Jürgen Stark plaide la ligne dure face à Athènes

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Jürgen Stark
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A la veille du conseil Ecofine de Wroclaw, l'économiste en chef de la Banque centrale européenne (BCE), Jürgen Stark, démissionnaire, exhorte à sanctionner Athènes si elle ne respecte pas ses engagements. Il rejette les "eurobonds", possibles seulement avec un ministère européen des finances centralisé...

Une semaine après avoir annoncé avec fracas sa démission du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), son économiste en chef, l'allemand Jürgen Stark, persiste et signe.

Dans un discours qu'il tient ce jeudi soir à Vienne, le "faucon" Stark fait monter la pression à la veille de la réunion des ministres des Finances de l'Union européenne (UE) ce week-end à Wroclaw en Pologne.

Saluant les "bons progrès que font l'Irlande et le Portugal pour assainir leurs finances publiques et la mise en ?uvre des réformes structurelles urgemment nécessaires", Jürgen Stark s'en prend au troisième pays bénéficiant actuellement d'une aide de l'UE et du Fonds monétaire international (FMI): la Grèce.

"La Grèce doit aussi désormais respecter ses engagements et appliquer rigoureusement son programme économique et d'adaptation structurelle " exhorte cet ancien secrétaire d'Etat allemand aux Finances.

"Ce n'est qu'ainsi que pourra être octroyée l'extension de l'aide à la Grèce décidée par les chefs d'Etat et de gouvernement le 21 juillet" indique Jürgen Stark, avertissant que "si la Grèce ne remplit pas les conditions, cela doit avoir des conséquences ! ".

Ce membre démissionnaire du directoire de la BCE en profite pour qualifier les "eurobonds" de mauvaise idée, fidèle à une vue très largement répandue outre-Rhin parmi les dirigeants politiques au pouvoir (chrétiens-démocrates et libéraux du FDP). Stark défend ainsi la ligne de la BCE: son collègue au directoire de la BCE, Lornezo Bini-Smagghi, lui aussi sur le départ, a lui aussi vivement critiqué les eurobonds. 

Les euro-obligations seraient une de "ces propositions à courte vue qui inquiètent" et "risquent de miner les mécanismes du marché" en octroyant un taux de financement de la dette plus bas "aux Etats imprudents en matière de finances publiques".

"Ces emprunts d'Etat garantis de façon commune [au niveau européen, NDLR] n'absorbent pas les coûts d'une crise budgétaire " plaide Stark, "ils ne font que les dissimuler ". "Les coûts de dettes d'Etat élevées ne seraient plus supportés par ceux qui les ont contractées mais la communauté des Etats-membres".

"Les "eurobonds" impliquent donc nécessairement un transfert [financier] des Etats solides financièrement, qui auparavant bénéficiaient de taux d'intérêt inférieurs, aux Etats, qui ont dû payer jusqu'à présent - en raison de politiques budgétaires peu rigoureuses - un taux d'intérêt plus élevé", explique le banquier central.

Pour Jürgen Stark, "les eurobonds ne sont pas une solution à la crise de la dette" notamment car "ils nécessitent une véritable union politique avec un ministère des Finances européen centralisé, démocratiquement légitimé, qui exerce des droits d'intervention directs dans les politiques budgétaires des Etats membres".

C'est justement le président de la BCE, Jean-Claude Trichet - avec lequel Jürgen Stark est réputé en froid - qui avait lancé l'idée d'un ministre européen des Finances lors de son discours de remise du prix européen Charlemagne début juin dernier...

Tout en défendant point par point la politique de la BCE durant la crise financière (sans toutefois insister sur le rachat de titres de la dette par l'institution de Francfort que Stark a maintes fois critiqué et qui serait à l'origine de sa démission), l'économiste en chef de la BCE signale que cette "crise financière et de la dette" est loin d'être terminée.

"Où en sommes-nous ? Malheureusement la réponse brève à cette question est :  toujours en plein dedans...", déclare Jürgen Stark.

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Commentaires
a écrit le 16/09/2011 à 7:46 :
Seriez vous caution des dettes de vos voisins cigales?????? MOI NON.
Réponse de le 22/09/2011 à 2:17 :
Mais tu l'es et tu ne le sais pas, à moins que tu ne sois fonctionnaire, donc par définition cigale qui vit aux dépens des autres.
a écrit le 16/09/2011 à 6:56 :
ft arreter de mettre la charrue avant les boeufs;
discipline budgetaire de fer en premier, eurobonds en deuxieme;
tt le monde sait que les grecs ne veulent pas faire les efforts demandes, car c'est difficile; ils preferent que les europeens paient pour leurs vacances, leur metro tt neuf, et leur farouche volonte a tricher et a ne pas payer d'impots
a écrit le 16/09/2011 à 4:15 :
Les Eurobonds faciliteraient la convergence des économies des pays Euro. Le danger serait un manque de discipline budgétaire. Des clauses devraient permettre d'exclure les pays qui ne respectent pas la limite des 3%. Ceux-ci n'auraient pas accès aux Eurobonds.
Il est bien évident que si un pays qui est déjà en difficulté, comme l'Espagne ou l'Italie, doit payer 3% à 4% de plus d'intérêts que les pays à économie forte comme l'Allemagne, ce pays a très peu de chances de sortir de ses difficultés ou de redevenir compétitif. Je suis persuadé que tout le monde le sait très bien.
Sur ce point les conditions doivent être les mêmes pour tous les pays de la Zone Euro.
Le problème est que les pays les plus avantagés ne veulent renoncer à aucun de leurs avantages.
C'est donc le principe du chacun pour soi, « Eigene Verantwortung » tant cher aux Allemands qui finira par faire éclater la Zone Euro.
a écrit le 16/09/2011 à 1:57 :
On ne peut pas être en désaccord avec JS. Mais un ministre des finances européen qui a droit de véto sur l'émission de dette, ça va avoir de sacrées conséquences politiques. Aurait-il autorisé l'achat de sous-marins par la Grèce? Aurait-il autorisé les coûts de "foncttionnement" des interventions en Liby, en Irak et en Afghanistan. Faut aller jusqu'au bout du raisonnement et constituer un gouvernement fédéral. C'est pas demain.
a écrit le 15/09/2011 à 20:49 :
Sans vouloir remettre en cause les compétences et les idées de M. Stark je trouve que c'est assez facile de critiquer quand on a quitté le navire...
Réponse de le 16/09/2011 à 0:45 :
C'est justement maintenant qu'il a démissioné que Stark retrouve une certaine liberté de parole, je ne vois pas où est le problème. Il faut voir ses arguments.
1. Il faut avouer qu'il n'a pas tout-à-fait tord: mettre en place des eurobonds demain ne résoudra rien. Une des critiques récurrentes est bien le manque d'homogénéité de la zone euro. Mais le problème principal est bien la croissance du déficit et de la dette de pas mal de pays membres. Tant que tout le monde n'aura pas ses finances publiques sous contrôle, à quoi servent les eurobonds? A masquer encore plus de dettes. Bon nombre de politiques commencent à supporter cette idée, parce que ça leur éviterait d'avoir à prendre des décisions difficiles...
2. Sur ce point, Trichet n'est pas forcément en désaccord, il sait très bien que davantage de fédéralisme/centralisation est désormais nécessaire.

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