Le prochain sommet européen est-il celui de la dernière chance ?

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Pour François Fillon, "si on ne réussit pas (le 23 octobre), l'Europe sera en très grand risque" alors que Nicolas Sarkozy a expliqué que "notre destin se joue dans les dix jours". De son côté, Jacques Delors appelle même "à la liberté de sortir de l'euro". Tandis qu'au Portugal et en Grèce, les nuages s'amoncellent.

Rien ne va plus ce mardi 18 octobre. Mauvaises nouvelles et mises en garde s'accumulent à quelques jours d'un sommet européen sous haute tension. Tout a commencé avec l'annonce par Moody's d'une vigilance accrue sur le triple A de la France. Une nouvelle qui a fait plonger les valeurs bancaires, et tout l'indice parisien. Mais les alertes viennent également d'un peu partout en Europe, dans le sillage des paroles peu rassurantes d'Angela Merkel proférées lundi. Revue de détail.

Jacques Delors joue les Cassandre

Dans une interview publiée mardi par Le Monde, Jacques Delors propose une réforme des traités européens pour permettre à certains pays de sortir de l'euro.

Il estime que l'euro est "au bord du gouffre" en raison du caractère tardif de la réaction des dirigeants européens, mais aussi du vice de construction du système de gestion de la monnaie unique. "En 1997, après avoir quitté la Commission, j'avais proposé (...) de créer à côté du pôle monétaire (la Banque centrale indépendante et un pacte de stabilité), un pôle économique avec un pacte de coordination des politiques économiques", souligne-t-il.

"Si un tel équilibre avait été réalisé, le Conseil de l'euro se serait interrogé en temps utile sur la situation de la Grèce, sur la dette privée qui augmentait de façon inquiétante en Espagne, en Irlande et en Italie. Il aurait pu réagir", a-t-il ajouté.

C'est pourquoi Jacques Delors se félicite de l'intention de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel de modifier les traités européens pour créer un véritable gouvernement économique de la zone euro, mais y ajoute une disposition non prévue.

Jacques Delors juge en outre que la recapitalisation des banques prônée par le tandem franco-allemand est un "coup de poker" dont il souhaite qu'il réussisse.

François Fillon met en garde

Le Premier ministre français François Fillon a mis en garde mardi, devant les députés UMP, contre tout échec du sommet européen de dimanche, en estimant que "si on ne réussit pas, l'Europe sera en très grand risque" face à la crise de la dette.

En revanche, "si on réussit dimanche et dans les jours qui suivent, on peut passer à la deuxième étape" qu'est "le G20 de Cannes, où on travaillera à la relance de l'économie mondiale", a-t-il déclaré, selon des participants à la réunion hebdomadaire, à huis clos, du groupe UMP à l'Assemblée nationale.

Nicolas Sarkozy aussi

Pour Nicolas Sarkozy, "notre destin se joue dans les dix jours". "La crise systémique peut avoir des conséquences graves, il faut faire un tableau réaliste de la situation".

Le Portugal prévient que les objectifs risquent de ne pas être atteints

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, a souligné mardi les risques que le Portugal, sous assistance financière, ne puisse réaliser cette année ses objectifs de réduction du déficit budgétaire.

"Les dernières informations suggèrent qu'il y a des risques que l'objectif de réduction du déficit ne soit pas atteint", a-t-il déclaré dans un discours prononcé lors d'une conférence économique organisée par la radio portugaise Antena 1.

En échange d'une aide exceptionnelle de 78 milliards d'euros, le Portugal s'est engagé à mettre en oeuvre un rigoureux programme d'austerité et de réformes destinées à améliorer la compétitivité du pays.

Une mise sous tutelle de la Grèce est de plus en plus d'actualité

Certains pays de la zone euro veulent donner aux représentants de la Commission européenne (CE) à Athènes le pouvoir de superviser la privatisation d'actifs publics grecs et l'administration du pays, ont dit mardi des sources européennes à Reuters. Un responsable a fait état d'un large soutien à l'idée de surveiller de plus près le gouvernement grec, accusé par beaucoup de ne pas en avoir fait assez en matière de privatisations et de réformes.

"C'est ça ou le pays ne reçoit pas d'argent", a résumé une source de la zone euro favorable à l'idée de laisser la mission ('task force') de la Commission européenne présente à Athènes "reprendre à son compte certaines des fonctions régaliennes de l'Etat" pour "lancer la machine".

"Il s'agit une assistance imposée de l'extérieur", a-t-on indiqué à propos de ce projet, qui impliquerait de déployer plusieurs centaines d'experts supplémentaires en Grèce pour administrer le pays. "L'idée est en vogue dans certaines capitales. Il n'y a pas d'autre option."

Une autre source parle d'une volonté d'établir une entité permanente pour assurer une partie du travail des inspecteurs de la troïka. "Il faut quelqu'un qui puisse parler grec mais qui ne soit pas du côté des Grecs", estime-t-elle. "Les pouvoirs (de cette entité) seraient liés au caractère conditionnel de l'aide. Il faut présenter tout cela avec prudence; appelez ça une 'assistance technique' ou comme vous voudrez. On ne peut pas fouler (les Grecs) aux pieds."

La proposition, qui reprend une idée défendue par les Pays-Bas visant à mettre sous tutelle les mauvais élèves en matière budgétaire, risque toutefois de placer la Commission dans une situation délicate. Et si l'Allemagne, principal contributeur au Fonds européen de stabilité financière (FESF) pourrait être rassurée par une telle mise sous tutelle, un pays comme l'Irlande s'y opposerait farouchement de peur de subir le même sort.

La Commission européenne exige une réponse globale

La Commission européenne a insisté mardi sur la nécessité d'obtenir une réponse rapide et complète face à la crise de la dette lors du sommet des dirigeants européens de dimanche, répondant implicitement à Berlin qui avait la veille douché les espoirs en ce sens.

"Une approche parcellaire n'est désormais plus possible. Nous avons besoin d'une réponse complète" pour résoudre la crise de la dette, a affirmé Amadeu Altafaj, porte-parole du commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn, lors d'un point de presse à Bruxelles.

"Nous ne pouvons pas trouver une solution définitive pour la Grèce sans chercher à mettre en place les barrières nécessaires pour empêcher la contagion de la crise", a-t-il précisé. A cet égard, "nous ne pouvons pas laisser la question des banques de côté", a-t-il poursuivi.

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