate et sans ambiguïté, que le moment était venu pour le monde des affaires de faire son choix", a raconté au journal un participant à la réunion.

 "Mesures fortes" de Medvedev contre le clan Poutine

Désigné par Vladimir Poutine lui-même pour lui succéder en 2008, Dmitri Medvedev a bien joué son rôle de bureaucrate discret et dévoué, laissant l'ancien président devenu Premier ministre occuper le devant de la scène, tout en instaurant des différences d'appréciation largement relayées par les médias et censées montrer l'existence d'un pluralisme politique. Mais les offensives de chaque camp ont singulièrement augmenté ces derniers mois. "Leur rivalité n'est plus du tout factice, elle tend même à s'amplifier à l'approche du moment où il faudra décider qui se présente. Medvedev a imposé des mesures fortes comme l'interdiction de cumuler un poste au gouvernement avec une place dans le conseil d'administration d'une entreprise, qui visait très clairement les proches de Poutine et surtout Igor Setchine, le très influent vice-ministre de l'Energie et président du conseil d'administration de la société pétrolière d'Etat Rosneft", analyse Arnaud Dubien, le directeur de la revue sur la Russie Eurasia Intelligence Report.

Thomas Gomart, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), partage également la thèse d'un "tournant" dans les relations entre les deux hommes. Pour lui, la candidature de Dmitri Medvedev à la présidentielle à la place de Poutine est de plus en plus sérieuse, en témoigne la chute drastique de la côte de popularité du Premier ministre ces derniers mois. Le discours de modernisation de l'Etat de Medvedev trouve un écho dans l'opinion. "La vague de privatisations lancée fin 2010, qui a touché des entreprises stratégiques dans l'énergie ou les transports pour un montant de 42 milliards d'euros, tend à modifier les rapports de force dans un pays où la collusion entre intérêts publics et privés est très forte", estime le chercheur.

Une guerre d'entourages

De fait, les vingt-sept chefs d'entreprise doivent opter entre la politique plus libérale et modernisatrice de Medvedev, et la continuité incarnée par Poutine. Mais l'économiste et géopolitologue Georges Solokoff, chercheur au Centre francais d'etude et de recherche en economie internationale (Cepii), n'adhère pas au scenario d'une réelle rivalité entre les deux hommes. Il estime que ces tensions ne remettent pas en cause l'accord entre les deux têtes de l'Etat russe. "Cette guerre est davantage celle de leurs entourages respectifs. Le choix du candidat à la présidentielle est très important pour eux, car cela signifie une perte considérable d'influence si l'autre camp est choisi. Il s'agit d'une quinzaine de personnes, dans chaque camp, qui tient à tenir les rênes du pouvoir politique et économique. Medvedev et Poutine, eux, ne s'inquiètent pas pour leur trajectoire personnelle, ils n'ont qu'à se mettre d'accord sur leurs intérêts. Ils le feront en temps et en heure, car dans le fond il n'y a pas de réel problème entre eux", estime ce spécialiste, qui rappelle que malgré les tentatives de Dmitri Medvedev de confisquer une partie du pouvoir aux proches de Poutine, celui-ci bénéficie de davantage de soutiens que Medvedev.

De ce point de vue, les élections législatives qui se tiendront en décembre constitueront un test pour la présidentielle. Les deux camps mobilisent leurs troupes en vue de cette échéance. Vladimir Poutine a mis en place son "Front populaire", une structure dans le cadre du parti Russie unie. Ouverte à tous, elle vise à recruter les classes moyennes et à changer l'image du parti. L'opinion considère ce dernier comme fermé sur lui-même, miné par les scandales et la corruption. Dmitri Medvedev, lui, privilégie la campagne de terrain : des militants surmotivés vendent dans la rue le bilan et les réformes du chef de l'Etat, et encouragent les Russes à soutenir le président pour obtenir un second mandat. Medvedev bénéficie également de l'appui d'un nouveau parti politique libéral, Juste cause, créé par l'oligarche multimillionnaire Mikkaïl Prokhorov.

Pendant que le pouvoir organise la rivalité en son sein, l'opposition reste marginalisée. Le 21 juin, une nouvelle formation libérale, Le Parti de la Liberté du Peuple, emmenée par d'anciens hauts-reponsables russes, s'est vu interdire de participer aux élections, entraînant les critiques de la Commission européenne.

Lire aussi : Les enfants de la "nomenklatura" russe s'exercent à la lutte des places

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Commentaires
a écrit le 19/07/2011 à 19:51 :
Vedomosti de la rigueur et de l'objectivité ?!! C'est une émanation du Financial TImes et du Wall Street Journal ! C'est d'ailleurs marqué sur la première page !
a écrit le 19/07/2011 à 6:51 :
Vous citez l'article de Vedomosti devenu pour l'occasion "réputé pour sa rigueur et son indépendance"... mais la citation est tronquée. Un autre participant à la même réunion a déclaré qu'il n'avait rien compris de la sorte et que, pour lui, le président n'avait pas fait ce genre de suggestion.
Vous donnez également dans la vision très française de relations forcément conflictuelles entre Messieurs Medvedev et Poutine. Une meilleure connaissance de la culture russe vous ferait comprendre que cela peut ne pas être le cas.
Mais pour terminer mon commentaire sur une note positive, j'ai aimé votre citation de Georges Solokoff (sans doute parceque son opinion correspond à la mienne!).
Une dernière chose encore. Cette opposition dont on entend partout parler et qui serait "muselée" n'a pas d'existence réelle dans le public russe. Elle est menée par des personnes qui ont perdu toute crédibilité dans la population pour leur action dans le chaos des années 90.
Réponse de le 19/07/2011 à 7:49 :
@ Denys: je dis un peu la même chose, mais différemment, à savoir que la presse occidentale se complait à dire du mal de la Russie et de la Chine, sans véritables arguments...mais à partir du moment où on calomnie, il en reste toujours quelque chose, n'est-ce pas :-)
a écrit le 19/07/2011 à 5:45 :
Juste 2 remarques: 1) avoir un poste dans une grande entreprise et un psote au gouvernement, cela s'appelle être en conflit d'intérêt. Je sais que cela ne choque pas en France où les politiques font cela régulièrement et naturellement, mais c'est interdit dans le monde anglo-saxon. 2) En France, si on ne respecte pas les règles d'avalisation, par exemple les 500 signatures de notables, on ne peut participer aux élections. Pourquoi la même chose en Russie est-il choquant pour le rédacteur de l'article ???

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