La rigueur française ne convainc pas les exportateurs allemands

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Le chef des exportateurs allemands, Anton Börner, prédit pour l'été prochain une rupture entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, une fois celui-ci réélu. Avec à la clé un éclatement de la zone euro, qui ne l'inquiète pas trop car l'export allemand continuera même sans l'euro. Il juge "insuffisant" le plan d'économies présenté lundi par François Fillon, alors que le porte-parole de la chancelière le loue ostensiblement. Angela Merkel n'a "aucun projet de rencontre avec François Hollande".

Le nouveau plan d'économies présenté par la France fait débat outre-Rhin. Alors que le gouvernement allemand en fait spontanément l'éloge, les entrepreneurs ne sont pas forcément du même avis.
"Ces mesures ne vont pas suffire : la France a un gros problème de croissance, de productivité et je ne la vois pas les résoudre en peu de temps avec ce plan" indiquait mercredi à Berlin le président de la Fédération des exportateurs allemands (BGA), Anton Börner, devant l'Association de la presse étrangère (VAP).
"La politique française s'immisce trop dans la vie des entreprises, dans notre monde globalisé c'est un manque de flexibilité" juge-t-il. "Je ne crois pas qu'un président français puisse s'attaquer aux privilèges comme le nécessiterait l'économie or les marchés financiers sont devenus impatients : la France est devenue un facteur de risque à prendre très au sérieux, c'est du moins comme tel que la voient les marchés" estime-t-il.
Pour ce représentant d'entreprises réalisant au total quelques 1200 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel à l'export et employant en Allemagne 1, 2 million de personnes "la grande inconnue dans le jeu actuel c'est la France".

"L'ETE PROCHAIN UNE SITUATION ENCORE PLUS GRAVE QU'AUJOURD'HUI"


"Jusqu'ici le lien entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy a tenu mais ma prévision est qu'une fois Sarkozy réélu cela va se rompre et dès l'été prochain nous aurons une situation encore plus grave qu'aujourd'hui, la France étant le prochain domino alors que nous n'aurons pas même résolu le cas italien" prédit, pessimiste, Anton Börner.
Selon lui le rapprochement entre Paris et Berlin est tout simplement impossible. "La mentalité des Français est beaucoup plus proche de celle des Italiens que de celle des Allemands, ces derniers ayant plus d'affinités avec les Britanniques".
"Les raisons d'Etat française et allemande ainsi que leur façon d'organiser leurs sociétés sont diamétralement opposées, elles ne vont pas ensemble" explique-t-il. "En France vous n'avez pas ce consensus avec les syndicats comme nous ici" précise-t-il. "Et puis l'indépendance de la banque centrale sera toujours un problème pour un président français alors que cela est non-négociable pour un chancelier allemand".

 

EXPORTER MEME SANS L'EURO


S'attendant à terme à un éclatement de la zone euro , Anton Börner ne s'en alarme pas outre mesure.
"L'euro est important pour nous les exportateurs mais pas tant que cela. Nos exportations augmentent sur des marchés qui n'ont rien à voir avec l'euro : la Chine, l'Inde, l'Amérique latine. Et si nous exportons tant dans les pays de la zone euro cela n'a rien à voir avec le fait d'avoir une monnaie commune mais dans le marché intérieur européen, l'absence de droits de douane" souligne le représentant de l'export allemand.
Les "cinq sages", les économistes conseillant le gouvernement allemand, essaient de convaincre du contraire. "L'Allemagne a justement profité jusqu'ici d'avantages considérables de la monnaie commune" écrivent-ils dans le premier chapitre de leur très attendu rapport annuel (lire ici en anglais). "Les nombreuses appréciations jadis du D-Mark créèrent à l'époque des problèmes économiques significatifs aux exportations et détruisirent massivement des emplois" rappellent-ils, évoquant aussi les difficultés récentes de la Suisse en raison de la surévaluation de son franc.
Dans leur rapport ces économistes estiment que l'an prochain la progression des exportations se ralentira des 7,8 % de cette année à 3,2 % en 2012.
La croissance de la première économie de la zone euro doit elle au total se ralentir des 3 % de 2011 à 0,9 % en 2012.
Mais si la crise de la dette dans la zone euro devait empirer, les "cinq sages" voient la croissance allemande tomber à 0,4 % l'an prochain, et même à une récession (-0,4 %) si "le commerce mondial devait stagner en 2012".
Quoi qu'il en soit, Anton Börner ne prend pas une disparition de l'euro comme tragique : "Cela ne veut donc pas dire que sans l'euro nous n'exporterions plus. De plus étant présents sur tous les marchés mondiaux, jusqu'en Corée du Nord... , nous avons beaucoup de possibilité pour compenser" relativise-t-il
En cas d'éclatement de la zone euro, le chef des exportateurs allemands estime qu'un "bloc monétaire" se constituera comprenant "l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Autriche, la Finlande, peut-être le Danemark".

AUCUN RENDEZ-VOUS AVEC FRANCOIS HOLLANDE SUR L'AGENDA DE LA CHANCELIERE


A l'inverse, selon "le gouvernement fédéral allemand, la France a donné avec son train de mesures un bon exemple d'un comportement responsable (...) ce sont des annonces auxquelles on peut se fier avec une perspective concrète de mise en œuvre, ce qui permet à un pays de regagner la confiance sur les marchés" a loué mercredi le porte-parole d'Angela Merkel, Steffen Seibert. Interrogé par La Tribune, si le candidat François Hollande devait lui aussi faire siennes le plan de mesures présenté par François Fillon, la "voix de la chancelière" a souligné que "les choses [du plan français] sont justes". Angela Merkel n'a apparemment pas l'intention d'en parler avec François Hollande lui-même : "je ne connais aucun projet de rencontre de la chancelière avec François Hollande" a précisé son porte-parole.
 

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a écrit le 12/12/2011 à 18:30 :
Franchement je ne comprends toujours pas pourquoi on met l'allemagne en exemple, sa situation est identique à la notre et sa croissance est quasiment la même. Elle ne fait que cacher sa dette comme la Grèce.
Pour la France, il est grand temps qu'il fasse des vrais plan avec des perspectives d'avenir car la rigueur pour la rigueur ca n'a aucun intérêt! Plus de rigueur oui, mais dans quel but? Il faut revoir notre fonctionnement... On a la chance de pouvoir se remettre profondément en question et on a l'impression qu'un microcosme qui ont bati leur fortune de manière plus ou moins douteuse ne veulent rien remettre en question. C'est lamentable !
a écrit le 27/11/2011 à 15:17 :
Les allemands ne méprisent pas la France mais eux ont les pieds sur terre.
a écrit le 18/11/2011 à 9:53 :
je suis française et je n'oublie pas l'histoire , c'est bien dommage ce mépris de l?Allemagne pour les français, pourquoi viennent-ils si nombreux dans notre pays pour
leurs vacances, je rappelle que notre nation a un savoir-faire et une capacité de travail tout aussi efficace que la leur
Réponse de le 18/11/2011 à 11:26 :
Arretez donc...Les Allemands adorent la France. La seule critique est justement le mépris de la France auprès de l'Allemagne que ce soit dans les institutions internationales (Otan, etc..) ou dans les relations bilatérales ou l'Allemagne est devenu l'idiot utile comme dans la crise de l'Europe.

L'Allemagne a été forcé dans l'Europe par les Francais (Mittérand mais les francais ont la mémoire courte, pas les Allemands qui se rappellent bien leur Mark) et maintenant jouent le jeu de l'Europe a merveille seulement c'est la France qui ne joue plus ce jeu ou qui refusent de le jouer.

Quand on voit les critiques Outre-Rhin venant vers la France, on voit bien un consensus d'incompréhension, de "pourquoi vous ne faites pas comme chez nous (compétition, rigueur, etc.)" et pas de la critique sans fondement et purement nationale telle qu'on en voit régulièrement dans les medias Francais a l'encontre de l'Allemagne./

Bref l'Allemagne a evoluée depuis 1945 dans ses relations bilatérales. Pas la France.
a écrit le 15/11/2011 à 11:00 :
Le 14/11/2011 la majorité des députés toutes tendances confondues s'est prononcée contre une diminution de 10 pour cent de leurs indemnités de parlementaires afin de réduire les dépenses de l'état.

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