La Chine ajuste ses objectifs de croissance et de déficit pour 2012

La Chine poursuit la lente transformation de son économie. Ce lundi, Pékin a annoncé la réduction de son objectif de croissance à 7,5% et l'augmentation du déficit budgétaire à 1,5% du PIB en 2012. Le gouvernement central veut relancer les réformes structurelles pour favoriser la consommation intérieure et contenir la protestation sociale.

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Maîtriser la croissance, favoriser les réformes, contenir la protestation sociale : tels sont les trois objectifs de Pékin pour 2012, et probablement pour les années à venir. Après avoir caracolé à 10,4% en 2010, la hausse du PIB chinois a été de 9,2% l'an dernier. Mais elle a reculé en 2011 de 9,7% au premier trimestre à 8,9% au quatrième. Aussi l'objectif de croissance annuelle, qui était chaque année de 8% depuis 2005, a-t-il été ramené à 7,5%. Une telle baisse est toutefois conforme au 12ème plan quinquennal, qui fixe un objectif de 7% par an en moyenne pour la période 2011-2015.

Car la Chine veut transformer les fondamentaux de son économie. Son commerce extérieur, le fondement de sa croissance, est ainsi coiffé d'un objectif très modeste : une augmentation d'au moins 10%. Un chiffre qui ferait rêver n'importe quel pays occidental, mais qui risque d'être explosé en Chine. En 2011, les exportations ont encore augmenté de 20,3% et les importations de 24,9%. Mais la transformation d'une croissance fondée sur les exportations à une croissance portée par la demande intérieure, signe d'une réduction des écarts de richesse, impose des orientations claires.

Encourager les capitaux privés

Sur le plan intérieur, M. Wen a confirmé lundi la volonté de Pékin de relancer les réformes économiques, alors que nombre d'observateurs estiment qu'elles n'ont plus progressé depuis deux ou trois ans. La Chine souhaite "briser les monopoles" et "encourager les capitaux privés à entrer dans les chemins de fer, les municipalités, la finance, l'énergie, les télécommunications, l'enseignement et les soins médicaux", selon le chef du gouvernement.

Ces réformes ont été pour l'essentiel préconisées par un récent rapport de la Banque mondiale corédigé par des conseillers du gouvernement chinois. Confronté au ralentissement annoncé de sa croissance dont la banque mondiale estime qu'il se poursuivra longtemps, le gouvernement a commencé depuis l'automne à prendre des mesures de soutien à l'activité en ouvrant un peu les vannes du crédit, à travers deux baisses des réserves obligatoires des banques.

Maîtriser l'inflation et contenir le mécontentement

Mais il reste prudent pour ne pas relancer l'inflation, source d'instabilité sociale, affichant le même objectif que l'an dernier d'une limitation à 4% de la hausse des prix pour l'année. En réalité, l'inflation s'était élevée à 5,4% en 2011. Elle avait culminé à 6,5% en juillet avant de retomber à 4,1% en décembre.

Wen Jiabao a souligné que certaines mesures restrictives vont rester en place, comme dans le secteur immobilier que le gouvernement va continuer à "réguler pour ramener les prix à un niveau raisonnable", alors que ces derniers ont commencé à baisser, mais seulement légèrement, dans la plupart des villes.

A quelques mois du congrès du Parti communiste qui verra cet automne une nouvelle génération de dirigeants accéder au pouvoir, le Premier ministre a souligné l'importance de maintenir la stabilité sociale. "Personne ne peut violer les droits des paysans" à la terre, a-t-il insisté alors que les révoltes se sont multipliées dans les campagnes contre les expropriations abusives.

Créer des emplois

Le gouvernement veut aussi "assurer que les revenus réels des habitants à la fois urbains et ruraux progressent autant que la croissance économique", et à cette fin, dépenser plus afin d'améliorer le "bien-être" de la population. Et pour éviter une augmentation du chômage, le gouvernement veut créer neuf millions d'emplois dans les villes, après les 12,21 millions créés l'an dernier. Il veut aussi augmenter de 21,9% les dépenses budgétaires liées à la protection sociale et à l'emploi, et de 16,4% celles liées à l'éducation. La Chine a par ailleurs annoncé un objectif de hausse des investissements en capital fixe de 16% en 2012. Ces investissements contribuent pour près des deux tiers à la formation de son Produit intérieur brut chinois.

Développer la consommation des ménages

L'objectif de croissance des ventes de détail, jauge de la consommation des ménages, n'est lui que de 14%. Pour tenter de réduire les inégalités sociales et pousser à la consommation intérieure, la Chine prévoit un déficit budgétaire équivalent à 1,5% de son Produit intérieur brut (PIB) pour 2012. Ce déficit de 800 milliards de yuans (96,3 milliards d'euros) sera dû pour 550 milliards de yuans aux dépenses du gouvernement central et pour 250 milliards de yuans à des émissions d'obligations en faveur des gouvernements locaux.

Même si le gouvernement central chinois est peu endetté, certaines collectivités locales ont bénéficié de largesses de crédit qui ont servi à financer des investissements pas toujours rentables fragilisant aujourd'hui le système bancaire.

Priorité à l'éducation, la protection sociale et les dépenses pour l'emploi

En 2012, les recettes fiscales devraient augmenter de 9,5% et les dépenses de 14,1%, selon le ministère des Finances. Parmi les postes qui augmentent fortement, on trouve l'éducation avec 16,4% de hausse. Le gouvernement veut assurer que les dépenses liées à l'éducation ne sont pas inférieures à 4% du PIB.

La protection sociale et les dépenses pour l'emploi augmenteront de 21,9%. Elles contribuent à assurer la stabilité sociale dans une année politique qui devrait être marquée par l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération de dirigeants. Les dépenses liées au logement social devraient augmenter de 23,1%, tandis que celles pour la santé progresseront de 16,4%. De son côté, la Commission à la réforme et au développement, l'agence de planification chinoise, a annoncé que les dépenses de recherche et développement de la Chine représenteraient cette année 1,92% du PIB.

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