L'Internet russe mobilisé contre Poutine

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Les réseaux sociaux pour organiser des manifestations retransmises ensuite en ligne : Internet s'est imposé en Russie comme l'outil incontournable et fédérateur pour les détracteurs du régime de Vladimir Poutine.

Dimanche, des milliers d'opposants tentent de former une chaîne humaine le long de l'avenue circulaire entourant le centre de Moscou. Une équipe de journalistes est là, une caméra montée sur un camionnette et des ordinateurs en main. Leur retransmission en direct n'est pas pour la télévision ou la radio, mais pour leur site d'information, Ridus.ru, créé en septembre 2011 par un célèbre blogueur, Ilia Varlamov. "On essaye de faire des retransmissions en ligne de tous les évènements: des marches, des manifestations, des actions. (...) Il y a un vrai intérêt", explique un des journalistes, Timofeï Vassiliev, 23 ans.

Ces directs ont été lancés en novembre 2011, un mois avant la vague de contestation visant le régime de M. Poutine, et cela plaît. Le site a connu ainsi un pic de 1,3 million de spectateurs pour la retransmission d'une manifestation d'opposition. Selon Timofeï, Ridus est aussi le premier site spécialisé dans le "journalisme citoyen", publiant ce que les internautes envoient après vérifications de leurs informations. 

Des vidéos parodiques

"Avant, personne ne regardait les gens normaux, les lecteurs, comme des sources d'information. (...) On a créé ce projet où les gens font eux-mêmes l'actualité, le contenu du site", explique-t-il dans les bureaux de la rédaction, qui compte une vingtaine de journalistes. D'ailleurs, dit-il, sans ces relais sur Internet, l'alliance hétéroclite d'opposants, qui depuis décembre organise des manifestations contre de Vladimir Poutine, favori de la présidentielle du 4 mars, aurait eu bien du mal à mobiliser les foules. Par exemple, la chaîne humaine de dimanche n'a quasiment pas été mentionnée par les chaînes de télévisions, mais le bouche à oreille sur les réseaux sociaux a rassemblé près de 30.000 personnes selon l'opposition (11.000 selon la police).

C'est aussi sur la Toile que l'on trouve les chansons et les vidéos raillant le pouvoir. Dernier succès en date, un montage montrant Vladimir Poutine derrière les barreaux dans un tribunal a été visionné cinq millions de fois. Et la Russie a encore une marge de progression, car selon une étude du cabinet comScore, le pays compte environ 51 millions d'internautes pour 143 millions d'habitants. De quoi inquiéter les partisans de M. Poutine, qui après avoir été largement absents de la toile, tentent désormais, avec plus ou moins de succès, d'y occuper un peu de terrain. Ainsi, une série de vidéos diffusées la semaine dernière tracent un parallèle entre voter pour la première fois, et perdre sa virginité. Le message aux jeunes électrices: l'important est de faire le bon choix le 4 mars, Vladimir Poutine.

L'ex-KGB, le FSB, est en alerte

Le FSB, l'ex-KGB, surveille aussi cette activité dissidente croissante. L'un des créateurs de l'équivalent russe de Facebook, "Vkontakte", Pavel Dourov, avait ainsi opposé une fin de non recevoir aux services de sécurité qui lui demandaient en décembre de bloquer les groupes contestant la victoire aux législatives du parti de Poutine. Le groupe internet Yandex avait lui divulgué aux FSB des informations financières concernant des contributions apportées via un de ses services à Alexeï Navalny, un blogueur anti-corruption et une figure de l'opposition. Enfin, de nombreux sites de médias et des blogs ont fait l'objet de mystérieuses cyber-attaques.

Mais si Internet parvient à mobiliser à Moscou, l'essentiel de la population russe (70%, selon l'institut FOM) dit s'informer avant tout par la télévision, qui est sous le contrôle de l'Etat. "Bien sûr, il y a une tendance à une influence grandissante d'Internet, mais il ne peut concurrencer la télévision. Le statu quo reste, l'opinion publique est fabriquée par la télévision", constate l'opposant Ilia Iachine.

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Commentaires
a écrit le 28/02/2012 à 12:00 :
Que du pipo. C'est la semaine prochaine que l'on va commencer à rire.
Je serais dans l'obligation d'utiliser mon réseau personnel pour essayer de convaincre les dirigeants russes que les petits français sont moins cons que leurs dirigeants et leurs médias. N'oubliez surtout pas d'envoyer les inspecteurs de l'OSCE à Moscou et aussi dans le bureau de Guéant, quelques semaines plus tard... Jean-Claude Meslin

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