Les "cent jours de grâce" de Mario Monti

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Le Premier ministre italien a une cote de popularité qui tutoie les 60% / Photo Reuters
Le Premier ministre italien a une cote de popularité qui tutoie les 60% / Photo Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
L'Italie a plus changé en cent jours avec Mario Monti, sous la pression des marchés, qu'avec Silvio Berlusconi pendant tout son règne. Sa recette pour redresser les comptes publics est louée à l'étranger et son gouvernement est populaire. Mais la suite du programme de libéralisation suscite l'irritation de l'aile gauche du parti démocrate. Il reste un an avant les élections pour remettre le pays sur les rails.

« En très peu de temps, Mario Monti a transmis au monde l'idée d'un pays qui tournait la page ». L'administrateur délégué de Fiat, Sergio Marchionne est généralement assez avare de compliments. Mais alors que le successeur de Silvio Berlusconi vient de fêter ses cent jours dans le fauteuil de président du Conseil, le patron du groupe turinois a souligné que l'ancien commissaire européen avait remporté, lors de sa visite officielle aux Etats-Unis marqué par un long entretien avec le président Obama, « un succès incroyable ».

A Bruxelles aussi, Mario Monti est parvenu à rassurer ses partenaires de l'UE. En quelques semaines, à la suite de réformes profondes et douloureuses comme celle des retraites (avec notamment le passage du nombre d'années de cotisations nécessaires à 41 ans pour les femmes, 42 ans pour les hommes) mais aussi d'une cure d'austérité supplémentaire d'environ 30 milliards d'euros, le spread entre les taux italiens sur les titres à dix ans et les bonds du Trésor allemands est tombé de 575 points le 9 novembre dernier à 366 points jeudi. Vendredi matin, le Trésor italien a levé sans difficulté, avec des taux en baisse, 4,5 milliards d'euros.

Soutien populaire

« Nous ne sommes plus un danger pour l'Europe » a mis en avant lors d'un récent voyage à Berlin le président du Conseil italien. En réponse la chancelière Angela Merkel s'est publiquement félicitée des « réformes extraordinaires adoptées » et de « la rapidité avec laquelle elles ont été réalisées ». En Italie, ce retour du pays sur la scène européenne et le sentiment que le gouffre au parfum grec a été évité de justesse est pour l'heure plébiscité par les Italiens. 72% d'entre eux estiment que Mario Monti a amélioré l'image de la péninsule.

Malgré l'entrée en récession du pays, l'augmentation de la pression fiscale et une succession d'indicateurs négatifs (dernier en date, la baisse de 1,1% des ventes de détail en décembre), le gouvernement Monti continue de bénéficier d'un soutien populaire aux alentours de 60%. Et malgré les critiques sur des mesures qui touchent surtout les classes moyennes et populaires (seuls 2% des Italiens jugent qu'elles frappent les « plus riches »), deux Italiens sur trois déclarent regarder le futur « avec optimisme ». « La rigueur est difficile à supporter » a d'ailleurs insisté vendredi matin Mario Monti « mais ensuite elle génère la reprise économique ».

Rigoureux et sérieux

Le gouvernement composé de techniciens est notamment plébiscité pour son comportement rigoureux et austère qui tranche en particulier avec les excès berlusconiens mais aussi avec les scandales de corruption qui continuent de frapper la classe politique. Le cabinet de Mario Monti a également démontré sa capacité de décision et de prendre des mesures impopulaires. Il y a quelques jours, le chef du gouvernement a par exemple renoncé à présenter la candidature de Rome pour les Jeux Olympiques de 2020 estimant que le pays n'avait pas actuellement les moyens d'un tel événement.

De la même manière, alors que nombre de ministres sont des catholiques pratiquants, le gouvernement de Mario Monti a annoncé son intention de taxer tous les biens de l'Eglise qui ont une fonction commerciale. Quant à la brigade financière, elle est invitée à multiplier les opérations, parfois spectaculaires, dans les grandes stations de ski par exemple, pour mener une lutte sans merci à l'évasion fiscale.

« Notre gouvernement est à court terme pour un objectif de long terme » ne cesse de répéter Mario Monti qui sait néanmoins que son opération ne pourra réussir s'il parvient à convaincre ses partenaires européens et notamment l'Allemagne à mettre en oeuvre des mécanismes pour relancer la croissance sur le continent. C'est dans ce contexte qu'il y a quelques jours l'ancien commissaire européen a adressé avec David Cameron et dix autres pays européens une lettre ouverte à l'Ue pour demander notamment la création d'un marché unique de l'énergie et un renforcement de celui des services.

Impossible retour en arrière

En attendant, après la mise en ordre urgente des comptes budgétaires à la fin 2011, Mario Monti a engagé une deuxième phase pour libéraliser l'économie et réformer le marché du travail. Depuis plusieurs semaines des négociations sont en cours avec les partenaires sociaux. La ministre du Travail Elsa Fornero a toutefois averti que même sans accord, « le gouvernement ira de l'avant » provoquant la réaction irritée de l'aile gauche du parti démocrate.

Mais pour l'heure, aucun parti n'a intérêt à faire tomber un exécutif si populaire avant la fin de la législature au printemps 2013. « L'objectif du gouvernement Monti est très clairement d'approuver des réformes structurelles au plus vite » analyse un ancien conseiller de Romano Prodi « afin que quelque soit la future majorité qui sortira des urnes, on ne puisse plus revenir en arrière et tout faire sauter ». 

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Commentaires
a écrit le 26/02/2012 à 4:44 :
Le problèmes de l'économie italienne sont en grande partie dus à l'entente franco-allemande.
Les clauses des traités ont étés dictées aux autres membres par par l'axe franco-allemand et elles avantagent surtout les économies les plus fortes.
Ces accords permettent aux économies fortes de la Zone Euro de se développer aux dépens des économies moins fortes, donc aussi de l'économie italienne, celles-ci n'étant plus protégées ni par les dévaluations périodiques, courantes avant l'introduction de l'Euro, ni par des droits de douane.
Les bénéfices réalisés par les gros groupes industriels, surtout allemands et quelques français dans la Zone Euro ont été réinvestis en grande partie soit dans les pays nouveau venus dans l'UE et aux salaires très bas ou même en dehors de celle-ci. Ce qui représente non seulement une fuite de capitaux pour l'Italie mais aussi une concurrence déloyale à cause du dumping des salaires.
Dans l'intérêt de l'UE ces traités devraient être modifies de façon a protéger les économies des pays menacés ainsi de récession, le chômage des jeunes très élevé provoque l'émigration des jeunes les plus qualifiés vers d'autres continents, ce qui affaibli l'économie d'avantage et à long terme. Les efforts déployés par l'Allemagne pour attirer ces jeunes chômeurs hautement qualifiés, ont peu de succès, l'Allemagne n'étant pas et n'ayant jamais été un pays d'accueil par excellence. (exception faite de l'immigration de main d'oeuvre pour les besogne les plus ingrates, « Gastarbeiter »)
a écrit le 25/02/2012 à 16:50 :
Marine Le Pen, contrairement a Sarkosy mettra également un économiste, un vrai, au ministère des finances qui est une affaire de professionnel.
Réponse de le 26/02/2012 à 8:52 :
Non PAS MARINE !
Elle veut sortir de l'euro !
a écrit le 24/02/2012 à 13:53 :
Renoncer à la candidature pour les JO est signe d'un grand réalisme pour un pays très endetté. Chez nous c'est plutôt l'inconscience pour un grand prix de France en formule 1 qui même si il n'est pas doté par l'état le sera par les régions et pour une retombée financière peanuts malgré des politiques qui soutiennent le contraire.
Simple évènement à la gloire du politique en place qui pourra se vanter d'avoir fait renaitre le grand Prix de France en formule 1 mais a quel prix pour les contribuables
Réponse de le 24/02/2012 à 20:53 :
Mais mon ami, si le politique était clairvoyant ça se saurait!! On ne serait d'ailleurs pas autant dans la mouise si depuis 30 ans ces gens s'étaient un temps soit peu occupés des problèmes autres que leurs train de vie et avaient vu un peu plus loin que leurs échéances électorales...
a écrit le 24/02/2012 à 13:23 :
Les français, et surtout les allemands vous regardent M. Monti, mais dites vous bien que vous bénéficiez de la mansuétude des allemands au moins dans un domaine et pas des moindre,.... du côté de la BCE, c'était inespéré mais c'est le cas alors à vous de jouer M. Monti vous avez encore plus de 300 jours devant vous autant dire l'éternité à l'allure à laquelle vous semblez aller.
Réponse de le 24/02/2012 à 15:28 :
300 jours c'est comme dirait l'autre 3*100, donc le premier nouveau 100 consacré aux réformes économiques et sociales, le deuxième 100 à la fraude et l'évasion fiscale et le troisième au remboursement de la dette parce que 120% du PIB ça commence à faire beaucoup et il ne faut pas que ça dure encore 100 jours de plus, au delà des 300, parce que là je vous garantis M. Monti que les marchés se montreront impitoyables à moins que ça ne rentre pas dans les plans de l'Italie de rembourser elle même sa dette, ce qui ne serait pas une vue de l'esprit vu l'attitude de votre prédécesseur.
Réponse de le 26/02/2012 à 1:41 :
et s'il pouvait s'attaquer à la mafia du sud du pays se serait pas plus mal... vous incluez ça dans "fraude fiscale" ?
a écrit le 24/02/2012 à 13:21 :
Monti montre par l'exemple qu'on peut mener une politique liberale en Europe et repondre efficacement a la crise economique.
Réponse de le 24/02/2012 à 14:25 :
C'est justement en grande partie à cause d'une politique économique libérale débridée que l'Europe et le Monde sont en crise... Merci de reprendre vos chiffres
Réponse de le 24/02/2012 à 17:15 :
Vous avez raison, avec une récession annoncée à -2,4% par le FMI, quelle belle efficacité !
Réponse de le 24/02/2012 à 19:15 :
@ Luthner : il est vrai que la crise en France est sans doute liée à un libéralisme excessif, avec un Etat qui gaspille énormément d'argent en ponctionnant plus de 56 % du PIB. Mais il est vrai que l'endoctrinement marxiste se fait en France dès l'école publique primaire !
Réponse de le 25/02/2012 à 19:23 :
@Lutner
A votre place je regarderais les Suédois !
Ils avaient en 1990 de gros de tres gros cousis !!!!
20 ans après et de TRES LARGES REFORME TRES LIBERALES : ils s'en tirent mieux que la France !
a écrit le 24/02/2012 à 13:21 :
La récession s?acccentue en Europe, selon les nouvelles prévisions de la Commission, qui se sont dégradées par rapport aux précédentes de l?automne. Parmi ses pronostics, celui concernant l?Italie est sans doute le plus préoccupant, car son PIB devrait diminuer de 1,3 %. Mais les prévisions varient suivant leurs auteurs. Celles du FMI sont en effet de -2,5 % pour l?Italie.... Pour s'en sortir, l'Italie mise comme ses voisins sur des recettes libérales : réduction des aides de l?État aux banques et assouplissement du marché du travail, levée des dernières barrières commerciales et libéralisation totale du secteur énergétique. Bon courage aux Italiens! Ils sont loin d'être sortis de l'auberge

Réponse de le 24/02/2012 à 14:47 :
On en reparle dans quelques années, lorsque l'Italie sera redevenu compétitive et excédentaire.
Vous êtes à l'image de notre France conservatrice et nombriliste, qui va se retrouver en faillite d'ici quelques années sans réformes similaires.
Réponse de le 24/02/2012 à 15:24 :
L'espoir fait vivre "Clem" mais en matière d'economie, les chiffres ne mentent pas surtout quant ils proviennent du FMI ou de la commission. Désolé de freiner votre joie et d'ébranler quelques peu votre foi dans un dogme qui ne mène nul part. Ceci dit, je serais curieux de connaitre les éléments qui vous poussent à croire que l'Italie va s'en sortir d'ici quelques années? Car pour l'instant malgré la forme, le fond est plutot très mal barré...
Réponse de le 24/02/2012 à 15:44 :
Vous avez raison, et les Français feraient bien d'etre plus modestes car dans le domaine de la machine outil, les italiens dépassent la France avec une balance commerciale supérieure de 40 Milliards d'euros dans ce domaine .Ce n'est pas rien.
Réponse de le 28/02/2012 à 12:46 :
Il serait bon d'arrêter de ne systématiquement penser qu'au court terme. Oui l'Italie en est récession cette année et sûrement aussi l'année prochaine, mais grâce aux réformes prises ( libéralisation de nombreux secteurs type taxis, simplification de la création d'entreprises..) l'italie va pouvoir repartir à moyen terme.
a écrit le 24/02/2012 à 13:01 :
Vous oubliez di signaler dans l'article que la France et l'Allemagne ont refusé de s'associer à la lettre ouverte de Monti envoyée à l'Ue pour demander notamment la création d'un marché unique de l'énergie et un renforcement de celui des services. Pourquoi ?
Réponse de le 24/02/2012 à 14:58 :
Préserver les monopole d'EDF, leader européen , ou encore d'Eon ...
Alors que le marché unique bénéficierait à tous et diminuerait les prix. Bien entendu, ces groupes les préfères élevés...
a écrit le 24/02/2012 à 12:38 :
Monti est un politique semble t il efficace et discret, ce qui ne l'empêche pas de communiquer via les plus grands journaux du monde, mais sans a coups, sans verrouiller ou saturer les médias, sans sans opposer les italiens les uns aux autres, sans s'associer à l'extrême droite xénophobe ou raciste ou à ses thèses, sans tout ce à quoi Sarkozy a recours. Seul bémol, je suis encore très septique sur sa capacité la société italienne (ceci concerne une bonne parie de ce pays) de la combinazione, de la corruption et d la fraude-évasion fiscale. M. Monti on attend de voir pour croire.
Réponse de le 24/02/2012 à 12:51 :
Par contre le fait que ce soit un homme de Goldman Sachs et qu'il participe au "coup d?État" des banques sur l'Europe ne vous perturbe pas trop ? A quand un vrai banquier à la tête de la France, comme en Italie et en Grèce, afin de mettre ce pays sous tutelle de quelques financiers ?
Réponse de le 24/02/2012 à 15:03 :
je sais pas si c est un "homme de Goldman Sachs" (qui est pour moi anti-thése de tout ce que doit etre une banque) en tous les cas si il vient en France pour se présenter je votes pour lui parce que des comme ça on en a pas pour les présidentielles!! Chapeau bas l'Italie ...toute façon 5eme reserve d or du monde je trouvais ca assez marrant quand tout le monde hurlait a la risque de la faillite
Réponse de le 24/02/2012 à 20:45 :
Ah? C'est son côté retraité bienveillant ou ses résultats qu'il n'a pas qui vous font l'apprécier? Le fait que l'on mette un banquier qui plus est d'une banque qui a coulée à la tête d'un état pour redresser ses finances et le rendre compétitif, le tout sans aucune élection, ça vous chatouille pas un peu?
Réponse de le 24/02/2012 à 21:48 :
L'Italie est la 3ème réserve d'or du monde, la France la 4ème.

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